Interview

Sen Ramsamy, consultant en tourisme : «Air Mauritius doit vite revoir son business model»

Sen Ramsamy Sen Ramsamy

Le directeur du cabinet Tourism Business Intelligence n’est pas tendre envers l’équipe qu’il a aidée aux dernières élections. Il l’invite à mettre fin aux conflits, aux guerres d’égo et aux palabres qui empêchent le pays d’avancer.

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Xavier-Luc Duval conseille à Air Mauritius de se réinventer face à la concurrence... 
Je partage l’opinion du Premier ministre adjoint. Avec l’arrivée d’AirAsia X et d’autres compagnies low-cost, Air Mauritius doit maintenant passer à une étape supérieure de son développement. Son business model doit être remodelé en toute urgence. En créant, par exemple, une filiale low-cost qui va desservir la région. 

Les compagnies low-cost ont été une belle réussite en Europe, au Moyen-Orient et dans l’Asie du Sud-Est. Si Air Mauritius ne s’engage pas dans cette voie, d’autres vont le faire. D’après mes calculs, dans un périmètre de sept heures de vol à partir de Maurice, il y a 2 milliards d’habitants. C’est un marché énorme même si on ne touche que 10 % de cette population. 

Ceci dit, sur les 1,8 milliard de voyageurs prévus en 2030 à travers la planète, il y a un gros potentiel pour les compagnies offrant des services premium à l’instar d’Air Mauritius. Saviez-vous que dans le passé, Air Mauritius offrait du caviar ? à cette époque, elle n’était qu’un petit poucet face à Air France et British Airways. Cependant, la qualité de son service était tellement remarquable que nombre de touristes préféraient voyager à bord de ses avions. Petit ne veut pas dire mauvais du moment que le service est impeccable.

Quel sera l’impact pour l’image de la destination Maurice avec l’afflux des vols low-cost ? 
Ce n’est pas en suivant les tendances du marché que la destination Maurice va s’épanouir, mais plutôt en stimulant le marché et en créant des facilités et des services qui n’existent pas dans la région. Les touristes qui viennent à Maurice ne devraient pas se contenter de la plage et du soleil. Ils devraient en profiter pour faire du shopping, se faire soigner ou faire du business.

Quand on se rend à Dubayy, Hong-Kong ou Singapour, c’est pour le shopping et les affaires. Si la même chose est transposée ici, des hôtels fleuriront à l’intérieur du pays. Ce sera une dynamique pour la création d’emplois et de richesse.

Le tourisme sac à dos ne va-t-il pas dénaturer l’image de destination haut de gamme ? 
Il y a déjà beaucoup de touristes sac à dos. S’ils ne louent pas une villa dans le Nord, ils se rabattent sur des appartements bon marché. Une location quotidienne à Rs 2 000 partagée entre cinq personnes équivaut à 10 euros. Si ce n’est pas du bas de gamme, je me demande ce que c’est !

Ces touristes ne mangent pas au restaurant. Les dholl puri et les bols de boulettes leur conviennent. La question à se poser est la suivante : est-ce que le pays en sort gagnant ? Alors, est-ce que Maurice est une destination haut de gamme ? C’est un grand débat qui est lancé car au niveau des dépenses consenties par les touristes, la réalité est tout autre. 

Les dépenses consenties par des touristes à Maurice se sont érodées au fil des années. Avec USD 125 par jour, on est bien loin des Maldives où la moyenne des dépenses est de USD 245 alors qu’au Sri Lanka et aux Seychelles, le chiffre est de USD 170.

«La destination Maurice est à la dérive. Le ‘sea, sun and sand’ a fait son temps.»

Que faut-il faire pour inverser la tendance ? 
D’autres attractions doivent être imaginées. Si un touriste dépense USD 225 par jour, Maurice pourra engranger des recettes de Rs 100 milliards à l’année en tenant compte des arrivées estimées à 1,2 million cette année. Soit le double du chiffre actuel.

Il faut donc faire sortir les touristes et non les laisser dormir dans leurs appartements à manger des boulettes et des dholl puri. Il ne faut pas se contenter de se taper l’estomac face aux arrivées mais prendre en considération les recettes. Il faut encourager une économie parallèle le soir. Malheureusement, à la nuit tombée, Maurice est un désert…

Bali va interdire l’alcool et les Maldives viennent de quitter le Commonwealth. Est-ce que cela va profiter à la destination Maurice ?
Le pays bénéficie déjà de ce qui se passe à travers le monde, que ce soit au Kenya, aux Maldives, ou aux Philippines. C’est vrai que le gouvernement et l’état mènent leurs campagnes de marketing. Il faut toutefois arrêter de se féliciter des arrivées car la majorité de ces touristes ne dépensent presque rien.

J’ai tiré la sonnette d’alarme depuis bien longtemps. Maurice est à la dérive. Nous souffrons d’un déficit de créativité. Le produit n’est pas suffisament développé. Le « sea, sun and sand » a fait son temps. Le ministre des Finances a annoncé la création d’un aquarium et d’un musée dans son Budget. Ces projets sont pour le moins simplistes.

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À qui la faute ?
Le gouvernement est dirigé par une majorité de fonctionnaires qui doivent se ressaisir. C’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai claqué la porte de la Tourism Authority où j’ai passé cinq mois. C’était invivable. J’ai été témoin de choses grotesques.

Des professionnels doivent être nommés à la tête de certains organismes. Des ministres se laissent également gagner par la fièvre de la médiocrité. Ils ont été pris dans l’engrenage et ne voient plus le bigger picture.

Afin que le pays évolue, il faut des visions réalisables. Sir Anerood Jugnauth a fait part de la sienne mais elle n’est pas partagée par beaucoup de fonctionnaires. Ils sont nombreux ceux qui assistent à des réunions au sein des organismes publics et parapublics lors de leurs heures de travail et qui perçoivent une rémunération. S’ils n’arrivent pas à trancher, je pense que c’est parce qu’ils savent qu’ils toucheront encore plus d’argent si les réunions se succèdent. Lorsque j’étais moi-même fonctionnaire, je travaillais jusqu’à 2 heures du matin et même le dimanche. La passion m’animait. 

Qu’est-ce que nous voyons aujourd’hui ? Manze bwar dès que les réunions se terminent. J’ai donné un coup de main à l’Alliance Lepep pour un nouveau type de gouvernement. Malheureusement, elle est l’otage de certains employés pas toujours à la hauteur de la Fonction publique. 

Des ministres sont devenus pire que des fonctionnaires : ils ne voient pas la nécessité d’innover et d’insuffler un nouveau souffle à l’économie. Maurice stagne. L’heure est grave. Nous allons reculer.

Plusieurs projets d’hôtels ont été annoncés. Le trop ne va-t-il pas nuire au secteur ?
S’il y a une augmentation des arrivées, il faut bien héberger les touristes. S’il y a un secteur qui ne cesse de grandir, c’est bien le tourisme. S’il y a un groupe qui réussit, pourquoi ne pas lui donner l’occasion d’avancer au lieu de donner un permis de développement pour des appartements à un médiocre ? Donnons l’occasion de grandir à ceux qui ont de l’expérience et qui ont connu le succès.

Quelle est votre évaluation de la performance de ce gouvernement que vous avez aidé à faire élire ? Qu’en est-il de l’annonce du Premier ministre ?
Nous avons suffisamment perdu de temps. Le monde bouge mais nous, nous tournons en rond avec des guerres d’égo, des conflits et des palabres. Sir Anerood Jugnauth a droit à un repos bien mérité. J’ai beaucoup d’admiration pour lui. Il a changé la vie des Mauriciens. Son successeur doit s’entourer de personnes compétentes et non de conseillers qui ne maîtrisent rien. Il ne doit pas se laisser influencer par des lobbies ou d’autres roder bout. Au cas contraire, ce sera la catastrophe.

 

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