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Souveraineté sur les Chagos : menaces de représailles britanniques

Chagos

À moins d’une semaine de l’ouverture des dépositions orales sur l’excision des Chagos par l’Angleterre devant la Cour internationale de justice, à La Haye, Pays-Bas, Pravind Jugnauth révèle avoir été mis sous pression par la Grande-Bretagne.

« Nous avons eu droit à des menaces verbales », révèle le Premier ministre à la BBC dans une interview diffusée lundi. Il n’a pas nié que l’ex-Foreign Secretary britannique, Boris Johnson, l’a appelé personnellement afin de l’amener à tempérer ses exigences sur un retour de l’archipel des Chagos sous souveraineté mauricienne.

« Malheureusement, nous avons été menacés de représailles… sur des questions d’échanges commerciaux et d’investissement et sur notre relation avec le Royaume-Uni », a-t-il confié à la BBC.

Contacté par la BBC, une porte-parole du British Foreign Office n’a pas confirmé directement que cet échange a eu lieu, mais a indiqué que « nous sommes déçus que Maurice ait porté ce différend bilatéral à la Cour internationale de justice pour un avis consultatif. Même si nous ne reconnaissons pas la revendication de la République de Maurice sur l’archipel, nous avons affirmé de manière répétitive que nous allions le céder à Maurice quand nous n’en aurons plus besoin pour des raisons militaires, et nous maintenons cela ».

Ce sera d’ailleurs une des lignes de défense de la Grande-Bretagne devant la Cour internationale de justice. Les dépositions orales vont démarrer lundi. Maurice sera la première à intervenir et aura trois heures pour convaincre. Parmi ceux qui prendront la parole, il y aura sir Anerood Jugnauth. Le ministre mentor est le dernier Mauricien encore en vie à avoir participé à la conférence constitutionnelle tenue, en 1965,  à Lancaster House, à Londres, et où la question de l’indépendance de Maurice avait été finalisée. La Chagossienne Leseby Elysé, native de l’archipel, prendra également la parole.

La déposition de Maurice sera suivie de la réplique de Grande-Bretagne qui aura également trois heures à sa disposition.


Ce que risque Maurice sur le plan commercial

« Nous avons été menacés de représailles ». Cette déclaration du Premier ministre n’est pas à prendre à la légère. Encoure-t-on le risque de perdre certains avantages économiques et commerciaux ? Avis de trois économistes.


Vishal Ragoobur : « Les négociations sur le Brexit pourraient être tendues »

Tout va se jouer quand Maurice négociera l’accord de partenariat économique avec le Royaume-Uni après le retrait de celui-ci de l’Union européenne. « Il y a un risque que les négociations soient tendues même s’il est difficile à ce stade de savoir l’impact que cela pourrait avoir sur les relations commerciales entre les deux pays. » L’économiste reste, toutefois, confiant que le « différend » entre la Grande-Bretagne et Maurice n’inquiètera en rien les autres sphères de coopération. « Je pense que les deux partie vont pouvoir faire la part des choses. Il y va de l’intérêt de tout le monde. »


Pramode Jaddoo : « Nous risquons de perdre des privilèges »

Pramode Jaddoo est convaincu qu’il y aura des représailles sur le plan économique et commercial. « C’est une bataille contre deux grandes puissances économiques. La Grande-Bretagne et les États-Unis ont le moyen de nuire à une petite île comme Maurice. C’est logique qu’ils vont prendre leur revanche.» Selon l’économiste, Maurice encourt le risque de perdre des privilèges. « Il se peut aussi qu’on nous bloque sur certains projets à l’avenir », avance Pramode Jaddoo.


Ganessen Chinnapen : « Une fragilisation de nos relations économiques est à craindre »

C’est une évidence ! La relation d’ami entre Maurice et la Grande-Bretagne sera affectée. Tel est l’avis de l’économiste Ganessen Chinnapen. Il craint aussi que la posture de l’Angleterre sur la revendication de souveraineté de Maurice sur les Chagos fragilise les relations économiques et commerciales entre les deux pays. « Nous risquons d’en pâtir au niveau de l’exportation et de l’investissement en provenance de l’Angleterre. Il y a aussi le danger qu’on ne bénéficie pas de certains privilèges », fait-il ressortir.