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Sherry Singh : un nouveau trouble-fête dans l’arène politique ?

Un virus qui va provoquer des ‘bugs’ dans le système gouvernemental ? Sherry Singh, Chief Executive Offier sortant de Mauritius Telecom et intime parmi les intimes du couple Jugnauth, se dit prêt au combat et prêt à provoquer un tsunami. Peut-il révolutionner la scène politique ? 

Parmi les différents observateurs politiques et autres experts, tous sont d’accord sur un fait : Sherry Singh a pas mal de cartes en main. Reste à savoir ce qu’il va en faire.

« Il peut être un game changer. Je pense qu’il va faire beaucoup de dégâts au gouvernement du jour et peut-être que c’est une bonne chose pour le pays. Voilà quelqu’un qui était au centre même de la machine et qui est au courant de beaucoup de choses et se dit prêt à révéler. Maintenant, tout dépend de sa sincérité, mais il a le potentiel de provoquer pas mal de remue-ménage au niveau politique », pense Faizal Jeerooburkhan, membre de Think Mauritius.

Ce dernier note que Sherry Singh s’est dit prêt à entrer dans l’arène politique. « Il a plusieurs options, dont créer son propre mouvement politique ou s’aligner avec un parti déjà existant. Je pense que ce ne serait pas une bonne chose de venir avec encore une nouvelle formation politique. Mais, après tout ce qu’il a dit, il doit s’assurer que le parti avec lequel il s’aligne soit propre, vraiment patriotique et veuille vraiment changer les choses en profondeur. Le temps nous le dira, mais la politique est une question d’équipe et pas d’une seule personne », estime Faizal Jeerooburkhan.

Roukaya Kasenally, experte en systèmes politiques et médias, affirme que Sherry Singh n’a pas encore tout déballé et qu’il a utilisé des mots très forts. « à Maurice, tout est lié à la politique. Il dit qu’il veut aller à la rencontre du peuple mauricien et c’est déjà une approche très politique. Je retiens le mot tsunami, qu’il a prononcé plusieurs fois. Je ne pense pas qu’une personne qui a été à son niveau viendra dire des choses à la légère. Il faut attendre voir. »

Sherry Singh peut-il être un challenger direct pour Pravind Jugnauth ? « Il a assez de choses pour embêter le gouvernement et le Premier ministre, car il a été pendant de longues années dans les sphères d’influence. Mais, pour le moment, je ne dirais pas qu’il est challenger. On ne peut pas se poser comme challenger en une seule interview. Il faut voir dans le temps et voir ce qu’il fait. Mais il peut être une épine assez profonde dans la chair du gouvernement », précise encore Roukaya Kasenally.

L’historien et observateur politique Jocelyn Chan Low estime que Sherry Singh a le potentiel d’affaiblir le gouvernement, « mais est-ce que l’opposition va en profiter ? » Et d’ajouter : « Il peut jouer un grand rôle en tant que trouble-fête, mais ça dépend où il se positionne. Une personne seule ne peut pas faire grand-chose. Pravind Jugnauth a déjà beaucoup de challengers et ça crée des divisions. Je ne vois pas qui se mettra en retrait pour laisser la place à Sherry Singh. Si tous les challengers se réunissent et se mettent d’accord, alors oui, il y aura un véritable poids. »

Pour Jocelyn Chan Low, Sherry Singh a définitivement tenu un discours politique, mais s’il veut avancer, « il doit construire sa base » : « Je note qu’il a caressé tous les leaders de l’opposition, vendredi, y compris les extraparlementaires. Il a une grande capacité de discours politique. Le MSM a à faire à une bête politique, et on sait très bien que les meilleures bêtes politiques sont souvent dans l’antichambre de la politique. »

Armoogum Parsuramen, membre fondateur du MSM, identifie Sherry Singh comme une cible pour le gouvernement. « Ce qu’il a dit est extrêmement grave. Il a eu courage de sortir et de dire ce qu’il a dit. Peu de gens ont ce courage et cela surtout avec l’équipe qu’on a maintenant dans le MSM. Il prend de grands risques. J’espère qu’il pourra bénéficier de la protection nécessaire de la police, car il est devenu une cible. Je ne pense pas qu’il ait parlé sans preuves, mais s’il n’en a pas, ce sera catastrophique pour lui. Il est parti malgré les privilèges dont il jouissait. Son départ est un coup très dur pour le MSM. »

Jean-Claude de l’Estrac : «Il a trop dit pour ne pas tout dire»

jeanPour Jean-Claude de l’Estrac, Sherry Singh devrait tout révéler. « Il a trop dit pour ne pas tout dire. Il doit aller jusqu’au bout de ses révélations, car sinon, il laisse le pays dans une très grosse inquiétude. On doit voir totalement clair sur cette affaire. Le PM doit s’expliquer, mais Sherry Singh ne peut pas plus », affirme l’ancien ministre des Affaires étrangères, ancien rédacteur en chef de l’express et observateur politique. 

Pour l’instant, dit-il, l’aspect politique de l’avenir de Sherry Singh est secondaire. « Je trouve la révélation sur la tentative d’espionner les Mauriciens extrêmement préoccupante et angoissante. Mon souci est la protection de la vie privée des mauriciens. On aura suffisamment de temps pour penser au reste après. »

Jean-Claude de l’Estrac estime que la révélation faite par Sherry Singh est « d’une extrême gravité, si cela se vérifie et je n’ai aucune raison de penser que Sherry Singh est devenu un affabulateur ». Il demande donc de se focaliser d’abord sur la gravité de la révélation, avant de s’intéresser à l’aspect politique.

Si les allégations s’avèrent, peut-on parler de haute trahison ? « Cela s’appliquerait seulement si l’espionnage se fait au profit d’un pays étranger. Par contre, même si c’est pour le compte du gouvernement mauricien, ça reste condamnable, illégal, immoral et illégitime. »

En réaction au PM

Sherry Singh « imposera son agenda » 

Si Sherry Singh est resté injoignable pour une réaction par rapport à l’invitation du Premier ministre Pravind Jugnauth pour qu’il prouve ses dires en faisant une déclaration à la police, dans le camp Singh, on confie que c’est l’ex-CEO de MT qui « imposera son agenda ». 

De plusieurs sources dans son entourage proche, on apprend que l’on en est à un « round » d’observation avant la prochaine étape. On dit remarquer que le response du gouvernement, que ce soit à travers Pravind Jugnauth ou Maneesh Gobin, est plutôt timide. 

« Sherry Singh sait ce qu’il fait et rien n’est fait de manière irréfléchie. La fameuse conversation a bien eu lieu et ça, le Premier ministre ne l’a pas nié de façon claire et nette, lorsqu’il a été interrogé par des journalistes à cet effet », explique une source proche du principal concerné. 

Me Ashok Radhakissoon : «Si MT accepte une ‘third party’, c’est illégal »

L’ex-président de l’Icta est catégorique : « Même si on impose à Mauritius Telecom une third party pour avoir et contrôler les données de ses clients, c’est illégal. Car les données des clients de MT sont confidentielles. ». 

Et Me Radhakissoon d’élaborer : « Auparavant, MT offrait un service de téléphonie fixe, puis cela a évolué. Elle gère maintenant des données comme les adresses IP et fournit d’autres services. Actuellement, MT contrôle presque 350 000 lignes de téléphones fixes et plus d’un million de mobiles à travers Internet. Les données de tous les abonnés sont stockées et sont confidentielles. MT ne peut divulguer les données de ses clients sans leur aval, car c’est contractuel. Une third party en parallèle est illégale. MT a l’obligation légale de protéger ses abonnés, sinon elle va à l’encontre de la loi. » 
Mais, au niveau d’un organisme public, on nous dit qu’une telle demande avait été faite en avril dernier, puis rejetée. « Si la demande a été rejetée, c’est à juste titre. Mais on a voulu imposer à nouveau cette third party, sans notre aval », lâche une source proche de cet organisme. 

 

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