Interview

Somas Appavou, Chief Executive Officer d’Air Mauritius : «Des taxes moindres sur l’aviation seront bénéfiques à l’ensemble de l’économie»

La 51e assemblée générale annuelle de l’African Airlines Association (AFRAA), étalée sur trois jours, prend fin ce mardi. La cérémonie d’ouverture a eu lieu dimanche. Dans un entretien accordé au Défi Quotidien le lundi 11 novembre, Somas Appavou, CEO de MK, fait le point, en sa capacité de président de l’AFRAA, sur le rôle de cette organisation et les thèmes importants à l’agenda. 

En six mois, Maurice accueille deux conférences de l’African Airlines Association. Comment expliquez-vous ce tour de force ?
L’AFRAA organise trois rassemblements majeurs par an. Deux réunions sont des rencontres communes. En mai dernier, une de ces réunions a eu lieu à Maurice. Celle qui se tient du 10 au 12 novembre à l’hôtel Intercontinental, Balaclava, est l’assemblée générale annuelle. Au départ, cet événement aurait dû se tenir au Cameroun. Le pays-hôte initial s’est retiré. On a saisi l’opportunité. Organiser des événements de l’AFRAA au pays est très important. 

Quand j’ai pris le poste de CEO, j’ai donné une nouvelle impulsion afin que Maurice soit partie prenante des efforts de l’association ayant trait au fioul, aux discussions relatives aux charges qu’imposent certains aéroports et à l’accès à des facilités de formation. Air Mauritius est un opérateur africain. Des fois, nous l’oublions.

Qui plus est, nous développons un axe Afrique-Maurice-Asie et vice-versa. La structure que nous avons mise en place marche relativement bien. Nous avons un flux de passagers de Nairobi passant par Plaisance pour rallier l’Australie. De l’Afrique-du-Sud, des passagers transitent par Maurice pour partir en Inde ou d’autres destinations asiatiques. Ce type d’activités se doit d’être intensifié. Afin d’y parvenir, nous sommes appelés à travailler en étroite collaboration avec des opérateurs africains.

L’Association se mobilise auprès d’une quinzaine de compagnies aériennes afin que le prix du fioul (Jet A1) baisse. Dans le concret comment est-ce bénéfique pour une compagnie d’aviation telle qu’Air Mauritius ?
Il est essentiel de rappeler que le coût du fioul en Afrique est supérieur de 35% par rapport aux autres continents. Le processus en place est le suivant. Les agences achètent du fioul avec des fournisseurs. Une marge est négociée. Le fioul est transféré aux distributeurs, qui les vendent aux compagnies d’aviation. À chaque point, il y a un prélèvement de marge. Si on parvient à négocier sur la marge, mieux c’est.

Prenons un exemple. Si le prix du fioul à Dar-Es-Salaam est à $100, en faisant partie de ce groupe, on pourrait se le procurer à $95. Cela nous permet de réduire légèrement le coût par rapport à cette ligne. N’empêche que c’est toujours bon à prendre. Toute forme d’économie est intéressante pour la compagnie. L’AFRAA nous permet de réaliser ces gains sur le coût.

Le modèle économique est révolu. Il faudrait qu’on revoie le tout."

L’AFRAA a démarré des pourparlers avec les organismes concernés pour que les taxes sur l’industrie du voyage soient revues à la baisse. À Maurice, quelle est l’incidence de ces taxes sur le coût du billet ?
Il existe différents types de taxes : des taxes aéroportuaires, par tête de passagers, des charges à payer pour l’aire de stationnement, l’utilisation des pistes d’atterrissage et la navigation. Ce sont des charges relativement importantes dans le coût de nos opérations. Tout moyen visant à baisser ces coûts est toujours très bon à prendre, d’une part, pour l’économie de route et, d’autre part, pour baisser les tarifs afin d’attirer davantage de passagers. Tout voyageur est sensible aux prix. Plus le coût baisse, plus c’est accessible à davantage de personnes. Le trafic augmentera en conséquence. C’est bénéfique à tout le monde car c’est un cycle qui crée davantage d’activités économiques.

Dans le contexte mauricien, est-ce qu’Air Mauritius a entamé des discussions avec l’État ?
Il n’y a pas qu’Air Mauritius. D’autres opérateurs ont des engagements du genre avec les États. Que ce soit pour nous et d’autres compagnies d’aviation, les droits sont les mêmes. Donc, l’État ne peut pas façonner une politique sur mesure par rapport à un client. La question à se poser c’est davantage d’un angle macroéconomique. Est-ce qu’on pourrait, in toto, réduire les taxes aéroportuaires ou les charges de sorte à ramener les tarifs à un meilleur prix et attirer plus de trafic et gagner en termes de volume ? Telle est la question fondamentale. Ce faisant, on notera une incidence positive sur le Produit Intérieur Brut (…)

Est-ce que la taxe sur l’aviation coûte cher au voyageur ?
La taxe sur l’aviation ne coûte pas cher au voyageur. C’est au détriment de l’économie nationale. Certes, les taxes sont nécessaires afin d’avoir de l’argent pour financer certaines nouvelles infrastructures. Maintenant, quel niveau de taxe est acceptable dans le temps pour développer certaines routes ou inciter à ce qu’il y ait plus de trafic ? Ne devrait-on pas faire un calcul macroéconomique pour (par exemple) baisser les tarifs de 10% ? (…)

Air Mauritius a annoncé des pertes conséquentes lors de l’exercice annuel se terminant au 31 mars 2019. Cette semaine-ci, la compagnie publie son bilan pour le second trimestre et le premier semestre. Quelle est la tendance ?
Air Mauritius est une compagnie listée à la Bourse de Maurice. Je ne peux pas me prononcer sur des résultats qui n’ont pas encore été publiés.

Comment se présente l’avenir ?
Il y a deux choses à comprendre. On ne peut pas manger un kilo de sel d’un coup. Beaucoup d’eau est passée sous le pont. Beaucoup de choses ont été faites d’une certaine façon, selon une  stratégie. Cette stratégie est révolue. Le modèle économique est révolu. Il faudrait qu’on revoie le tout.

Quand on commence, on ne verra pas les résultats immédiatement. On y va lentement mais sûrement, avec beaucoup d’efforts pour y parvenir. En ce qui concerne notre (nouveau) modèle, nous avons beaucoup travaillé avec des consultants de CAPA. Ils ont rendu leur rapport. Le document est en instance d’être approuvé par le comité incessamment. Ensuite, il s’agira de déployer les efforts pour mettre en place ce nouveau modèle. Il va falloir faire des efforts.

 

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