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Souveraineté - Chagos : le Royaume-Uni rejette les revendications des Maldives

Par Patrick Hilbert
Publié le: 30 mars 2026 à 12:00
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david Muizzu
Le président maldivien Mohamed Muizzu s’est vu opposer une fin de non-recevoir de la part du Foreign Secretary britannique David Lammy (à g.).

Le Royaume-Uni rejette fermement les revendications des Maldives sur les Chagos. Londres maintient l’exclusivité de son accord avec Maurice, malgré l’opposition de Malé et les pressions politiques de Donald Trump.

Le Royaume-Uni a opposé une fin de non-recevoir à la demande des Maldives de contester le transfert des îles Chagos à Maurice, a rapporté la BBC samedi. La position britannique rappelle que la souveraineté de l’archipel relève uniquement de Londres et de Port-Louis, et non de Malé.

Le président maldivien Mohamed Muizzu a formellement exprimé son opposition à l’accord conclu entre le Royaume-Uni et Maurice, envoyant deux objections écrites à Londres en novembre 2024 et janvier 2026, et confirmant sa position lors d’un entretien téléphonique avec le Foreign Secretary britannique David Lammy. Dans un communiqué transmis à la BBC, le bureau de Muizzu qualifie le transfert proposé de « profondément préoccupant » et déplore que les intérêts maldiviens n’aient pas été pris en compte. Les Maldives revendiquent des droits historiques et géographiques sur l’archipel, qu’elles considèrent supérieurs à ceux de Maurice.

Le ministère britannique des Affaires étrangères, cité par la BBC, a réaffirmé que la souveraineté des îles Chagos est une affaire bilatérale entre le Royaume-Uni et Maurice. Une source gouvernementale britannique a également rappelé que les tribunaux internationaux, dont la Cour internationale de justice (CIJ) et le Tribunal international du droit de la mer, ont déjà examiné la question et confirmé la légitimité de la demande mauricienne.

Les îles Chagos sont sous contrôle britannique depuis le début du XIXᵉ siècle mais détachées illégalement de Maurice peu avant l’Indépendance. En 2025, le gouvernement britannique avait accepté de transférer le contrôle de l’archipel à Maurice, tout en continuant à verser environ 101 millions de livres par an pour louer Diego Garcia sur laquelle se trouve une base militaire conjointe avec les États-Unis.

Le transfert n’a pas encore été formalisé dans la législation britannique et le texte de loi le permettant, et qui était arrivé à un stade final au Parlement britannique il y a quelques semaines, semble suspendu, notamment après les pressions du président américain Donald Trump, qui a exhorté le Premier ministre Sir Keir Starmer à ne pas céder le territoire. 

Les Maldives envisagent désormais des actions légales et continuent d’évaluer toutes les voies pour faire valoir leurs revendications. Le communiqué du président maldivien rappelle que son pays considère que « si la souveraineté doit être attribuée à un État, elle doit, selon nous, revenir aux Maldives ». Le gouvernement maldivien souhaite engager un dialogue « dans un esprit de respect mutuel et de précision historique » avec le Royaume-Uni.

La situation complique l’accord entre Londres et Port-Louis, déjà fragilisé par l’opposition de certains acteurs politiques britanniques, dont les partis Conservateur et Reform UK, et par l’opinion de Chagossiens attachés à ce que le Royaume-Uni conserve la souveraineté afin de faciliter leur retour futur, note la BBC.

L’hypothèse d’un rachat américain se précise en cas d’échec de l’accord

Selon un article publié il y a quelques jours par The Sun, une hypothèse controversée se fait plus insistante autour de l’avenir de l’archipel des Chagos. Le journal britannique, ainsi que le Daily Express US, qui en a parlé en fin de semaine dernière en citant ses propres sources, rapporte que le président américain Donald Trump pourrait envisager un rachat de ces territoires si l’accord de rétrocession entre le Royaume-Uni et Maurice venait à échouer.  D’après des sources américaines citées par le tabloïd britannique, cette option, bien que non prioritaire, devrait être « prise au sérieux ». Elle intervient dans un contexte de tensions croissantes autour du projet porté par le Premier ministre britannique Keir Starmer, visant à transférer la souveraineté de l’archipel à Maurice tout en maintenant une présence militaire conjointe sur la base stratégique de Diego Garcia via un bail de 99 ans.

Donald Trump a qualifié cet accord de « grande stupidité », fragilisant davantage le projet britannique. Les relations entre Londres et Washington se seraient également tendues après le refus de Keir Starmer d’autoriser l’utilisation de Diego Garcia pour des frappes initiales contre l’Iran. Le quotidien indique que l’éventualité d’un achat américain viserait principalement à sécuriser cette base militaire clé, considérée comme l’un des principaux points d’appui stratégiques occidentaux dans l’océan Indien. Toutefois, une telle opération soulèverait d’importants obstacles juridiques, nécessitant notamment un transfert formel de souveraineté par traité. La semaine dernière, le ministre britannique des Affaires étrangères, Hamish Falconer, a rejeté cette perspective, affirmant que Londres restait engagé dans le deal conclu avec ses alliés. Enfin, toujours selon The Sun, des voix de l’opposition britannique, notamment chez les conservateurs et Reform UK, dénoncent un projet perçu comme un abandon humiliant de territoire, susceptible d’affaiblir le contrôle occidental sur cette zone stratégique.

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