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Son fils faisait partie des 12 Mauriciens qui étaient à Wuhan, Chine - Shyam : «J’ai eu peur pour mon fils»

Le couple Drepaul avec leur cadet à son retour à Maurice.

Quand Shyam Drepaul a appris que le coronavirus (COVID-19) fait des ravages à Wuhan où Deepak, son fils cadet, étudie la médecine depuis neuf ans, il était désespéré. Maintenant que Deepak est de retour à la maison depuis lundi dernier, il respire. Certes, ce père de 60 ans est conscient que son fils devra retourner en Chine pour terminer ses études, mais, entre-temps, il savoure chaque instant en sa compagnie.

Shyam Drepaul, simple, gentil et humble, est le père de trois garçons âgés respectivement de 20, 27 et 29 ans. Il travaille comme caretaker au collège Friendship, à Goodlands, depuis trois décennies. Ces dernières semaines n’ont pas été faciles pour lui. En cause : son fils Deepak était à Wuhan, la capitale de la province de Hubei, considérée comme l’épicentre du COVID-19. Deepak étudie la médecine et se spécialise en orthopédie.

À l’aéroport, Shyam Drepaul trépignait d’impatience, lundi dernier. « Je voulais voir mon fils pour vérifier qu’il allait bien. J’ai eu peur pour lui quand j’ai appris que cette épidémie fait de nombreuses victimes », raconte le sexagénaire. Accompagné de son benjamin et de son épouse, il a poussé un ouf de soulagement en voyant son cadet. Même si les retrouvailles se sont passées dans le calme, quelques larmes ont quand même ruisselé sur son visage sans que personne ne s’en aperçoive. 

Deepak Drepaul fait la fierté de ses parents

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Shyam Drepaul et son benjamin attendant l'arrivée de Deepak.

Ayant étudié jusqu’à la Form V, Shyam Drepaul a toujours aspiré à un meilleur avenir pour ses trois fils. « C’est mon rêve de voir mes enfants réussir dans la vie », dit ce père qui travaille d’arrache-pied pour que cela arrive. Il est épaulé par son épouse qui est aussi une bosseuse et qui gère un petit snack pour aider son époux financièrement. Leur fils aîné est chauffeur, alors que leur benjamin aide la maman dans son snack.

Pour sa part, Deepak Drepaul a toujours visé haut. Il a fait ses études au collège Ramsoondar Prayag à Rivière-du-Rempart. Avec six unités au School Certificate, il intègre le collège Royal de Port-Louis où il poursuit sa scolarité dans la filière des sciences. Ayant réussi brillamment à ses études de HSC, il caresse le rêve de devenir médecin.

« Mon fils est très intelligent et mon épouse et moi l’avons toujours encouragé à aller de l’avant. Quand il nous a dit qu’il voulait devenir médecin, on a fait tout notre possible pour que cela arrive », relate cet habitant de Triolet. Shyam Drepaul, qui a hérité d'un terrain de 65 perches à Pointe-aux-Biches de son père, a vendu une partie pour financer les études de son cadet à Wuhan. Ensuite, après cinq ans, il lui a fallu contracter un emprunt pour que Deepak poursuive ses études. À Wuhan, Deepak Drepaul continue à briller et fait partie des deux meilleurs étudiants à obtenir une bourse pour faire sa maîtrise. 

Quand Shyam Drepaul a pris connaissance de la situation qui prévaut à Wuhan, il a eu très peur. De son côté, Deepak a gardé le silence pour ne pas paniquer sa famille. « Quand j’ai appris que le gouvernement allait rapatrier les 12 Mauriciens à Wuhan, j’ai été rassuré. J’ai été encore plus soulagé quand il est arrivé en France où il est resté en confinement. J’ai beaucoup prié pour qu’il rentre sain et sauf à la maison », relate Shyam. Ce dernier sait que son fils, qui doit terminer sa maîtrise en juin prochain, retournera en Chine une fois que tout sera rentré dans l’ordre. « Deepak fait ma fierté. Je suis un simple caretaker et je suis honoré qu’il soit mon fils. Mon épouse et moi avons fait des sacrifices pour qu’il puisse concrétiser ses rêves. Il est le premier médecin de la famille », lance fièrement notre interlocuteur. 

J’ai beaucoup prié pour qu’il rentre sain et sauf à la maison

Durant la cérémonie de remise des diplômes de son fils qui avait réussi sa licence,  Shyam Drepaul n’a pu se rendre à Wuhan, faute d’argent. « J’ai préféré que mon épouse soit aux côtés de notre fils. C’est une mère extraordinaire qui pense au bien-être de ses enfants avant de penser à soi. Par contre, j’économise pour assister à la cérémonie de remise de diplômes pour sa maîtrise qui, je présume, aura lieu plus tard durant cette année avec l’épidémie qui se propage », indique le sexagénaire qui compte travailler jusqu’à 65 ans pour éponger ses dettes. 

Entre soulagement et déception

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Deepak et sa mère.

Deepak Drepaul, qui entame sa spécialisation au Wuhan Union Hospital, est aussi soulagé d’être à Maurice. « À ce stage de mes études, on fait davantage de pratique. Cependant, on travaille sur nos thèses et nos dissertations qu’on envoie à nos professeurs», explique le jeune homme de 27 ans. Cependant, il se dit aussi déçu face à la situation actuelle, car il ne lui restait que quatre mois pour devenir orthopédiste. Toutefois, il n’est pas de ceux à facilement jeter les armes. 

C’est en décembre dernier, après ses examens, que Deepak Drepaul entend parler du retour d’un autre virus. « L’école nous a envoyé un message nous demandant de ne pas venir à l’hôpital. Je suis resté enfermé chez moi pendant une dizaine de jours et j’ai mangé des produits mauriciens comme du thon. Je ne suis sorti qu’une fois du dortoir pour aller acheter de l’eau et d'autres trucs dans un supermarché situé dans l’enceinte de l’école », raconte notre compatriote.

En tant que médecin en formation, Deepak Drepaul a toujours pris des précautions ce avant même que le COVID-19 commence à faire de nombreuses victimes. Toutefois, il ne voulait pas alerter ses parents, mais quand la situation s’est envenimée, il leur a dit la vérité. Quand il a appris que les Mauriciens de Wuhan allaient être rapatriés en France, il a quelque peu décompressé. 

« Je me demandais si je devais prendre le risque de sortir de chez moi, sachant que je pouvais être infecté. Finalement, je me suis dit que c’était mieux de rentrer à Maurice dans la conjoncture actuelle », relate notre interlocuteur. Le 1er février, il s’est rendu au consulat de France à Wuhan. Selon lui, il y avait environ six autobus qui ont emmené les 12 Mauriciens ainsi que d’autres personnes de diverses nationalités à être rapatriés en France. 

« Après de longues procédures au consulat, on s’est rendu à l’aéroport. On a pris notre température et on nous a donné des masques. Ensuite, on a embarqué dans un avion sous la commande des militaires français », se souvient Deepak Drepaul. Une fois en France, ils ont été placés en quarantaine dans une école de pompiers à Aix-en-Provence. Tous les tests effectués ont démontré que les rapatriés ne présentaient aucun signe de contamination. 

Une situation inédite qu’a vécue le natif de Triolet. « Les Français nous ont bien traités. Ils ont attendu minuit pour qu’on ne soit plus en quarantaine. Ils étaient stricts et c’est ce qui a aidé à avoir un meilleur contrôle de la situation. On a tous été soulagés quand ils nous ont dit, bonne nouvelle, tous les tests sont négatifs», s’exclame-t-il. Il remercie les ministères de l'Europe et des Affaires étrangères et de la Santé, ainsi que les ambassades de Chine à Maurice et de Maurice en Chine pour les efforts en vue de rapatrier nos compatriotes qui étaient dans l’épicentre du virus. Maintenant qu’il est à Maurice, il profite de sa famille. Après huit ans d’absence, il a pu fêter la fête Maha Shivaratree sur le sol mauricien. 

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