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Shakeel Mohamed : «Faux de dire que les Mauriciens ont perdu l’accès aux plages»

Par Sharone Samy
Publié le: 7 June 2026 à 12:30
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Shakeel mohamed assura l'interim

Le littoral mauricien reste au cœur des débats entre accès public et projets touristiques. La reproclamation envisagée d’une plage à Balaclava ravive les tensions : s’agit-il d’un symbole ou d’un tournant ? Le ministre Shakeel Mohamed fait le point.

Le gouvernement envisage de reproclamer une partie de la plage de Balaclava retirée du domaine public en 2008 puis louée à un opérateur hôtelier. S’agit-il d’un cas isolé ou du début d’une réflexion plus large sur la place des plages publiques dans la politique foncière du gouvernement ?
Le dossier Balaclava est un cas particulier qui mérite d’être examiné avec beaucoup de prudence. Il faut comprendre qu’il existe actuellement un bail en vigueur sur ce terrain, accordé il y a plusieurs années. On ne peut donc pas simplement décider du jour au lendemain d’y mettre fin.

Ce qui m’a interpellé, c’est que pendant de nombreuses années, à ma connaissance, il n’y a pas eu de campagne soutenue ni de revendications répétées pour demander la reproclamation de cette portion de plage publique. Aujourd’hui, cette demande revient avec insistance et cela soulève naturellement plusieurs interrogations auxquelles il faut répondre de manière sérieuse et responsable.

Cela dit, j’ai estimé qu’il était de mon devoir d’examiner toutes les possibilités qui existent afin de déterminer si cette parcelle pourrait éventuellement être restituée au domaine public. C’est dans cette optique que j’ai informé le Cabinet de mon intention d’explorer cette option.

Toutefois, avant toute décision, nous devons respecter les procédures et nous assurer que toute démarche est conforme à la loi. Mon ministère a déjà saisi l’Attorney General’s Office afin d’obtenir un avis juridique complet sur ce dossier. Nous devons notamment vérifier les termes du bail, déterminer si certaines conditions ont été respectées ou non et voir s’il existe des motifs légaux permettant éventuellement d’y mettre fin.

À ce stade, aucune décision définitive n’a encore été prise. Mon rôle est de m’assurer que toute décision prise dans ce dossier repose sur des bases légales solides et serve au mieux l’intérêt public.

Les plages qui se trouvent devant les hôtels ou les campements ne deviennent pas automatiquement privées parce qu’elles ne sont pas proclamées plages publiques.»

Depuis plusieurs années, des associations et des citoyens dénoncent une réduction progressive de l’espace accessible aux Mauriciens sur certaines plages. Considérez-vous que l’équilibre entre développement touristique et accès public au littoral a été rompu dans certaines régions du pays ?
Je pense qu’il est important de clarifier certains concepts. Depuis notre arrivée au pouvoir, le nombre de plages publiques proclamées n’a pas diminué, bien au contraire. Nous avons procédé à de nouvelles proclamations et le programme gouvernemental prévoit clairement la création de nouvelles plages publiques afin d’améliorer l’accès des Mauriciens au littoral.

Il faut également comprendre ce qu’est réellement une plage publique. Lorsqu’une plage est proclamée par le ministère du Logement et des Terres, elle passe sous la responsabilité de la Beach Authority, qui assure son aménagement, son entretien, le nettoyage des lieux, l’installation de sanitaires et d’autres infrastructures destinées au public.

Cependant, il existe une confusion fréquente entre les plages publiques proclamées et l’accès au littoral. Le fait qu’une plage ne soit pas officiellement proclamée comme plage publique ne signifie pas qu’elle est privée. Selon la législation mauricienne, toutes les plages situées au-delà du « high water mark » relèvent du domaine public et demeurent accessibles à tous les citoyens.

Autrement dit, les plages qui se trouvent devant les hôtels ou les campements ne deviennent pas automatiquement privées parce qu’elles ne sont pas proclamées plages publiques. Les Mauriciens conservent le droit d’y accéder et de les utiliser.

Je reconnais toutefois que dans certains cas, des agents de sécurité ou des responsables d’établissements peuvent mal interpréter les règles ou faire preuve d’un excès de zèle. Lorsque des citoyens se voient refuser l’accès à une plage relevant du domaine public, cela ne reflète pas la loi. Ce type de comportement n’est pas acceptable.

La position du gouvernement est claire : les plages mauriciennes appartiennent au domaine public et les Mauriciens ont le droit d’y accéder. Notre responsabilité consiste à préserver ce droit tout en poursuivant le développement économique du pays dans le respect de la loi.

Le gouvernement continue parallèlement à promouvoir les investissements touristiques et immobiliers haut de gamme, dont certains mettent en avant un accès privilégié au littoral. Comment concilier cette stratégie économique avec la volonté affichée de préserver les plages publiques pour les Mauriciens ?
Je pense qu’il faut d’abord partir d’un constat simple : le développement économique et l’accès aux plages ne sont pas incompatibles. Trop souvent, on présente ces deux éléments comme s’’ils étaient forcément opposés. Or, ce n’est pas le cas.

Il faut reconnaître l’importance économique du secteur touristique. Les hôtels créent des emplois, génèrent des revenus fiscaux pour l’État et contribuent à l’entrée de devises dans le pays. Les projets immobiliers, qu’ils s’adressent à des Mauriciens ou à des étrangers, participent également à l’activité économique et aux recettes publiques.

La responsabilité du gouvernement est donc de trouver un équilibre entre plusieurs impératifs. Le premier concerne la protection de l’environnement. Le deuxième porte sur la nécessité de soutenir l’économie nationale et de générer des revenus pour le pays. Le troisième consiste à garantir les droits du public et l’accès des Mauriciens au littoral.

C’est précisément ce que nous essayons de faire à travers les différents projets qui nous sont soumis. Chaque dossier doit être examiné en tenant compte de ces différents paramètres. Aucun de ces éléments ne doit systématiquement prendre le dessus sur les autres.

Certaines personnes soutiennent que toutes les portions du littoral devraient être réservées exclusivement à un usage public. Je respecte ce point de vue, mais je rappelle que les Mauriciens ont déjà accès aux plages puisque celles-ci relèvent du domaine public. Notre objectif reste de préserver cet équilibre entre développement économique, protection de l’environnement et accès du public au littoral.

Après les dossiers de Pomponette et aujourd’hui de Balaclava, le ministère envisage-t-il un audit ou une révision plus large des portions du littoral qui ont été déproclamées ou attribuées au fil des années afin de déterminer si certaines pourraient être restituées au domaine public ?
Notre position est déjà clairement énoncée dans le programme gouvernemental. Nous nous sommes engagés à augmenter le nombre de plages publiques et c’est précisément ce que nous faisons depuis notre arrivée au pouvoir. L’exemple le plus concret est celui de Pomponette.

Par ailleurs, nous travaillons actuellement à moderniser les outils du ministère afin d’obtenir une vision plus précise des terrains de l’État, des baux accordés et de l’ensemble des informations foncières. De nouveaux systèmes informatiques sont en cours de déploiement pour améliorer le suivi et la gestion de ces données.

Notre vision va toutefois au-delà de la simple question des proclamations. Nous souhaitons également améliorer l’accessibilité du littoral. L’ouverture récente du sentier côtier reliant plusieurs sites de la côte sud illustre cette volonté de permettre aux Mauriciens de profiter davantage de leur patrimoine naturel.

Mais il faut aussi parler d’un autre défi qui me préoccupe beaucoup : la préservation de ces espaces. Lorsque des zones naturelles sont peu fréquentées, elles restent généralement intactes. Dès qu’elles deviennent accessibles au public, nous constatons malheureusement des problèmes liés aux déchets et à l’incivilité.

À mon avis, le véritable débat ne porte pas uniquement sur l’accès aux plages. Il concerne aussi notre capacité collective à préserver ces lieux. Nous pouvons créer davantage de plages publiques, ouvrir davantage l’accès au littoral et améliorer les infrastructures, mais cela doit s’accompagner d’un effort de responsabilité citoyenne.

Je serais d’ailleurs heureux de voir les associations environnementales nous accompagner non seulement dans les débats sur l’accès au littoral, mais aussi dans les campagnes de sensibilisation visant à réduire la pollution, les déchets et les dégradations qui affectent certaines de nos plages.

Notre objectif demeure un équilibre entre accessibilité, préservation de l’environnement et qualité de vie pour les générations futures.

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