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Souffrant de lourds handicaps - Noorshaba et Dhruv : debout… ou presque, pour la première fois

Par Reshad Toorab
Publié le: 29 mars 2026 à 20:00
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noorshaba dhruv
Noorshaba a récemment été opérée avec succès en Inde et poursuit aujourd’hui sa rééducation. Dhruv se tient enfin debout aux côtés de sa mère Diana, une première après des années de lutte.

Deux enfants mauriciens atteints de handicaps lourds retrouvent espoir grâce à des opérations en Inde. Pris en charge par l’OMCA Foundation, ils retrouvent aujourd’hui une mobilité qui leur était jusqu’ici inaccessible.

Ils ne se connaissaient pas. Ils ne s’étaient jamais croisés à Maurice, n’avaient aucun ami commun, aucune raison de se parler. Mais Ally et Diana auraient pu se reconnaître n’importe où, à la façon dont on reconnaît quelqu’un qui porte le même poids depuis trop longtemps. 

Ally portait sa fille. Littéralement. Chaque matin, Noorshaba s’accrochait à son dos pour traverser la maison, descendre les marches, rejoindre la voiture. « Parfwa mo bizin pran li lor mo ledo pou amenn li. » Il le dit simplement ; c’était juste le quotidien depuis 12 ans. 

Diana, elle, avait appris à vivre avec une autre image : son fils Dhruv, 12 ans, né prématuré, atteint de paralysie cérébrale, qui avançait lui aussi comme il pouvait dans un monde construit pour des corps qui ne ressemblaient pas au sien. On l’avait opéré localement, un jour. Un espoir. Puis rien. Sa mère lâche le mot sans détour : « Ti enn fiasko. » Deux syllabes. Des années de conséquences. 

Pendant tout ce temps, les deux familles ont fait ce que font les familles dans ces situations : elles ont cherché. Consultation après consultation, médecin après médecin, espoir après espoir déçu. Et puis, à un moment, elles ont cessé de chercher une solution et ont commencé à chercher une sortie. C’était avant l’Inde.

C’est l’OMCA Foundation qui a ouvert la porte. Une prise en charge complète, un dossier monté, un départ organisé. Direction l’Inde, où des équipes médicales spécialisées reçoivent chaque année des patients que leurs pays d’origine n’ont pas su traiter. Dhruv part le 15 janvier. Noorshaba, le 11 février. « Le 12, nou ti deza lopital. Tou finn al vit », raconte Ally. Après 12 ans d’immobilisme médical, la vitesse elle-même désoriente.

Une période difficile

Les premières semaines sont dures. Noorshaba est opérée deux fois en 15 jours. Son père reste à son chevet, nuit après nuit. « Mo pa pou manti, sa peryod-la ti bien difisil. » Il regarde sa fille endormie sous les anesthésiques, les pieds maintenus dans une plaque métallique, et il a peur. La peur ordinaire d’un père devant la douleur de son enfant, démultipliée par l’éloignement, la langue étrangère, l’inconnu de tout. 

Et puis un soir, il regarde les pieds de sa fille. Posés à plat. Droits. Quelque chose qu’il n’avait jamais vu. « La premier fwa mo trouv so lipie finn drese drwat… sa finn tous mwa profondeman. » Il ne dit rien de plus. Il n’a pas besoin. « Par la grâce de Dieu, l’opération a été un succès. Apre, zot finn tir plak e aster pe kontign tretman. » 

Pour Dhruv, les médecins reprennent depuis le début ce que l’opération mauricienne avait laissé en chantier. Ils corrigent, posent des prothèses adaptées, relancent une rééducation intensive. « Dokter Lind finn koriz sa. Li donn li terapi, remet plak. Li donn li bann protez ki li kapav deboute. » Pas à pas, au sens littéral.

Puis vient le moment. Celui pour lequel tout le reste n’était que préambule. Dhruv est debout. Pas assis, pas à genoux. Debout, les jambes sous lui, le dos droit, les yeux à une hauteur que sa mère Diana n’avait encore jamais contemplée. « Mo pe get li… li debout drwat. Pou la premier fwa, mo trouv ki vre oter mo garson. » Elle lui parle. Elle dit : « Mama ena enn gran zom. » 

Et elle ajoute, pour ceux qui ne comprennent pas encore ce que ces mots représentent après 12 ans : « Mo dir mo pou retourn Moris avek mo garson ki pou marse. » Ce n’est pas une certitude médicale. C’est une chose plus forte : une conviction de mère, nourrie pour la première fois d’une preuve réelle.

Le destin, parfois, arrange les choses avec une précision qui ressemble à de l’intention. Les deux familles, parties de Maurice sans se connaître, se retrouvent dans la même guesthouse. Leurs enfants font leur rééducation dans le même hôpital, se croisent dans les mêmes couloirs, apprennent à se tenir debout dans la même salle de kiné. Les parents mangent ensemble, attendent ensemble, s’inquiètent ensemble. « De fami diferan, me mem soufrans, mem lespwar pou zot zanfan debout. » 

Prise en charge complète 

Dans un pays à des milliers de kilomètres de chez eux, ils ont trouvé une chose qu’ils n’attendaient plus vraiment : de l’humanité. Les deux familles saluent la prise en charge. « Zot tret nou kouma enn fami », dit la mère de Dhruv. Ally confirme, sans une once d’exagération : « Depi nou arive, zot finn organiz tou : guesthouse, manze, netoyaz. Dokter disponib 24/24. Ninport ki bizin, zot done. Mo satisfe, mo pena okenn konplint. »

Aujourd’hui, la rééducation continue. Marcher seuls reste un objectif, pas encore une réalité acquise. Mais quelque chose d’essentiel a changé. « Mo resi trouv enn lalimier pou mo zanfan », affirme Diana. Ally de renchérir : « Mo krwar dan sa tretman-la. Nou pe koumans trouv diferans. » 

Mohammad Tasleem Dilloo, fondateur de l’OMCA Group, dit que l’histoire de Noorshaba et Dhruv dépasse leurs deux cas. Que ce qu’elle illustre, c’est une conviction simple, presque têtue : « Peu importe la race, la couleur, l’âge ou la religion, pour nous, tous les êtres humains sont semblables. Chaque vie compte de la même manière. » 

Il insiste : « La maladie ne choisit pas, et nous non plus. » « Notre mission, c’est de redonner espoir là où il n’y en a plus. Quand nous voyons des enfants comme Noorshaba et Dhruv se tenir debout aujourd’hui, cela nous rappelle pourquoi nous faisons ce travail », ajoute-t-il. 

Un message porté par une seule idée : l’accès aux soins ne devrait jamais dépendre de qui l’on est. Seulement du besoin d’être soigné. Noorshaba et Dhruv se tiennent debout. Pour la première fois.

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