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Shaheen Abdul Carrim : le garde-fou des millions

Par Sharone Samy
Publié le: 8 mars 2026 à 15:40

Experte en conformité, Shaheen Abdul Carrim veille sur l’intégrité de la juridiction mauricienne. Portrait d’une femme de rigueur qui a œuvré pour sortir l’île des listes grise et noire internationales.

Chaque jour, des millions de dollars transitent par la place financière mauricienne. Des sociétés s’y créent, des fonds s’y structurent, des investisseurs y placent leurs actifs. Avant que ces flux ne soient validés, quelqu’un vérifie. Quelqu’un examine l’origine des fonds, les identités, les mécanismes de contrôle. Ce quelqu’un, c’est le professionnel de la conformité.

Depuis près de vingt ans, Shaheen Abdul Carrim fait partie de ces garde-fous invisibles qui veillent sur l’intégrité de la juridiction mauricienne. « La conformité constitue le socle de tout système financier sain et transparent. Concrètement, notre travail consiste à nous assurer que les entreprises respectent les lois et les règlements tout en mettant en place des mécanismes de contrôle efficaces. »

Quand ce travail fonctionne, personne ne le remarque. Quand il ne fonctionne pas, c’est toute une juridiction qui en paie le prix. Maurice l’a appris à ses dépens. En 2020, le Groupe d’action financière internationale (GAFI) place Maurice sur sa liste grise. Quelques mois plus tard, l’Union européenne l’inscrit sur sa liste noire.

Les Mauriciennes ont démontré leur capacité à réussir dans de nombreux domaines, y compris les secteurs les plus exigeants.»

Pour la place financière mauricienne, c’est un séisme. Des années de réputation internationale fragilisées en quelques décisions. Des investisseurs qui regardent ailleurs. Des partenaires qui posent des questions auxquelles il faut répondre vite, bien, et avec des preuves concrètes.

Les professionnels de la conformité se retrouvent au cœur de la réponse. Revoir les procédures. Renforcer les contrôles internes. Accompagner les institutions dans la mise en place des réformes exigées par les standards internationaux les plus stricts. Démontrer, dossier après dossier, que Maurice est capable de s’aligner sur les meilleures pratiques mondiales. « Cette période a représenté un véritable test pour la crédibilité et la résilience de notre centre financier. Nous avons joué un rôle clé dans la mise en place de nouvelles procédures, l’amélioration des contrôles internes et l’accompagnement des entreprises dans la mise en oeuvre des réformes nécessaires. »

Maurice sort des deux listes. « Ce résultat a été le fruit d’un travail collectif important et a démontré la capacité de Maurice à s’aligner sur les standards internationaux les plus exigeants. » Une fierté mesurée. Celle de quelqu’un qui sait exactement ce que ce résultat a demandé.

Et pourtant, en 2006, rien ne destinait Shaheen Abdul Carrim à ce métier. Ses études l’orientaient vers le notariat. Et puis le secteur financier est entré dans sa vie… et quelque chose s’est passé. « Lorsque j’ai intégré le secteur financier, j’ai très vite réalisé que j’avais trouvé ma place dans cet univers. »

Maurice consolidait alors progressivement sa réputation de centre financier international. L’environnement était dynamique, exigeant, intellectuellement stimulant. Elle reste. Et progressivement, la conformité s’impose comme son terrain — pas par défaut, mais par conviction profonde.

Les défis ne ralentissent pas. Les normes internationales évoluent en permanence. Les nouvelles technologies complexifient la détection des activités suspectes. Les flux financiers mondiaux sont de plus en plus difficiles à surveiller. « Les entreprises doivent investir davantage dans les compétences, les systèmes de contrôle et la formation. » Et pour Maurice, l’enjeu reste constant : maintenir l’équilibre entre compétitivité économique et rigueur réglementaire. Un équilibre fragile, qui se construit chaque jour.

Comme dans beaucoup de domaines exigeants, il peut parfois être nécessaire de faire davantage ses preuves»

Presque vingt ans dans ce secteur lui ont donné un regard particulier sur la place des femmes dans la finance. Ni militant ni complaisant. Lucide. Elle reconnaît que la réussite professionnelle exige souvent de démontrer ses compétences avec constance. « Comme dans beaucoup de domaines exigeants, il peut parfois être nécessaire de faire davantage ses preuves », admet-elle.

Mais elle a également vécu autre chose. « La plupart de mes supérieures hiérarchiques ont été des femmes, et cela s’est toujours très bien passé. » Dans un secteur longtemps dominé par les hommes, cette réalité n’est pas banale. Le leadership féminin, estime-t-elle, ouvre des possibles dans la tête de celles qui arrivent derrière.

Pour elle, l’évolution de la place des femmes dans le monde professionnel mauricien tient à des choses concrètes : l’accès élargi à l’éducation et aux formations spécialisées, la prise de conscience autour de l’égalité des chances, des organisations qui commencent à promouvoir davantage de femmes à des postes de responsabilité. Des changements lents, pas toujours spectaculaires, mais réels.

Selon Shaheen Abdul Carrim, certaines qualités restent essentielles pour réussir dans un environnement professionnel exigeant. « La rigueur et l’intégrité sont fondamentales, surtout dans des domaines comme la finance et la conformité », souligne-t-elle. Mais les compétences techniques ne suffisent pas à elles seules. La résilience, la capacité d’analyse et la confiance en soi jouent également un rôle déterminant dans la progression professionnelle.

Son message aux jeunes femmes qui veulent faire carrière dans la finance, le droit ou la régulation est direct : « Je leur dirais avant tout de ne pas se fixer de limites. » De rester curieuses. D’apprendre sans s’arrêter. De croire en leurs compétences : « Les femmes mauriciennes ont démontré leur capacité à réussir dans de nombreux domaines, y compris les secteurs les plus exigeants. »

Car au-delà des parcours individuels, c’est aussi le progrès collectif qui se dessine. Dans une économie en mutation, la valorisation des talents féminins apparaît désormais comme un levier essentiel de développement et d’innovation.

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Shaheen Abdul Carrim évolue depuis près de deux décennies dans le secteur financier mauricien.
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