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Soutien aux plus vulnérables - Hausse de l’électricité : un bouclier social jugé insuffisant

Par Patrick Hilbert
Publié le: 12 avril 2026 à 12:05
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Les mesures d’atténuation des impacts de la crise au Moyen-Orient sont jugées insuffisantes.

Après la hausse de 15 % des tarifs de l’électricité, les mesures d’accompagnement du gouvernement sont jugées trop limitées par les acteurs sociaux, qui alertent sur de nombreux exclus.

Face à la hausse de 15 % des tarifs de l’électricité, décidée vendredi par le Cabinet, le gouvernement a présenté un ensemble de mesures d’accompagnement destinées aux plus vulnérables. Mais pour les acteurs de terrain, le compte n’y est pas : les dispositifs annoncés risquent de passer à côté de ceux qui en ont le plus besoin.

Le paquet social présenté par l’exécutif comprend plusieurs volets : exemption de la hausse d’électricité pour 128 800 abonnés sur 541 127, élargissement du Price Stabilisation Fund, création d’un Crisis Solidarity Fund, révision des critères d’adhésion au Social Register of Mauritius, et une allocation mensuelle de Rs 121 pour quelque 60 000 bénéficiaires, afin d’amortir la hausse du prix du pain. Des mesures ciblées, présentées comme un bouclier pour les foyers les plus modestes. Sur le terrain, le tableau est plus nuancé.

« Ces mesures ne vont bénéficier qu’à quelques personnes, mais la grande majorité des personnes vulnérables se retrouve en dehors », tranche Patricia Adèle-Félicité, secrétaire générale de Caritas Île Maurice. Le problème, selon elle, est structurel : il précède les annonces de vendredi et les survivra si rien n’est fait : « La problématique, c’est comment se faire enregistrer, car beaucoup de personnes dans le besoin ne parviennent pas à se faire enregistrer sur ce registre. Tant qu’on ne revoit pas les critères d’éligibilité, beaucoup de personnes vont continuer à souffrir. »

Elle plaide pour une adoption plus large de l’indice multidimensionnel de pauvreté proposé par Statistics Mauritius, seul outil, selon elle, capable d’élargir significativement la base des bénéficiaires. Et elle reconnaît, non sans une pointe de lassitude, que le message est entendu en haut lieu : « Le ministre Ashok Subron et le Junior Minister Kugan Parapen sont vraiment au courant, mais on attend que les décisions soient prises. »

L’exemption accordée aux foyers les moins consommateurs d’électricité est souvent citée comme la mesure la plus concrète du dispositif. Patricia Adèle-Félicité en reconnaît le principe, mais en souligne aussitôt les limites : « Exempter les foyers les moins consommateurs est une chose, mais tout le monde sera indirectement impacté lorsqu’ils iront faire leurs achats. » La hausse de l’électricité se répercutera inévitablement sur les coûts de production, de transport et de distribution, et donc sur les prix à la consommation, y compris pour ceux que les mesures sont censées protéger.

Sur la question du pain, elle met en regard les chiffres et la réalité quotidienne des familles les plus précaires : « Certaines familles en achètent huit à dix par jour. Vous réalisez quel est le budget mensuel pour cela. » L’allocation de Rs 121 prévue à cet effet est jugée symbolique par Jamil Dookhee, de l’association No To Poverty : « Elle ne fera pas une grande différence, mais ce sera toujours une aide pour ceux qui sont éligibles. » 

Le Price Stabilisation Fund, un outil émoussé

La décision d’élargir la liste des produits couverts par le Price Stabilisation Fund est accueillie avec un scepticisme marqué. Pour Jamil Dookhee, le mécanisme souffre d’un défaut congénital : « Les importateurs et commerçants, qui ont des inside information, augmentent déjà leurs prix avant même que ces articles entrent dans la liste. Donc, pour le consommateur, ça n’a pas vraiment d’impact. » Quant au Crisis Solidarity Fund, nouvelle création annoncée par l’exécutif, il suspend son jugement : « On a déjà vu ce genre de fonds dans le passé, mais il faut voir ce qu’il en est exactement. »

Sur le fond, son diagnostic est sévère : « Beaucoup de gens au bas de l’échelle se plaignent de la hausse des prix. Ça devient un problème réel. Dans l’ensemble, ces mesures ne sont pas suffisantes. » Seule concession : la révision annoncée des critères du Social Register, qu’il juge être « la seule bonne chose » dans le dispositif. À condition qu’elle se traduise effectivement par une inclusion plus large des personnes en situation de précarité.

Sur le terrain, les populations concernées observent, sans encore ressentir. « Les gens sont dans un wait and see », résume Patricia Adèle-Félicité. « Ils ne sentent pas encore totalement l’impact de ces mesures qui provoqueront des hausses de prix. » 

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