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«Street Dance» : entre préjugés et expression artistique

La surmédiatisation de la battle de danse, organisée par un groupe de jeunes à Batterie Cassée la semaine dernière, braque les projecteurs sur le « street dance ». Intimement lié à la rue et souvent étiqueté comme danse de banlieue, le « street », plus qu'une simple danse, est devenu au fil de son évolution une vraie culture et une forme d'expression artistique. D’ailleurs, certaines catégories comme le breakdance s'inviteront aux Jeux olympiques de Paris 2024. 

Wake Up Session organise régulièrement des compétitions de battle dance de manière structurée.
Wake Up Session organise régulièrement des compétitions de battle dance de manière structurée.


 

Sameer Khan Hassenje, alias Kenjee Kennedy, souhaite davantage éduquer le public et les jeunes sur le « street dance ».
Sameer Khan Hassenje, alias Kenjee Kennedy, souhaite davantage éduquer le public et les jeunes sur le « street dance ».

Pour Sameer Khan Hassenje,  connu comme Kenjee Kennedy, organisateur et fondateur des Wake Up Sessions, il faudrait éduquer la jeunesse, les parents et la société en général sur le « street dance ». « Nombreux de ces jeunes que nous voyons dans les événements de battles organisés par Wake Up Session et  le ministère de l'Autonomisation de la Jeunesse, des Sports et des Loisirs considèrent cette danse comme une tendance à suivre », indique-t-il. Au sujet de la danse pratiquée dans la battle à Batterie Cassée, celle-ci s'apparente davantage à de l’« afro dance », qui, selon lui, est très populaire chez les jeunes en ce moment. « Le street dance, contrairement à ce que certains peuvent penser, permet de socialiser. Car ces jeunes, parfois issus de milieux défavorisés, se sentent mis en valeur et prennent confiance en eux », fait ressortir Kenjee Kennedy. Ce dernier fait remarquer  que les prochains participants des JO de Paris 2024 sont tous des jeunes inscrits dans des écoles de danse et issus de toutes les couches sociales. « De nos jours, tout le monde a accès au street dance », ajoute-t-il.

Professionnaliser la discipline 

Né dans le Bronx, développé dans les banlieues françaises, le « breakdance », forme de « street dance », débarque aux Jeux olympiques de Paris 2024.  De la rue, jusqu’aux plus grands évènements sportifs du monde, cette discipline artistique et sportive a de quoi inspirer les jeunes générations. Kenjee Kennedy fait ressortir que la Mauritius Dancesport Federation a été mise en place récemment pour mieux structurer ces disciplines. « Il y a vraiment un manque d'éducation à ce niveau à Maurice. Ici, c'est surtout le hip-hop et l'afro dance qui ont la cote.  

Les battles sont organisés à travers l'île et les inscriptions se font  à travers les centres de jeunesse.
Les battles sont organisés à travers l'île et les inscriptions se font à travers les centres de jeunesse.

En quatre ans d’organisation de battle, 1 200 jeunes se sont inscrits dans la catégorie afro dance. Nous avons l’habitude de ce genre de foule, car c'est une danse qui parle aux jeunes. Mais, par la suite, peu d’entre eux choisissent cette discipline pour faire carrière », souligne notre interlocuteur. Pour lui, malgré les récents incidents, il faut continuer à encourager les jeunes vers cette voie. Grâce au « street dance », une vingtaine de danseurs mauriciens, dont certains n'avaient jamais voyagé, ont pu participer à des compétitions internationales. « Nous sommes là pour les former, les encadrer et créer des opportunités », conclut-il.

Atelier en plein air organisé par Wake Up Session en 2019.
Atelier en plein air organisé par Wake Up Session en 2019.

Pour Stephen Bongarçon, danseur-chorégraphe et fondateur de SR Dance, il ne faut pas faire d'amalgame. Il est d'ailleurs catégorique : les danses vues dans les récents battles sont uniquement de l'animation visant à amuser le grand public. « Ce n'est pas de la danse », fait-il ressortir.

Quelques membres du groupe Da Movement Hip Hip Squad, notamment Arnaud alias Far-Out.
Quelques membres du groupe Da Movement Hip Hip Squad, notamment Arnaud alias Far-Out.

Arnaud Allijean, danseur et chorégraphe : « La street dance, ce n’est pas seulement une discipline, c’est toute une culture »

Arnaud Allijean, aka (Far-ouT), danseur et chorégraphe, pratique de la danse au niveau professionnel depuis 2004. Il est spécialisé dans le « popping », une forme de « street dance ». « Les battles de rues, vus récemment, n'ont rien à voir avec le « street dance » professionnel. À Maurice, un grand nombre de personnes ne connaissent pas la vraie définition de ce terme. Certes, on l'appelle « street dance », car c'est une danse qui a commencé dans la rue, puisque ceux qui la pratiquaient n'avaient aucun endroit pour s'exprimer. Mais danser dans la rue ne signifie pas faire du street dance contrairement à ce que veulent faire croire les médias », confie-t-il. Pour lui, les jeunes de Batterie Cassée ont réalisé une expression corporelle de la musique, et ce sans technique. « La street dance, ce n'est pas seulement une discipline, c'est toute une culture », indique notre interlocuteur. De nos jours, il existe des écoles de danse spécialisée ou de hip-hop qui organisent des ateliers et événements  ajoute le danseur. « Il est vrai que ce n'est pas évident avec la pandémie, mais il y a des tutoriels sur internet. Les jeunes peuvent toujours s'exprimer sur TikTok, tant que c'est fait de manière correcte et sans s'attirer de problèmes », indique-t-il.

 

Street dance

Condoleezza Topize, 16 ans, première fille championne des battles catégorie  afro dance : « Le street dance m’a permis d’évacuer mes mauvaises pensées »

Condoleezza Topize, 16 ans, a la danse dans le sang. Fille de deux danseurs, elle a grandi dans cet univers et se décrit aujourd'hui comme une danseuse polyvalente. En 2018, elle découvre les battles et s'inscrit aux concours de « street dance ». C'est ainsi qu'elle développe une vraie passion pour cette danse de la rue qui lui permet d'extérioriser et de s'exprimer. « Je ne peux pas blâmer ces jeunes qui veulent juste danser. Avec quelques amis, il nous arrivait souvent de danser dans la rue pour le plaisir », indique la jeune fille. Cette dernière, qui a participé à des road shows, a vu passer sous ses yeux de nombreux jeunes. Malheureusement, très peu d'entre eux choisissent de se perfectionner, ce qu’elle trouve dommage. La première fille championne de battles à Maurice dans la catégorie afro dance déclare : « C'est grâce à la danse que je vis. Le street dance m'a permis d'évacuer mes mauvaises pensées. Il m'arrivait de danser et pleurer en même temps. C'est pour cette raison que j'encourage les jeunes à se lancer dans la danse et ainsi éviter tous les problèmes de société ».

 

 

 

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