Shakeel Mohamed, PM par intérim : «La confiance est une responsabilité immense»
Par
Ajagen Koomalen Rungen
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Ajagen Koomalen Rungen
Autour d’une tasse de café encore fumante, dans une atmosphère à la fois sobre et empreinte d’histoire, Shakeel Mohamed, Premier ministre par intérim en l’absence du Dr Navin Ramgoolam, actuellement en mission au Congo pour cinq jours, nous a accordé un entretien. Pendant près de 45 minutes, le plus jeune Premier ministre par intérim de la République de Maurice s’est livré.
Qu’est-ce qui vous a le plus marqué durant ces quelques jours à la tête du pays ?
Depuis que j’assume cette fonction, je mesure encore plus clairement l’ampleur des défis auxquels le pays fait face. Prendre des décisions au nom d’une nation n’est jamais anodin. Ce qui m’a profondément marqué, c’est l’esprit de coopération et le soutien de mes collègues ministres, notamment lors du Conseil des ministres. J’ai également été touché par la confiance que m’accorde le Premier ministre, le Dr Navin Ramgoolam, pour assurer l’intérim durant son absence. Les messages d’encouragement ont afflué, et j’ai ressenti une confiance sincère, presque collective. Je tiens aussi à saluer le travail remarquable des équipes du Prime Minister’s Office, du ministère du Logement et des Terres, des membres de la force policière, de mes conseillers, ainsi que de toutes celles et ceux qui, dans l’ombre, contribuent.
Que représente pour vous le symbolisme de ce poste de Premier ministre par intérim ?
C’est avant tout une question de respect : respect des institutions, de la démocratie et de l’hiérarchie. Ce poste n’appartient pas à une personne. Il appartient au peuple. Nous ne faisons que le servir, avec humilité et responsabilité.
Aviez-vous imaginé devenir Premier ministre un jour ?
Non, jamais. Je n’ai jamais construit mon parcours avec cet objectif. Je viens d’une famille d’avocats mon père, mon frère puis moi. J’ai toujours cherché à travailler avec rigueur pour mériter chaque étape. En politique, j’ai évolué progressivement : député, ministre, leader de l’opposition. Chaque fonction m’a appris la patience, l’écoute et le sens de l’État. Lorsque j’ai assumé cette responsabilité d’intérim, j’ai eu le sentiment d’entrer dans une continuité institutionnelle qui dépasse les parcours individuels, un moment qui appelle à la retenue, à la lucidité et à la responsabilité.
Comment s’est déroulée votre rencontre avec le Président de la République, Dharam Gokhool ?
Ce fut un échange très enrichissant avec le Président de la République. Nous avons abordé plusieurs sujets d’intérêt national, mais aussi l’importance de continuer à apprendre, à approfondir sa compréhension des enjeux.
Souhaitez-vous devenir Premier ministre un jour ?
Je ne nourris pas cette ambition. Je crois profondément que chacun a un rôle à jouer, et que les responsabilités viennent avec le temps et les circonstances. L’essentiel, pour moi, est de servir avec sincérité là où je suis appelé à être.
Comment se passent vos journées en tant que chef du gouvernement ?
Elles sont intenses. Le temps est compté, mais les responsabilités sont considérables. J’ai notamment rencontré le Commissaire de police. Les questions liées à la drogue, aux violences domestiques ou encore aux abus sont des réalités préoccupantes qui exigent une mobilisation constante. Le maintien de l’ordre et de la sécurité ne repose pas uniquement sur le gouvernement ou la police. C’est une responsabilité partagée. Chaque citoyen a un rôle à jouer pour construire une société plus sûre et plus respectueuse.
Que direz-vous au Premier ministre à son retour ?
Avec humour, je lui dirai : “Thank you very much… you may now take it back.” (rires). Plus sérieusement, je lui suis profondément reconnaissant pour la confiance qu’il m’a accordée, une confiance que je n’oublierai jamais.
Votre sommeil a-t-il été le même ?
Disons qu’il est devenu plus léger. L’esprit reste constamment en alerte. Les responsabilités ne s’arrêtent pas avec la fin de la journée.
Quelle est la première chose que vous avez faite en devenant Premier ministre par intérim ?
J’ai commencé ma journée en me rendant au cimetière de Bois-Marchand pour me recueillir sur les tombes de mon père, feu Yusuf Mohamed, de mon grand-père, feu Sir Abdool Razack Mohamed, et de ma grand-mère. Je leur ai demandé de me donner la force, la sagesse et la clairvoyance nécessaires pour assumer cette responsabilité avec dignité, humilité et intégrité. Et j’ai rendu visite a ma maman, à Quatre-Bornes.
Comment votre famille a-t-elle vécu ce moment ?
Avec beaucoup d’émotion. Mes enfants étaient heureux et fiers. Il y a eu aussi des moments plus légers, notamment leur enthousiasme en voyant les escortes policières, ce qui les a beaucoup amusés. Je tiens à exprimer toute ma reconnaissance envers mon épouse pour son soutien constant et son dévouement envers notre famille. Elle a toujours été un pilier. Quant à ma mère, elle était profondément émue. Elle a sans doute repensé au parcours de son beau-père, feu Sir Abdool Razack Mohamed, qui a été Acting Prime Minister en mars e avril 1975 et janvier 1976.
(Gavin Glover), avec un grand éclat de rire. Quand il m’a appelé ainsi, j’ai presque regardé derrière moi… comme si cela ne pouvait pas être moi. Et puis, j’ai réalisé la réalité du moment. Bref, c'est une expérience qui vous transforme intérieurement.
Mercredi, ses enfants lui rendent visite. Direction Bagatelle : un burger partagé, quelques courses… Un moment simple, mais essentiel, loin du protocole.
À peine arrivé à Brazzaville, le Dr Navin Ramgoolam l’appelle : « Are you okay? Are you happy? How is it going as Acting Prime Minister ? ». « Il est très attentif et bienveillant. Il me fait confiance et me laisse prendre les décisions nécessaires dans l’intérêt du pays », souligne Shakeel Mohamed.