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Services essentiels - CEB, CWA et WMA : ces organismes en chute libre 

La performance de la CWA, du CEB et de la WMA laisse à désirer depuis plusieurs années.

Des pertes qui se comptent par millions de roupies. Des montagnes de dettes et un manque de bonne gouvernance jugé « criant ». Il s’agit de la triste réalité de trois organismes clés qui tombent sous la tutelle du ministère des Services publics et de l’Énergie.

Déficits ; fraude et corruption avec des implications directes sur la vie des Mauriciens ; des problèmes de gestion avec des valses de permutations au niveau de la direction. Il s’agit là de constances que l’on retrouve, depuis plusieurs années, dans la gestion de trois organismes clés qui tombent sous la tutelle du ministère des Services publics et de l’Énergie : le Central Electricity Board (CEB), la Central Water Authority (CWA) et la Wastewater Management Authority (WMA). 

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Un coup d’œil sur la situation financière sur de ces trois organismes démontre des déficits qui se comptent par centaines de millions de roupies. Le dernier bilan financier de la WMA, organisme responsable du réseau de tout-à-l’égout à Maurice, démontre l’ampleur de sa spirale financière qui date depuis plusieurs années. En sus des difficultés qu’éprouve la WMA à procéder au remboursement de ses prêts financiers, et malgré les injections de millions de roupies du gouvernement dans ses caisses, elle a, pour l’année financière 2020-2021, enregistré un déficit de Rs 102,94 millions. Cela représente une hausse considérable de Rs 86,92 M. Pour l’année financière 2019-2020, le déficit de la WMA était de l’ordre de Rs 16,02 millions. 

Des déficits à la hausse et des revenus à la baisse

La WMA a enregistré une baisse de revenu de Rs 30 114 214, passant Rs 444 934 261 à Rs 414 820 047 en un an. La situation en matière de bonne gouvernance n’inspire rien de bon non plus, des anomalies financières étant chaque année décelées dans les comptes de l’organisme. L’inspection du bureau national de l’Audit dans les comptes de la WMA permet de lever le voile sur des problèmes de comptabilité, où bien souvent les passifs sont sous-estimés de plusieurs millions de roupies.

C’est quasiment la même observation faite au niveau de la gestion de la CWA qui finit par s’imposer comme un des plus mauvais élèves des organismes publics en matière de gestion financière et de bonne gouvernance. Bien que les comptes de l’organisme ne soient pas à jour depuis plusieurs années, les récents bilans financiers, déposés notamment pour l’année financière 2017-2019, démontrent un état financier des plus catastrophiques avec des déficits qui ont déjà dépassé le milliard de roupies. 

L’organisme responsable de la gestion du réseau d’eau à Maurice a, en effet, enregistré des déficits de Rs 459 millions pour l’année financière 2017/2018 et de Rs 238 millions pour la période 2018/2019. C’est au total des déficits de Rs 697 millions. Plombée par des coûts opérationnels de Rs 614 364 798 et d’autres coûts financiers de l’ordre de Rs 283 706 000, la CWA ne s’en sort pas, car les revenus de l’organisme sont inférieurs par rapport à ce qui avait été projeté dans le Budget en raison d’une augmentation des dettes provenant de l’eau potable et de l’eau destinée à l’irrigation. 

La montagne de dettes à laquelle la CWA est exposée n’arrange pas non plus les choses. L’organisme doit quelque Rs 3,3 milliards à l’État et ses faibles revenus ne lui permettent pas de rembourser les emprunts, sans compter que le fonds de pension de la compagnie a subi un déficit de Rs 2 milliards à fin juin 2020. La CWA est aussi loin d’être un modèle en termes de bonne gouvernance. Le bureau de l’Audit a mis au jour des irrégularités financières et des mauvaises pratiques de comptabilité.

Si plusieurs observateurs du secteur des services essentiels se disent habitués à la mauvaise performance de la CWA et de la WMA, l’on se dit cependant surpris que le CEB se retrouve aussi aujourd’hui au même banc que ces deux organismes. Le CEB est l’organisme qui s’est retrouvé sous les feux des projecteurs en cette fin d’année 2022 avec l’augmentation du prix de l’électricité en raison de sa mauvaise situation financière. C’est donc à travers cette augmentation des tarifs qui prend effet à partir de février 2023 que l’organisme compte se refaire une santé financière. Il espère récupérer Rs 4 milliards lors des deux prochaines années. 

Le CEB avait jusqu’à tout récemment toujours connu une gestion financière viable avec des surplus de Rs 20 milliards. La conjoncture économique lui a cependant fait du tort, avec le ministère des Finances qui s’est retrouvé à prendre quelque Rs 4 milliards dans les réserves de l’organisme afin de financer l’acquisition d’équipements médicaux lors de la période de confinement. Les décisions prises sous l’ex-ministre, Ivan Collendavelloo, afin de procéder à la création de trois compagnies subsidiaires - CEB Green Energy, CEB Facilities et CEB Fibernet au coût de plusieurs centaines de millions de roupies, n’ont pas aidé. Quelques années plus tard, ces compagnies subsidiaires se sont révélées être de véritables fiascos avec plusieurs millions de roupies perdues.

Une mauvaise gestion qui impacte directement les Mauriciens

« Les consommateurs sont directement impactés par la mauvaise gestion de ces organismes ». C’est l’avis exprimé par le député du Parti travailliste (PTr), Osman Mahomed qui explique que « le CEB, la CWA et la WMA sont des organismes qui dispensent des services essentiels à la population et que toute mauvaise gestion impacte directement les Mauriciens. Le CEB est mal géré, et ce sont les consommateurs qui doivent mettre la main à la poche comme on vient tout juste de voir avec l’augmentation du prix de l’électricité. C’est ce qui se produit aussi avec la CWA. Lorsque les finances sont mal utilisées, la CWA arrive difficilement à faire aboutir ses projets avec pour résultat un service de distribution d’eau déplorable ». 

L’ex-député et expert en environnement, Sunil Dowarkasing abonde dans le même sens concernant la gestion d’organisme aussi important dans la vie des Mauriciens. « Ce sont des organismes qui ont un mauvais fonctionnement et, ce depuis plusieurs années. Ces organismes n’arrivent jamais à fonctionner de manière indépendante et on remarque que ceux qui sont à la tête préfèrent les utiliser à des fins politiques. L’on se contente donc de nommer des personnes qui ne connaissent rien à ces secteurs spécifiques. Au final, il n’y a aucune vision », déplore-t-il. 

L’ex-député MSM, Bashir Jahangeer, soutient, quant à lui, que la population souffre énormément en raison du fonctionnement de ces organismes. « Il n’y a qu’à voir ce qui se passe avec la CWA. Nous sommes dans une situation où il faut compter sur des conditions météorologiques favorables pour espérer une bonne distribution d’eau. La CWA est incapable de lancer de bons projets et de résoudre le problème de captage d’eau », dira l’ex-député.

 

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