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Séquelles de la crise mondiale : vers une hausse de Rs 5 sur l’essence et de Rs 1,40 sur le pain

Par Eshan Dinally, Patrick Hilbert, Ruquyya Kurreembokus
Publié le: 4 avril 2026 à 15:00
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Le production du pain se fera normalement lundi,
  • L’électricité aussi sera revue à la hausse la semaine prochaine 

La pression monte sur plusieurs prix sensibles. Le gouvernement s’apprête à trancher sur une augmentation de Rs 5 du litre d’essence, de Rs 1,40 sur le pain et sur une nouvelle grille tarifaire pour l’électricité. Ces décisions, attendues la semaine prochaine, s’inscrivent dans un contexte de crise internationale et de fortes tensions sur les coûts de l’énergie et de l’approvisionnement. 

Après la bonbonne de gaz ménager, c’est une nouvelle séquence de hausses qui pourrait frapper le portefeuille des Mauriciens. Selon nos informations, une majoration du prix de l’essence d’au moins Rs 5, une hausse du pain autour de Rs 1,40 et un ajustement des tarifs de l’électricité figurent parmi les scénarios sérieusement étudiés au plus haut niveau de l’État. Ces décisions devraient être finalisées dans les prochains jours, dans un contexte de forte pression liée aux retombées économiques du conflit au Moyen-Orient. Les autorités ont déjà reconnu que la guerre a lourdement renchéri certaines importations stratégiques, notamment les produits pétroliers et énergétiques. 

Un comité de crise pour évaluer les risques 

Le comité de crise gouvernemental, mis en place pour suivre l’impact économique et social de la guerre, approfondit actuellement son évaluation. Institué sous la présidence du Premier ministre Navin Ramgoolam, il regroupe plusieurs ministres clés chargés de mesurer les menaces immédiates et de proposer des réponses rapides. Son mandat est clair : analyser les répercussions de la crise, anticiper les risques pour Maurice et soumettre des mesures pour protéger la population et les secteurs économiques les plus exposés. Son existence a été officialisée dans les décisions du Conseil des ministres. 

En amont, un travail technique est déjà en cours dans plusieurs ministères. Des propositions ont été sollicitées sur deux plans : d’une part, l’ajustement des prix devenus difficiles à soutenir ; d’autre part, les mécanismes d’atténuation pour limiter l’impact sur les ménages et certains opérateurs économiques. L’exercice ne consiste donc pas uniquement à augmenter les prix, mais aussi à déterminer jusqu’où l’État peut amortir le choc et à quel prix budgétaire. 

Essence : la prochaine déflagration ? 

Le dossier des carburants est l’un des plus explosifs. Au 24 mars 2026, le Petroleum Pricing Committee a maintenu le prix de l’essence à Rs 58,45 le litre, tout en augmentant le diesel de Rs 58,95 à Rs 64,80 à compter du 25 mars à minuit. La State Trading Corporation a expliqué que le prix de l’essence aurait normalement dû augmenter, mais a été provisoirement contenu grâce au solde positif du Price Stabilisation Account propre à ce produit. Pour le diesel, la hausse était jugée inévitable. Aujourd’hui, une augmentation de l’ordre de 10 % de l’essence est envisagée, soit environ Rs 5 par litre. 

Pain : un compromis sous haute tension 

Le pain constitue un autre dossier socialement sensible. Les boulangers réclament depuis plusieurs jours un relèvement du prix réglementé, invoquant l’envolée des coûts de production, notamment le diesel, la logistique et les charges d’exploitation. Le secteur propose de passer le prix de Rs 2,60 à Rs 4,78, tandis que le gouvernement a tenté un compromis à Rs 3,50. Ce dernier chiffre n’ayant pas convaincu les opérateurs, un prix autour de Rs 4 semble désormais l’option la plus probable, représentant une hausse d’environ Rs 1,40 sur le pain de consommation courante. 

Électricité : vers une hausse graduée 

Sur l’électricité, le ministre Patrick Assirvaden a reconnu l’ampleur du choc : Maurice a dû débourser Rs 500 millions supplémentaires pour une cargaison d’huile lourde, puis prévoir un montant similaire pour la suivante, soit un milliard de roupies en seulement quinze jours. Plusieurs scénarios sont à l’étude pour le CEB, allant d’une augmentation graduelle des tarifs à un « war levy » temporaire, afin de limiter le choc politique et social tout en réduisant la pression sur les finances du secteur énergétique. 

Le gouvernement avance avec prudence avant d’imposer des mesures drastiques. Le Conseil des ministres, réuni vendredi, a examiné les propositions formulées lors de la première réunion du comité de crise, présidée par le ministre de l’Énergie. Une seconde réunion, probablement sous la présidence du Premier ministre, devrait se tenir mercredi prochain. 

Parallèlement à l’ajustement tarifaire, plusieurs mesures visant à réduire la consommation d’électricité et de carburant sont envisagées, sans freiner l’activité économique. Parmi celles-ci : 

  • Recours accru au télétravail, avec ajustements nécessaires pour allocations d’électricité et d’Internet, conditions de travail et gestion des horaires atypiques, incluant nuits et week-ends. 
  • Modèle hybride, alternant présence au bureau et à domicile pour réduire déplacements et congestion, tout en prenant en compte la consommation énergétique stable des bâtiments climatisés. 
  • Compression de la semaine de travail, passage éventuel à quatre jours avec journées plus longues, adapté aux spécificités de chaque secteur. 
  • Éducation en ligne, pour limiter les déplacements et la consommation énergétique des infrastructures scolaires. 
  • Sobriété énergétique dans les lieux publics et commerciaux, incluant réduction de l’éclairage, extinction des lumières des parkings et limitation de la climatisation. 
  • Horaires flexibles et travail en heures creuses, adaptés à chaque secteur. 

Un virage politique délicat 

Ce qui se dessine n’est pas une simple série d’ajustements techniques. Après avoir tenté de contenir le choc, le gouvernement doit arbitrer entre deux impératifs contradictoires : préserver l’équilibre financier de l’État et des organismes publics, ou protéger le pouvoir d’achat des Mauriciens dans un contexte de grande nervosité sociale.

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