Interview

Steven Obeegadoo : «Nous reprendrons le flambeau du MMM»

Steven Obeegadoo 

À la tête de la Plateforme du nouveau MMM, Steven Obeegadoo se dit attristé de la débandade au sein des mauves. Il affirme qu’il compte, avec ses amis, reprendre le flambeau du MMM.

Ces derniers jours, on rapporte que des centaines de membres démissionnent dans les circonscriptions 4 et 17. Où va le MMM ?
La base en a marre d’un parti qui ne sait plus gagner et qui est dirigé par des gens ne tolérant pas les divergences d’opinion et n’ayant aucune reconnaissance pour ses militants. C’est le seul parti de l’histoire politique mauricienne qui se débarrasse de son leader adjoint en quelques jours pour délit d’opinion. Qui distribue des « suspensions à durée indéterminée » et qui radie le comité régional de Curepipe pour non-participation à une élection. L’exode qu’il connaît fait craindre le pire pour le MMM, mais sa direction dira sans doute qu’il est « plus fort que jamais » !

On vous accuse d’être à l’origine de la débandade au sein des instances du MMM. Que répondez-vous à vos détracteurs ?
Voyons les faits. Après la débâcle de l’élection partielle de Quatre-Bornes fin 2017 lors de laquelle le MMM fait 14 % en région urbaine (9e défaite électorale consécutive depuis 2003), la direction du parti a refusé d’analyser les causes de ce déclin continu. La tendance moderniste au sein du MMM a insisté qu’il fallait une analyse sans complaisance pour tirer des leçons et engager une action corrective.

Au lieu de cela, la direction a voulu une élection interne, à partir d’un collège électoral fictif, pour se redonner une légitimité. La tendance moderniste au sein du parti s’y est opposée. La direction a alors opté pour la répression et l’épuration. Elle a viré des membres contestataires du comité central ; expulsé Pradeep Jeeha ; suspendu indéfiniment les contestataires au sein des comités régionaux ; exclu Françoise Labelle, Vinay Sobrun ainsi que les responsables des circonscriptions 4 et 17.  S’étonnera-t-on que notre combat pour sauver le MMM et le traitement qui nous a été infligé nous aient rapporté tant de soutiens au sein de la base du MMM ?

Quel avenir pour le MMM ? Finira-t-il comme le PMSD ?
Regardez la manière de faire de la politique du MMM. Rien n’a changé en 30 ans. La conférence de presse de samedi dernier pourrait être transposée à 2008 ou 1998 et vous n’y verriez aucune différence. Un seul porte-parole depuis toujours, le même style et les mêmes thèmes. Dans un monde en mutation, l’incapacité de se remettre en question et d’évoluer est fatal. Avec le départ de la Plateforme pour un nouveau MMM, la perspective d’un renouveau disparaît et l’avenir s’annonce bien sombre.

Pourquoi Paul Bérenger se débarrasse-t-il de ses lieutenants ? Est-ce le chant du cygne ?
C’est l’histoire du père qui met à la porte ses enfants qui osent lui dire que le temps a passé, que la maison familiale tombe en ruines et qu’elle doit être reconstruite. Mais il s’y oppose car il ne peut envisager le changement et se sent menacé. C’est le syndrome du patriarche autoritaire qui ne tolère pas l’esprit de contradiction et déshérite ses enfants à tour de bras.

Vous dites que c’est le MMM qui vous a poussés, vous et vos amis, vers la porte de sortie. Pourtant, vous dites aussi que vous êtes toujours militant et MMM. Expliquez-nous… 
Je ne suis plus au MMM mais je suis plus que jamais militant. Être militant c’est refuser les inégalités et avoir soif de justice sociale. Les principes militants, c’est l’opposition au racisme, au communalisme et au castéisme sous toutes leurs formes. En cela, mes camarades et moi reprendrons le flambeau du MMM et rassemblerons les vrais militants où qu’ils se trouvent pour offrir une alternative à notre pays.

Vous avez formé une plateforme. Comptez-vous former un parti politique ?
Non. Le modèle de parti politique traditionnel avec une structure pyramidale, avec un leader, des exécutants et des suiveurs est dépassé. Comme l’ont démontré les nouvelles formes d’organisations politiques en Europe et en Amérique du Nord, il est possible de s’appuyer sur les technologies nouvelles pour inventer une structure politique permettant une plus grande participation des adhérents sans qu’ils ne doivent se rendre physiquement à des réunions ou des rassemblements. Le MMM a certes inventé une nouvelle manière de s’organiser politiquement en 1969-70. Cinquante ans après, n’est-il pas temps d’oser quelque chose qui soit en phase avec notre époque ?

Savez-vous qu’une troisième force survit difficilement à Maurice ?
Bien sûr que si. Le MMM lui-même s’est frayé un chemin entre le PTr, le PMSD et l’IFB en 1969 ; puis le MSM en 1983. Aujourd’hui, le MP, le ML, Rezistans, le Muvman 1er Mai et Lalit témoignent de la vitalité de la démocratie. Nous ne sous-estimons pas les difficultés, mais tous les sondages et les analystes montrent du doigt la désaffection d’un nombre très important de citoyens eu égard aux partis traditionnels.

Avez-vous l’étoffe du leader d’un nouveau parti politique ?
Au lieu de me jeter dans la bataille d’égos des leaders, je préfère, avec Pradeep, Françoise, Vinay et mes autres camarades, relever le défi de faire les choses différemment en proposant des idées, un projet, une équipe et une organisation dignes du XXIe siècle.

Ne tomberiez-vous pas dans la logique de pousser Pradeep Jeeha, en avant comme paravent ?
Ne croyez-vous pas que notre pays mérite mieux que ce raisonnement d’un autre temps ? Nous prônons une rupture avec le passé. Qu’on enlève toute référence à la « communauté » de la Constitution du pays. Cinquante ans de realpolitik raciste, communaliste et castéiste, ça suffit, ne croyez-vous pas ?

Rajesh Bhagwan vous a lancé le défi d’aligner 60 candidats. Vous lui dites quoi ?
Rajesh est un vieil ami qui a beaucoup contribué au MMM. Son discours est fait d’invectives et de défis lancés à gauche et à droite. Je ne lui en veux pas. Je comprends son désarroi face à la crise qui ébranle le MMM. Ma préoccupation est toute autre : repenser le système politique de Maurice et son système électoral.

Dans l’éventualité que vous formiez un parti, quel parti choisiriez-vous pour une alliance ?
Notre ambition est de mettre fin à un système politique malsain fait d’alliances et de mésalliances. Nous travaillerons en vue d’une réconciliation des vrais militants, qu’ils soient au MMM, au MP, au ML ou qu’ils soient rentrés chez eux, désillusionnés. Nous devons lancer un mouvement reposant sur le pouvoir des gens normaux et mettre les intérêts des salariés, des retraités, des femmes, des jeunes et des sans-emploi au cœur de notre action politique.