Sommet PI Africa 2026 à Maurice : 2 000 milliards de dollars d’actifs : où investir le capital africain?
Par
Fabrice Laretif
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Fabrice Laretif
La 9ᵉ édition du Sommet PI Africa, tenu les 11 et 12 février, a réuni fonds de pension, régulateurs et institutions financières africaines et internationales. L’enjeu principal : mobiliser et orienter les capitaux institutionnels africains vers des projets durables et structurants sur le continent.
Le Sommet PI Africa 2026 s’est tenu les 11 et 12 février 2026 au Hilton Mauritius Spa & Resort. L’événement réunissait des fonds de pension, des fonds souverains, des gestionnaires d’actifs, des régulateurs ainsi que des institutions financières de développement africaines et internationales.
Pour sa 9e édition, la rencontre a mis l’accent sur un enjeu central, à savoir, comment mobiliser et déployer plus efficacement les capitaux institutionnels africains afin de soutenir une croissance durable sur le continent. Les discussions ont porté sur les marchés privés, les infrastructures durables, le financement climatique et la transformation numérique.
Le capital institutionnel africain a atteint une ampleur significative. La question n’est plus celle de sa disponibilité, mais celle de son déploiement. Les intervenants ont souligné la nécessité d’améliorer la coordination entre acteurs publics et privés afin d’orienter les ressources vers des projets structurants, capables de générer à la fois des rendements et un impact économique mesurable.
Le Dr Avinash Ramtohul, ministre des TIC, a évoqué l’évolution du rôle de l’investissement privé. Selon lui, les capitaux du secteur privé ne sont plus uniquement associés à une logique de profit, mais constituent également un levier de développement national. Il a rappelé que la mobilisation de ressources à long terme repose sur des cadres juridiques modernes, une infrastructure numérique fiable et un capital humain compétent.
Mahad Ahmed, directeur général d’AME Trade Ltd, a indiqué que la base de capital institutionnel africain approche les 2 000 milliards de dollars. Cette progression représente à la fois une opportunité et une responsabilité accrue. Il a souligné que les fonds de pension du continent tendent à évoluer vers un rôle d’allocateurs stratégiques de capitaux à long terme, plutôt que de se limiter à la détention d’obligations souveraines. Le défi consiste à concilier les obligations fiduciaires envers les bénéficiaires avec les impératifs de développement économique.
Une session consacrée à la mobilisation des capitaux nationaux et intra-africains a mis en lumière la nécessité de réorienter une part plus importante des investissements vers le continent. Bilal Adam, directeur général de Stewards Investment Capital en Afrique du Sud, a observé que la recherche de rendement demeure indispensable, mais qu’elle doit désormais s’accompagner d’un soutien à la résilience économique.
Leslie Ndawana, directeur général du National Fund for Municipal Workers en Afrique du Sud, a plaidé pour une réallocation accrue des actifs au sein de l’espace africain. De son côté, Nasiru Braimah, responsable de la mobilisation des capitaux et des partenariats à l’Africa Finance Corporation (AFC), a estimé que plus de 4 000 milliards de dollars de capitaux sont disponibles sur le continent, posant la question des mécanismes de collaboration nécessaires pour les mobiliser de manière efficace.
Plusieurs intervenants ont insisté sur le rôle catalyseur des capitaux nationaux. Selim Basak, cofondateur de Gemcorp Capital, a souligné que des investissements locaux bien structurés peuvent contribuer à attirer des partenaires internationaux. Wola Asase, directrice adjointe chargée des syndications à l’AFC, a rappelé que la structuration financière est déterminante pour faciliter les allocations à long terme, notamment dans les infrastructures et les actifs alternatifs, en adéquation avec les engagements des régimes de retraite.
La gouvernance et la stabilité réglementaire ont été présentées comme des conditions essentielles pour renforcer la confiance des investisseurs. Namakau Ntini, registraire et directrice générale de l’Autorité des pensions et des assurances de Zambie, a souligné que la contrainte principale ne réside pas dans le volume de capitaux disponibles, mais dans la confiance accordée aux cadres réglementaires, à la qualité des données et à la cohérence des politiques publiques.
La formation des administrateurs de fonds a également été évoquée. Nazlie Seegers, directrice de l’expérience chez Salt Employee Benefits en Afrique du Sud, a estimé que la compréhension des instruments d’investissement est indispensable pour permettre des décisions éclairées et orientées vers les résultats des bénéficiaires.