Starlink : des discussions en cours avec l’ICTA
Par
Fabrice Laretif, Leena Gooraya-Poligadoo
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Fabrice Laretif, Leena Gooraya-Poligadoo
Les discussions entre l’ICTA et Starlink pourraient influencer l’avenir de la connectivité mauricienne. Entre concurrence, résilience numérique et attractivité économique, plusieurs enjeux se dessinent pour l’île.
Fournisseur d’Internet par satellite développé par SpaceX, l’entreprise d’Elon Musk, Starlink s’appuie sur une constellation de satellites en orbite basse (Low Earth Orbit – LEO) pour offrir une connexion Internet à faible latence. Déjà présent dans de nombreux pays, le service est à présent en pourparlers avec l’Information and Communication Technologies Authority (ICTA) en vue d’une éventuelle implantation à Maurice. Si ces discussions aboutissent, elles pourraient modifier le paysage des télécommunications locales en apportant une nouvelle solution de connectivité. Au-delà de l’innovation technologique, les retombées économiques, la concurrence entre opérateurs et le renforcement de la résilience numérique figurent parmi les principaux enjeux.
Le ministre des Technologies de l’information et de la Communication, le Dr Avinash Ramtohul, estime que Starlink pourrait représenter un apport pour Maurice, à condition que les tarifs proposés soient adaptés au marché local et restent compétitifs par rapport aux offres déjà disponibles. Selon lui, l’introduction d’un nouvel acteur favoriserait la concurrence. « C’est le marché en général qui en bénéficiera », avance-t-il. Le ministre considère que Starlink apportera également une forme de redondance dans les infrastructures de connectivité du pays. Aujourd’hui, Maurice dépend largement des câbles sous-marins pour son accès à Internet. En cas d’incident sur ces infrastructures, une solution reposant sur les satellites en orbite basse pourrait constituer une alternative. « En cas de problème avec le câble sous-marin, nous pourrons nous appuyer sur les LEO qui sont rapides avec une latence moindre. Tous les opérateurs, incluant les PME, auront une possibilité additionnelle de connectivité avec une redondance supplémentaire », explique le ministre.
Cette redondance présente un intérêt économique. Les PME, souvent plus sensibles aux coûts d’investissement et aux contraintes de trésorerie, pourraient bénéficier de nouvelles offres adaptées à leurs besoins. « Les PME sont assez sensibles en termes de trésorerie et d’investissement en capital. Lorsqu’un opérateur propose un prix abordable et une offre taillée sur mesure, c’est bénéfique. » Selon Marc Israel, ingénieur en robotique et en intelligence artificielle, l’arrivée éventuelle de Starlink pourrait néanmoins modifier les équilibres concurrentiels et pousser les opérateurs à revoir leurs offres. Il souligne également que les câbles sous-marins constituent aujourd’hui un point de saturation potentiel puisque la bande passante est partagée entre plusieurs opérateurs. Dans ce contexte, Starlink pourrait représenter une solution complémentaire, en particulier pour les PME. L’ingénieur met toutefois en garde contre une dépendance excessive envers un acteur unique si une part importante des utilisateurs venait à migrer vers ce service. Un informaticien ajoute qu’une concurrence accrue pourrait de plus encourager les opérateurs historiques à améliorer la qualité de leurs services et à adapter leurs tarifs.
Au-delà des entreprises locales, cette diversification des infrastructures pourrait renforcer l’attractivité de Maurice auprès des investisseurs étrangers. « Plus nous avons des opérateurs avec différentes possibilités de connectivité, plus nous pourrons attirer des investissements. Notre objectif est de faire de Maurice un pays capable d’accueillir des data centres pour des opérateurs étrangers. Disposer de ce type d’opérateurs représente une valeur ajoutée », ajoute le ministre.
Cette stratégie s’inscrit dans l’ambition du pays de développer son économie numérique. Les centres de données, les services d’informatique dématérialisée, l’intelligence artificielle ou encore les activités financières numériques nécessitent des infrastructures de télécommunications robustes et fiables. Une multiplication des solutions de connectivité pourrait ainsi renforcer la confiance des entreprises souhaitant s’implanter à Maurice.
Avant toute autorisation, Starlink devra toutefois satisfaire les exigences réglementaires de l’ICTA. Le ministre rappelle qu’en 2025, l’autorité de régulation a publié une directive permettant aux opérateurs exploitant des satellites en orbite basse d’exercer leurs activités à Maurice, sous réserve du respect des règles en vigueur. « Ils doivent respecter les règlements de l’ICTA. Certains opérateurs fonctionnent déjà selon ce modèle. Une fois que Starlink sera en accord avec ces exigences, l’entreprise pourra opérer. Elle peut également conclure un partenariat avec un opérateur local ou faire une demande de licence ISP. L’ICTA suivra sa procédure habituelle avant toute décision. »
Pour Marc Israel, Starlink doit avant tout être considéré comme une solution complémentaire aux infrastructures existantes. « Starlink constitue un back-up des câbles sous-marins. Il permet une communication satellitaire en temps réel avec une faible latence, comparable à celle des câbles sous-marins », explique-t-il. Il rappelle toutefois que Maurice bénéficie déjà d’une couverture Internet étendue grâce aux réseaux fixes et mobiles. Le satellite présente aussi certaines limites, notamment lorsque les conditions météorologiques se dégradent.
Un informaticien estime qu’une telle solution renforcerait la résilience du réseau national en supprimant un « point unique de défaillance ». À l’inverse, Sanjay Santbakshsing, consultant dans la télécommunication, considère que Starlink répond avant tout aux besoins des régions peu desservies où le déploiement d’infrastructures terrestres est difficile. Maurice étant déjà largement couvert par les réseaux Internet, il s’interroge sur la pertinence économique du service, d’autant que son utilisation nécessite un terminal spécifique qui représente un coût supplémentaire.
Pour Toivo Hensgens, partner chez BCG, la question dépasse toutefois le seul cas de Starlink. Il estime que Maurice bénéficie déjà d’une réputation favorable auprès des investisseurs grâce à sa volonté de développer les technologies numériques et l’intelligence artificielle. Selon lui, les infrastructures numériques deviennent progressivement moins coûteuses, ouvrant de nouvelles perspectives aux entreprises qui anticipent ces évolutions. La qualité de la connectivité constitue un facteur déterminant pour attirer les investissements, soutenir l’expansion des entreprises mauriciennes en Afrique et accompagner le développement de secteurs comme les data centres, le cloud computing et l’intelligence artificielle.
En attendant l’issue des discussions entre Starlink et l’ICTA, le débat met en lumière un enjeu plus large : celui de la capacité de Maurice à renforcer ses infrastructures numériques tout en maintenant un environnement concurrentiel. Si l’arrivée de Starlink se concrétise, elle pourrait constituer un levier supplémentaire pour soutenir la transformation numérique du pays et consolider son attractivité auprès des investisseurs internationaux.
Starlink est un service d’accès à Internet par satellite développé par SpaceX, l’entreprise fondée par Elon Musk. Son réseau repose sur des milliers de satellites placés en orbite basse (Low Earth Orbit – LEO), permettant de fournir une connexion à faible latence, y compris dans les zones difficiles d’accès. Contrairement aux réseaux terrestres qui s’appuient principalement sur la fibre optique ou les câbles sous-marins, Starlink transmet les données directement par satellite. Déjà présent dans plusieurs pays, le service est considéré comme une solution complémentaire aux infrastructures existantes, notamment pour renforcer la résilience des réseaux de télécommunications.
Starlink est présent dans plus de 160 pays. Ce qui en fait un des réseaux Internet satellitaires les plus étendus au monde.
Principales régions couvertes
Amérique du Nord
États-Unis
Canada
Mexique
Caraïbes (Bahamas, Jamaïque, République dominicaine, etc.)
Europe (quasi toute l’Europe)
France
Royaume-Uni
Allemagne
Espagne
Italie
Portugal
Pays nordiques (Suède, Norvège, Finlande, etc.)
Europe de l’Est (Pologne, Roumanie, Ukraine, etc.)
Afrique
Starlink est encore en expansion, mais déjà actif dans plusieurs pays :
Nigeria
Kenya
Mozambique
Rwanda
Ghana
Bénin
Eswatini
Réunion (territoire français)
Zambie
Malawi
Botswana (progressivement)
Plusieurs grands pays africains restent en attente ou en négociation (ex. : Afrique du Sud, Maroc, Égypte, Tunisie…)
Asie-Pacifique
Japon
Philippines
Malaisie (certaines zones/expansion progressive)
Australie
Nouvelle-Zélande
Indonésie (déploiement progressif)
Amérique du Sud
Brésil
Argentine
Chili
Colombie
Pérou
Uruguay
Équateur
Certains pays interdisent ou bloquent le service :
Chine
Russie
Iran
Corée du Nord
Afghanistan
Syrie
Belarus
Hong Kong/Macao
Voici les prix actuels de Starlink (2026) dans les pays proches de Maurice. Les tarifs varient légèrement selon les offres (résidentiel, roaming, mini kit).
Ci-dessous est une estimation de ce que coûterait Starlink à Maurice si le service est autorisé, basée sur les prix observés dans les pays voisins et les avis des experts dans le domaine.
Dans la plupart des pays africains et des îles voisines, le prix du kit varie de $ 300 à $ 450, soit environ Rs 13 500 à Rs 20 000
À Maurice, avec taxes et importation, il pourrait être de Rs 15 000 à Rs 22 000 (estimation).
Les pays comparables affichent généralement de $ 40 et $ 60. Donc, selon les experts, Maurice serait probablement dans la même fourchette, soit de Rs 2 000 à Rs 3 000 par mois.