Six semaines sur les routes d’Europe avec les Chedumbrun

Par Le Dimanche /L' Hebdo
Publié le: 1 février 2026 à 18:30
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Le rêve de voir Manchester United jouer se réalise enfin. La famille aux Champs-Élysées pour les célébrations du Nouvel an.

Une promesse tenue et des milliers de kilomètres parcourus. De la ferveur de Manchester aux sommets enneigés des Alpes, revivez ce voyage exceptionnel où chaque escale est devenue une leçon de vie.

Le défi était simple, presque banal : « réussis les examens du Primary School Achievement Certificate (PSAC) 2024, et papa t’emmène voir un match à Old Trafford. » Mais quand Krish Chedumbrun fait une promesse à son fils Prayaan, il ne fait pas les choses à moitié. Ce qui devait être un week-end à Manchester s’est transformé en une épopée de plus d’un mois à travers l’Europe, entraînant avec eux Kovila et leur fille Krishtee. Pour cette famille d’influenceurs mauriciens, habitués à partager leur quotidien sur Facebook et TikTok, le voyage allait devenir bien plus qu’un simple carnet de bord : une leçon de vie grandeur nature.

Tout commence dans la chaleur tropicale de Maurice, à la veille des examens. Krish lance le défi à Prayaan. L’enjeu ? Les tribunes mythiques d’Old Trafford, là où jouent les Red Devils de Manchester United, cette équipe qui berce la famille Chedumbrun depuis des années. Au-delà de la récompense, c’est un moteur de motivation qui se met en place. Et quand les résultats tombent, brillants, la promesse devient réalité. Mais pas question de s’arrêter à un simple match : si l’on traverse le monde, autant en profiter pleinement.

Londres, Paris, Manchester, les Alpes françaises, Milan, l’Allemagne, puis un détour inattendu par Dubaï. Plus d’un mois loin de chez eux, quatre Mauriciens plongés dans un hiver européen qu’ils ne connaissent que par écrans interposés. Pour Prayaan et Krishtee, l’aventure commence par une découverte radicale : le froid. Le vrai froid. Celui qui mord, qui oblige à s’emmitoufler, qui transforme chaque respiration en petit nuage blanc. 

« Le plus grand défi a été de gérer la durée du voyage tout en faisant face aux conditions hivernales, parfois avec des températures en dessous de zéro », reconnaît Kovila. Une réalité totalement nouvelle pour des enfants habitués à la douceur mauricienne. Mais très vite, la famille découvre quelque chose d’inattendu : leur incroyable capacité d’adaptation. Malgré le thermomètre qui plonge, les enfants trouvent leurs repères, transforment l’inconfort en curiosité, l’hiver en terrain de jeu.

Londres, ville d’ancrage et de retrouvailles

La capitale britannique s’impose naturellement comme point d’ancrage du voyage. D’abord parce qu’elle a toujours été une destination de rêve pour les Chedumbrun. Mais aussi parce qu’on ne découvre pas Londres en quelques jours. La ville exige du temps, de la patience, de multiples allers-retours dans ses quartiers... Kovila le sait : « Nous savions dès le départ qu’il nous faudrait du temps pour en saisir l’essence. »

Mais au-delà des monuments et de l’histoire, Londres devient surtout un lieu de rencontres. Celle avec la famille de Nitasha Seerputtee, figure connue des réseaux sociaux mauriciens. Celle avec Ruben Pavaday, grand supporter de Liverpool – les Chedumbrun ne lui en tiendront pas rigueur. Ces moments de retrouvailles avec d’autres Mauriciens installés loin de l’île donnent au voyage une dimension humaine qui dépasse largement le simple tourisme. On partage des histoires, on crée des liens, on se rappelle qu’où qu’on soit dans le monde, Maurice reste un point commun indélébile.

Entre deux séjours londoniens, l’escale à Bournemouth offre un contraste saisissant. Loin de l’effervescence perpétuelle de la capitale, la ville côtière respire un autre rythme. « Londres est intense, vibrante, toujours en mouvement. À l’inverse, Bournemouth offre une atmosphère plus calme et apaisante, portée par la mer », note Kovila. 

C’est là qu’ils retrouvent Sarah Jane Gokool, amie d’université de Krish, qui gère avec son mari le restaurant mauricien Mo Baz Bistro. Le temps d’un repas, les saveurs de l’île réchauffent les cœurs et les estomacs, créant une parenthèse de convivialité bienvenue. Ces allers-retours entre l’agitation londonienne et la douceur côtière donnent au voyage un rythme équilibré, entre découvertes effrénées et moments de respiration.

C’est aussi à Londres que la famille vit son premier Noël loin de Maurice. Célébrer cette fête à des milliers de kilomètres de chez soi, c’est accepter une certaine forme d’absence. Les proches manquent, les traditions familiales aussi. Cette distance ravive un sentiment de nostalgie, surtout en cette période habituellement si familiale. Mais les enfants, eux, découvrent un autre Noël. Celui des décorations lumineuses dans les rues, celui de l’ambiance hivernale si différente des fêtes tropicales. « Les enfants ont vécu les festivités avec énormément de joie et d’émerveillement », se souvient Kovila. La famille garde l’essentiel – être ensemble, partager un repas, prendre le temps d’échanger – tout en réinventant ses rituels, en s’adaptant au contexte britannique, en créant de nouveaux souvenirs. « Ce Noël était très différent de celui de Maurice, mais tout aussi beau à sa manière. »

Old Trafford : la concrétisation d’un rêve partagé

29 décembre. La famille entre dans le stade d’Old Trafford pour la visite guidée. Pour les Chedumbrun, supporters de Manchester United depuis l’enfance, ce n’est pas qu’un simple stade. C’est le temple. Celui des légendes, des victoires mémorables, des matchs regardés tard le soir depuis Maurice, des discussions passionnées.

« Marcher dans ce lieu mythique, chargé de légendes et d’histoire, voir de près les vestiaires, le tunnel des joueurs, les tribunes… c’était comme donner vie à un rêve. À cet instant, on ne visite plus un monument sportif : on touche du doigt une partie de son enfance. »

Le lendemain, 30 décembre, c’est l’apothéose. Manchester United affronte Wolverhampton, et la famille est dans les tribunes. Les chants résonnent, la ferveur du public vibre, chaque action sur le terrain provoque des vagues d’émotion. Pour les Chedumbrun, ce n’est pas simplement un match de football : c’est un moment de transmission, une promesse tenue, un instant partagé entre générations autour d’une passion commune. « Voir ce rêve se concrétiser, surtout dans le cadre d’une promesse faite à un enfant, a donné à cette expérience une dimension encore plus profonde », explique Kovila. Old Trafford restera gravé dans les mémoires familiales, non seulement comme le théâtre d’un grand club, mais comme le symbole d’une passion transmise avec le cœur.

Paris s’illumine pour le Nouvel an

Quelques heures après avoir quitté Manchester, la famille file vers Paris. Depuis Maurice, chaque année, ils veillent jusqu’à trois heures du matin pour suivre les célébrations du Nouvel an dans la capitale française. Cette fois, ils ne sont plus devant l’écran. Ils sont là, sur place, au cœur de l’événement.

Les Champs-Élysées, trois heures avant minuit. La foule s’agglutine déjà, immense, estimée à près d’un million de personnes. Des visages de partout, des langues de tous horizons, une humanité venue célébrer ensemble le passage à la nouvelle année. Ce qui marque les Chedumbrun, c’est précisément ce mélange : « Des personnes venues des quatre coins du monde, réunies dans une même ambiance de joie et de célébration. »

Puis vient le compte à rebours. Les lumières. Le feu d’artifice. Paris s’embrase sous leurs yeux, et pour une fois, ce ne sont pas des pixels sur un écran, mais la réalité brute, vibrante, partagée en famille. « Voir Paris s’illuminer sous nos yeux, entourés de cette foule internationale et partager ce moment en famille restera gravé à jamais. » Un Nouvel An qui compte parmi les temps forts du voyage, sans aucun doute.

Première neige dans les Alpes

De l’effervescence parisienne, le voyage prend un tournant radical. Direction les Alpes françaises, à Abriès-Ristolas, dans un chalet prêté par Didier Ken, un ami français rencontré lors des Jeux Olympiques de Paris 2024. Sans cette généreuse invitation, cette étape n’aurait jamais existé. Et pourtant, elle deviendra l’une des plus marquantes.

Pour Prayaan et Krishtee, c’est une première absolue : leur toute première fois face à la neige. Imaginez la scène. Des enfants qui n’ont jamais vu tomber un flocon, soudain plongés dans un paysage entièrement blanc. Ils touchent, ils jouent, ils s’émerveillent. Mais le froid est là aussi, intense, pouvant descendre jusqu’à –18 degrés. Un choc thermique que rien n’avait pu vraiment préparer.

« Ce n’était pas évident au début, surtout avec des températures aussi basses, mais ils ont appris à s’adapter très rapidement », raconte Kovila avec fierté. Et puis vient l’initiation au ski, encadrée par un moniteur français professionnel. Premiers pas sur les planches, premières glissades, premières chutes, premiers rires. Les voir progresser, tomber et se relever avec détermination, c’est un spectacle émouvant pour des parents.

La montagne leur apprend également autre chose : ralentir. Accepter l’inconfort. Apprécier les choses simples. « Loin de l’agitation habituelle, ils ont pris le temps de profiter de chaque moment, d’observer la nature et de savourer des choses simples », note Kovila. Cette expérience les apaise, les rend plus patients, plus attentifs. Une parenthèse précieuse avant de replonger dans le rythme des grandes villes.

Milan, entre histoire et humanité

Le voyage reprend vers le sud. Milan accueille la famille avec ses contrastes saisissants. La visite du Piazza del Duomo impressionne naturellement. Face à cette cathédrale majestueuse, « on ressent le poids de l’histoire, la grandeur architecturale qui caractérise la ville. Un lieu chargé de spiritualité, qui invite à la contemplation ».

En tant que passionnés de football, impossible de manquer le Stade San Siro. Ce temple du calcio, mythique entre tous, représente bien plus qu’un simple lieu sportif. Il incarne une culture, des générations de tifosi, des souvenirs partagés à travers le monde. 

Mais ce qui marque vraiment à Milan, comme à Londres ou à Bournemouth, ce sont les rencontres humaines. Rishi Souky et son épouse, des Mauriciens installés en Italie, viennent à leur rencontre. Ils accompagnent la famille, leur font découvrir la ville avec un regard différent, plus authentique, loin des parcours touristiques formatés. « Ce moment de partage, simple et sincère, restera gravé dans nos mémoires », confie Kovila. Il illustre parfaitement ce lien unique qui unit les Mauriciens, même à des milliers de kilomètres de l’île. 

Pause allemande, rythme différent

Direction le nord. L’Allemagne offre un contraste marqué avec les autres étapes. La culture y est différente, la cuisine aussi, et les habitudes du quotidien surprennent. Les échanges paraissent plus réservés, les gens plus sérieux, moins démonstratifs au premier abord. Pour une famille mauricienne habituée à la chaleur et à l’expressivité, c’est un ajustement.

Mais au fil des jours à Düsseldorf et Essen, la découverte s’approfondit. « Derrière cette apparente réserve se cachent une grande rigueur, un profond respect des règles et une organisation remarquable. » Loin de l’agitation des grandes capitales touristiques, ces villes offrent exactement ce que recherche la famille à ce moment précis du voyage : le calme, la paix, un rythme de vie apaisant. Cette parenthèse allemande permet de ralentir, d’observer, de mieux comprendre une autre manière de vivre. Une expérience aussi reposante qu’enrichissante.

Du 12 au 17 janvier, la famille revient à Londres pour une dernière semaine. Après avoir parcouru plusieurs pays, traversé des climats extrêmes, multiplié les rencontres, la fin du voyage se dessine clairement à l’horizon. Cette conscience apporte une confusion émotionnelle : l’envie de prolonger encore l’aventure se mêle à la certitude que cette expérience touche bientôt à sa fin.

La famille choisit de vivre cette dernière semaine pleinement. Découvrir les derniers lieux pas encore visités. Mais aussi des moments plus simples, comme l’achat des cadeaux pour ceux qui attendent à Maurice. Londres devient ainsi le cadre d’un doux mélange entre bilan et gratitude. « C’était le temps des derniers regards, des derniers souvenirs à créer et des derniers pas dans une ville qui avait marqué le début, et presque la fin, de ce long voyage familial. » Une semaine empreinte de nostalgie, mais aussi de reconnaissance pour tout ce que cette aventure leur a offert.

Détour émirati, final inattendu

La fin du voyage au Moyen-Orient n’était pas prévue. À l’origine, simple transit par les Émirats arabes unis pour rentrer à Maurice. Mais le hasard en décide autrement : le frère de Krish et sa belle-sœur Padma, eux aussi en voyage en Asie, ont prévu de passer deux jours à Dubaï pour conclure leur propre périple.

Durant leur dernière semaine à Londres, la décision tombe : ajoutons une escale aux Émirats. La famille séjourne à Sharjah, mais passe l’essentiel du temps à Dubaï avec Padma et son mari. « Ces retrouvailles familiales inattendues donnent une dimension très particulière à la fin du voyage, faite de partage, de rires, et de moments précieux après plusieurs semaines sur la route. »

Cette étape permet aussi de découvrir une autre facette du monde, radicalement différente de l’Europe. L’énergie de Dubaï, ses contrastes entre tradition et modernité, marquent toute la famille. Voir le Burj Khalifa en vrai, après l’avoir tant contemplé en images, provoque un moment fort, presque irréel, surtout pour les enfants. « Conclure ce long voyage par une étape aussi inattendue que symbolique a donné un sentiment d’accomplissement et de gratitude. »

« Anou Apran » : le voyage comme vecteur d’apprentissage

Pour des influenceurs mauriciens habitués à partager leur quotidien, ce voyage représente aussi une opportunité de création. Leur concept « Anou Apran » atteint son pic durant cette aventure européenne. Chaque jour, la famille partage du contenu éducatif lié aux pays visités, mettant en lumière des aspects que l’on ne prend pas toujours le temps de connaître ou de comprendre.

L’objectif ? Apprendre ensemble, simplement, tout en voyageant. Et la réponse du public dépasse toutes les attentes. L’engagement explose, les messages affluent, l’intérêt ne faiblit pas. « Ce voyage nous a confirmé que les gens sont en demande de contenu authentique, utile et éducatif », analyse Kovila.

Cette expérience transforme leur vision des réseaux sociaux et du travail lui-même. Raconter le réel, transmettre du savoir, partager des expériences vécues crée un lien beaucoup plus fort avec la communauté. Le contenu prend une véritable valeur, au-delà du simple divertissement. « Le travail ne se résume pas à une présence permanente, mais se nourrit aussi de l’expérience, de l’observation, de l’inspiration. Sortir de sa routine ouvre l’esprit et donne plus de sens à ce que l’on crée. »

Mais au-delà du travail et de la création de contenu, c’est la vision de la famille elle-même qui se trouve transformée. « Vivre ensemble pendant plus d’un mois, loin du cadre habituel, nous a rappelé que la famille est le socle de tout. Le temps partagé, les défis affrontés ensemble et les moments simples comme les instants forts ont renforcé nos liens et nous ont appris à être davantage présents les uns pour les autres, au-delà des contraintes du quotidien. »

Si Krish et Kovila devaient résumer ce voyage en une seule leçon de vie à transmettre à leurs enfants, ce serait celle-ci : la meilleure façon d’apprendre est de voyager. « Voyager permet de découvrir le monde au-delà des livres et des écrans, de comprendre les cultures, les différences, les réalités de la vie. C’est en observant, en rencontrant, en vivant les expériences que l’on apprend le plus. »

Mais ce voyage leur montre aussi une autre réalité : rien ne se construit sans préparation ni sacrifices. Cette aventure a demandé de longs mois de planification, beaucoup d’efforts, des choix difficiles, des renoncements. « Nous avons dû travailler dur, faire des choix et parfois renoncer à certaines choses pour pouvoir rendre ce projet réel », rappelle Kovila.

De Londres à Dubaï, du froid polaire aux feux d’artifice, d’Old Trafford aux Alpes enneigées, les Chedumbrun ont vécu leur grande aventure. Celle qui commence par un pari d’examen et qui finit par transformer une famille entière.

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