Subsides sur les médicaments : des pharmaciens redoutent une mesure prise à la va-vite

Par Le Défi Quotidien
Publié le: 30 janvier 2026 à 12:30
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médicaments

Sauf imprévu, le Price Stabilisation Fund pour les produits pharmaceutiques sera opérationnel à partir du 1er février. Mais des voix s’élèvent déjà pour dénoncer un manque de consultation et des failles qui risquent de profiter davantage aux importateurs qu’aux consommateurs.

Initialement prévu pour le 15 janvier, le Price Stabilisation Fund (PSF) pour les produits pharmaceutiques devrait finalement entrer en vigueur le 1er février. Ce report s’explique par la nécessité, pour les pharmacies, d’apporter des modifications à leur système informatique. Le dispositif prévoit une subvention de Rs 50 sur certains médicaments, notamment les antidiabétiques, les antihypertenseurs et les cardiovasculaires.

À quelques jours de son application, cette mesure suscite de vives critiques. Selon plusieurs pharmaciens, ce ne sont pas les consommateurs qui en sortiront gagnants, mais plutôt les importateurs. Certains ont déjà constaté une hausse des prix de plusieurs médicaments, allant de Rs 100 à Rs 1 000 au cours des dernières semaines. Les Rs 50 de subside risquent ainsi d’être rapidement absorbées par les fluctuations des prix sur le marché.

À titre d’exemple, le prix d’un médicament pour le traitement d’une maladie cardiaque, vendu initialement à Rs 750, est désormais proposé à Rs 845,56. Un autre produit est passé de Rs 1 075,49 à Rs 1 571,71.

Ashwin Dookun, président de la Pharmaceutical Association of Mauritius (PAM), reconnaît que « l’intention du gouvernement est bonne ». Il déplore toutefois une décision prise « à la va-vite et sans aucune consultation avec les pharmaciens ». « C’est un système un peu bancal que propose le ministère du Commerce et nous devons malgré tout nous adapter », fait-il comprendre.

Le président de la PAM dénonce également des pratiques qu’il qualifie de douteuses : « Certains grossistes ont déjà fait grimper les prix de façon artificielle en incitant leurs fournisseurs à leur proposer des prix plus élevés. Ils peuvent se permettre de faire la pluie et le beau temps, d’autant plus que c’est la survie de leur entreprise qui est en jeu. » Il évoque aussi une situation « presque de monopole » dans l’importation de certains produits, qui nuit à la compétitivité et maintient les prix à un niveau élevé. « Ce sont les consommateurs qui sont les plus grands perdants dans cette histoire », conclut-il.

Siddique Khodabocus, président de l’Association des petits et moyens importateurs de produits pharmaceutiques, partage cet avis. Il souligne que la hausse des prix s’explique par « le coût du fret et le taux de la devise étrangère ». « Dans certains cas, c’est le fournisseur lui-même qui augmente le prix de ses produits », précise-t-il. Il rappelle que « ni les pharmaciens ni les grossistes ne fixent les prix, qui sont d’ailleurs contrôlés par le ministère du Commerce ». « La hausse des prix est indépendante des pharmacies, car les marges de profit sont réglementées par le ministère du Commerce », ajoute-t-il.

Précédent peu encourageant

Les associations de pharmaciens redoutent que cette mesure connaisse le même sort que le Regressive Mark-Up, qui n’a pas donné les résultats escomptés. Selon elles, le manque de consultation avec les parties prenantes a contribué au retard dans l’implémentation du PSF et risque de le rendre caduc.

Ashwin Dookun rappelle que « 25 à 30 % des patients préfèrent acheter leurs médicaments dans les pharmacies du privé », malgré leur gratuité dans le service public, en raison de la qualité des produits. Siddique Khodabocus s’interroge d’ailleurs : « Pourquoi le gouvernement doit-il subventionner le prix des médicaments alors qu’ils sont disponibles dans le service de santé public ? » Il estime que « c’est très embarrassant pour un gouvernement qui offre un service gratuit dans les hôpitaux d’accorder des subsides aux pharmacies du privé ».

Annoncée le vendredi 19 décembre pour trois catégories de médicaments seulement (antidiabétiques, antihypertenseurs et cardiovasculaires), la mesure a été considérablement élargie dès le vendredi 26 décembre. Elle couvre désormais onze catégories de produits pharmaceutiques, incluant les antiacides, anticancéreux, produits biologiques, inhalateurs, vaccins, analgésiques/antipyrétiques, anthelminthiques et antifongiques. Selon le ministre du Commerce Michaël Sik Yuen, cette subvention touchera 900 médicaments, 22 importateurs et 400 pharmacies privées à travers le pays. 

Alors que l'entrée en vigueur de la mesure devait se faire le 15 janvier 2026, elle a dû être reportée en raison de contraintes techniques majeures. Le manque de préparation des importateurs après les fêtes de fin d'année constitue la principale raison de ce délai. 

Plusieurs réunions de travail ont été organisées entre les autorités et les parties prenantes, et un délai leur a été accordé pour effectuer les changements appropriés. Le ministre Sik Yuen a souligné la nature particulière des médicaments : « Ce n'est pas comme quand on achète une boîte de sardine et qu'on peut prendre une autre marque si la marque habituelle n'est pas disponible. »  Selon le ministre Sik Yuen, « les importateurs et les pharmaciens ont accueilli favorablement cette mesure ».
 

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