Interview

Sonny Wong : «De nombreuses marques locales ont trouvé leurs places dans les habitudes alimentaires mauriciennes»

Sonny Wong, General Manager-Commercial à Innodis Sonny Wong, General Manager-Commercial à Innodis

L’approche des fêtes de fin d’année reste-t-elle encore synonyme d’achats impulsifs ? Plus maintenant, soutient Sonny Wong, General Manager-Commercial à Innodis, « car les consommateurs réfléchissent davantage avant d’acheter ». L’année 2018, poursuit-il, se solde par un bilan positif grâce à des mesures destinées à relancer la consommation.

« À l’ avenir, les consommateurs auront de moins en moins de temps et nous devons continuellement adapter notre offre de produits, afin de mieux les accompagner. »

À deux mois de la fin de 2018, comment s’est porté le marché de la distribution à Maurice ?
La grande distribution s’est bien développée depuis ces 12 dernières années et touche aujourd’hui l’ensemble du pays. Le marché de vente au détail dans les grandes surfaces se porte bien avec l’ouverture de nouveaux magasins et l’engouement des Mauriciens pour les sorties dans les centres commerciaux.

Avec l’arrivée de la période festive, nous nous attendons à une hausse de la consommation et nous espérons que la tendance va se maintenir pour l’année 2019.

Nous constatons néanmoins qu’il y a de moins en moins d’achats impulsifs, car les consommateurs réfléchissent davantage avant d’acheter. Ils recherchent des produits de qualité à des prix abordables et qui sont perçus comme étant plus sains et font les achats principalement pendant les fins de mois, donc pendant la période de promotions.

Quels ont été les principaux moteurs de la performance du marché ? L’impact socioculturel et économique est-il un déterminant ?
Le gouvernement a pris certaines mesures pour relancer la consommation, notamment en contribuant à rehausser le pouvoir d’achat des consommateurs, ce qui a eu un effet positif sur la consommation.

Les consommateurs ont-ils maintenu leurs préférences en termes d’achat ? Est-ce que la fidélité à des marques et est-elle toujours de mise ?
Notre grande force chez Innodis, c’est surtout notre aptitude à bâtir et à faire grandir des marques sur notre marché. Nous avons ainsi plus de 75 marques dans notre portefeuille, des marques internationales, mais aussi des marques locales fortes, tels que Prodigal, TwinCows, Dairy Maid et Dairy Vale.

Nous investissons beaucoup sur nos marques, dont certaines sont des leaders dans leurs marchés respectifs, car il est certain que les consommateurs ont généralement beaucoup d’attachement à leurs marques préférées. Par ailleurs, la publicité a pris beaucoup d’ampleur à Maurice, avec les producteurs et distributeurs faisant preuve de créativité, afin de pousser leurs marques. Cela influe certainement sur le choix du consommateur, même si ce dernier fait preuve aujourd’hui de plus en plus de discernement dans son choix d’achat.

Est-ce que la concurrence a-t-elle abouti à l'élargissement de l’offre et à la réduction des coûts ?
Nous opérons aujourd’hui dans un environnement très concurrentiel et le marché se dirige de plus en plus vers la grande distribution. Ainsi, les détaillants se regroupent et s’organisent. Il y a de plus en plus de concurrence entre les enseignes et c’est tant mieux pour les consommateurs.

Les distributeurs, dont certains sont aussi des fabricants, comme nous-mêmes, doivent ainsi adapter de leur manière d’opérer.

Chez Innodis, notre objectif n’est certainement pas de combattre la tendance vers la grande distribution, mais au contraire, de nous adapter à ce changement important. Nous sommes convaincus que demain, ce ne sera pas forcément les distributeurs les plus importants qui seront profitables, mais ceux qui sauront s’adapter au mieux par rapport à l’évolution du marché.

En ce qu’il s’agit des coûts, indépendamment d’autres facteurs, nous travaillons continuellement sur un programme de réduction de coûts, afin d’être toujours plus efficients.

Est-ce que le fait d’être un petit marché défavorise-t-il Maurice, lors des commandes à l’étranger ?
Certainement. Nous avons un petit marché de 1,3 million d’habitants et nous devons, comme on a l’habitude de le faire, trouver d’autres moyens, afin de bénéficier des prix les plus bas quand on importe des produits, en particulier en ce qui concerne les produits de base.

Chez Innodis, nous avons de la chance de travailler avec des partenaires internationaux depuis des décennies. Cette année, nous avons fêté les 43 ans de partenariat avec les Fromageries Bel (Vache Qui Rit) et notre relation avec d’autres partenaires comme Unilever, Doux, Pioneer Foods, Kimberly Clark, Oceana Brands et des autres date de plusieurs décennies. Cela nous permet de bénéficier de certains avantages, même si nous sommes un petit marché.

Il est aussi important de souligner qu’il est plus difficile de bénéficier de grandes économies d’échelle au niveau de la manufacture locale, même si sur les rayons des supermarchés, ces mêmes produits locaux doivent concurrencer des produits similaires importés.

La compagnie Innodis tient-elle compte des achats en ligne et comment se prépare-t-elle à relever ce challenge ?
La vente en ligne a bien décollé pour les produits non-alimentaires et nous pensons que dans un avenir proche, les consommateurs devraient se tourner de plus en plus vers les sites de e-commerce locaux. Concernant les produits alimentaires, la vente en ligne devrait complémenter la vente traditionnelle et non pas la remplacer, car le shopping dans les grandes surfaces s’inscrit bien souvent dans une logique de sortie familiale et en général les consommateurs aiment bien voir les produits avant d’acheter.

Est-ce que les produits locaux sont-ils présents dans nos grandes surfaces ?
Malgré la concurrence des marques importées, il y a un grand nombre de marques locales qui ont trouvé leurs places dans les habitudes alimentaires mauriciennes. Nos produits fabriqués localement sous les marques Prodigal, Dairy Vale et Dairy Maid, par exemple, sont très populaires. Nous sommes auto-suffisants dans l’industrie du poulet grâce en grande partie à la contribution d’Innodis avec ses marques Prodigal, Carmen et Le Poulet Fermier. Par ailleurs, nos yaourts ainsi que nos glaces  n’ont rien à envier avec les produits importés. Par contre, nous devons toujours maintenir cette qualité, ainsi que la fraîcheur de nos produits et également être dans une quête perpétuelle d’innovation.

Est-ce qu’il existe des produits ciblés, selon les milieux géographiques urbain/rural ?
Pas vraiment. Nous constatons que la grande distribution est aujourd’hui bien présente dans des régions rurales comme dans des régions urbaines.

À l’approche des fêtes de fin d’année, quelles sont les principales tendances de consommation qui vous semblent se dégager ?
En cette période de fin d’année, on prévoit une forte demande pour le poulet frais, particulièrement pendant les deux dernières semaines de l’année. Ainsi nous augmentons nos stocks de poulets surgelés pendant les mois d’octobre et novembre, afin de basculer l’ensemble de la production vers le frais.

On retrouve aussi comme chaque fin d’année, un engouement des consommateurs pour la dinde, qui est devenue une tradition à Maurice, les fruits de mer, le fromage frais et autres produits festifs comme les crèmes glacées et autres.

Comment voyez-vous évoluer les comportements du consommateur dans les prochaines années, compte tenu des horaires de travail décalés, liés aux emplois qui se terminent tard, avec leurs impacts sur les habitudes de consommation ?
À l’avenir, les consommateurs auront de moins en moins de temps et nous devons continuellement adapter notre offre de produits, afin de mieux les accompagner - des produits qui conviendront mieux aux consommateurs de demain.

Ainsi nous travaillons sans cesse sur le lancement de nouveaux produits locaux, sains, faciles et rapides à préparer, afin de faciliter la vie des ménagères.

Par rapport au conflit qui a opposé Innodis à un syndicat, comment souhaitez-vous que se règle cette affaire ?
Par le bon sens. Ce qui est dommage, c’est que les syndicats font fi des lois et des accords signés en insistant sur des décisions qui sont discrétionnaires à l’employeur. Et même après que nous ayons communiqué des décisions qui auraient dû répondre à leurs attentes, ils ont décidé, malgré tout de maintenir leurs positions. Il semblerait, par ailleurs, que leur négociateur chercherait à prendre la paternité de ces décisions.