Selon The Telegraph : Starmer retire le projet de loi sur les Chagos après la colère de Trump
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Defimedia.info
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Le transfert de l’archipel à Maurice « ne peut pas avancer » en raison des inquiétudes liées à un traité de 1966 entre le Royaume-Uni et les États-Unis, rapporte The Telegraph sur son site web.
Le Premier ministre britannique, Sir Keir Starmer, a été contraint de retirer son projet de loi sur les îles Chagos, à la suite d’une vive réaction des États-Unis face à l’accord conclu avec Maurice.
Le texte devait être débattu à la Chambre des Lords lundi, mais son examen a été reporté vendredi soir après que les conservateurs ont averti qu’il pourrait violer un traité vieux de soixante ans entre le Royaume-Uni et les États-Unis, garantissant la souveraineté britannique sur l’archipel, indique le journal britannique.
Donald Trump s’est retourné contre l’accord plus tôt cette semaine, qualifiant le projet britannique de restitution du territoire de l’océan Indien à Maurice d’« acte d’une immense stupidité ».
Selon les termes de l’accord défendu par Sir Keir Starmer, le Royaume-Uni céderait l’archipel à Maurice tout en louant la base militaire de Diego Garcia, construite dans les années 1970 et utilisée par les forces britanniques et américaines.
Les conservateurs avaient mis en garde contre une violation du traité de 1966 entre Londres et Washington, qui affirme la souveraineté britannique sur les îles et vise à garantir leur disponibilité à des fins de défense commune.
En décembre dernier, les ministres avaient indiqué que des discussions étaient en cours entre les deux pays afin d’actualiser ce traité à la lumière du nouvel accord sur les Chagos. Ces négociations ne sont toutefois pas achevées.
Interrogé sur la possibilité que Donald Trump accepte de renoncer au traité de 1966 pour permettre le transfert des Chagos, le département d’État américain a renvoyé aux propos du président, qui avait déclaré : « Le fait que le Royaume-Uni abandonne un territoire extrêmement important est un acte de GRANDE STUPIDITÉ. »
Vendredi soir, des responsables du Foreign Office tentaient encore d’évaluer la portée juridique de ce traité. Une source a relativisé son importance, affirmant que, malgré des discussions toujours en cours avec l’administration américaine, Washington demeurait globalement favorable à l’accord.
L’impact juridique du traité et la question de savoir si la nouvelle législation pourrait le supplanter restent flous. Tout dépend désormais de la position réelle de Donald Trump sur le dossier ou, comme l’affirme Sir Keir Starmer, de l’utilisation de ce sujet comme levier dans les discussions sur le Groenland.
Un passage en force de Londres sans l’aval de Washington pourrait toutefois déboucher sur une confrontation diplomatique sévère avec le département d’État américain.
Un porte-parole du gouvernement britannique a rejeté les accusations de violation du droit international, les qualifiant de « totalement infondées ».
Les relations entre Sir Keir Starmer et Donald Trump se sont fortement détériorées cette semaine. Lundi, le Premier ministre britannique avait tenu une conférence de presse d’urgence pour dénoncer les tentatives américaines de prise de contrôle du Groenland, rappelant que « les alliances durent lorsqu’elles reposent sur le respect et le partenariat, non sur la pression ».
Il avait ensuite assuré qu’il ne céderait pas sur cette question.
Vendredi, une nouvelle polémique a éclaté lorsque Donald Trump a affirmé que les alliés de l’Otan étaient restés « en retrait » en Afghanistan. Sir Keir Starmer a exigé des excuses, qualifiant ces propos « d’insultants et profondément choquants », tout en rendant hommage aux 457 soldats britanniques morts et aux blessés du conflit.
Ces déclarations ont également été condamnées par la cheffe des conservateurs, Kemi Badenoch, ainsi que par le prince Harry.
Vendredi matin, les conservateurs ont déposé une motion à la Chambre des Lords demandant le report de la ratification de l’accord sur les Chagos, afin de permettre la finalisation des discussions sur le traité de 1966 et d’éviter toute violation du droit international.
Le projet de loi devait revenir devant la Chambre haute lundi pour un examen approfondi. Mais selon The Telegraph, il ne sera finalement pas présenté comme prévu.
Kemi Badenoch a affirmé que l’accord « ne peut pas progresser tant que cette question reste non résolue ».
« Tout au long des débats sur les Chagos, Keir Starmer s’est retranché derrière le droit international. Les conservateurs démontrent aujourd’hui que sa reddition honteuse pourrait être illégale », a-t-elle déclaré.
Selon The Telegraph, le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, et le leader de Reform UK, Nigel Farage, ont évoqué le dossier des Chagos lors d’un dîner à Davos.
Kemi Badenoch a également fait part de ses préoccupations à des représentants américains, notamment lors d’un entretien avec le président républicain de la Chambre des représentants, Mike Johnson.
La “shadow minister” des Affaires étrangères, Dame Priti Patel, a accusé le Premier ministre de vouloir « céder un territoire souverain britannique et 35 milliards de livres d’argent public à un allié de la Chine », même si cela contrevient au droit international.
Le gouvernement britannique soutient de son côté que l’accord avec Maurice est nécessaire pour des raisons de sécurité et permettrait d’éviter un contentieux juridique coûteux.
Sir Keir Starmer s’appuie notamment sur un avis consultatif rendu en 2019 par la Cour internationale de justice, recommandant au Royaume-Uni de restituer la souveraineté des îles à Maurice.
Le traité signé en décembre 1966 entre Londres et Washington stipule que les îles Chagos « demeureront sous souveraineté britannique ».
Interrogée sur la compatibilité entre cet accord et le nouveau traité avec Maurice, la ministre des Affaires étrangères, la baronne Chapman, a indiqué que des discussions étaient en cours entre le Royaume-Uni et les États-Unis.
Un porte-parole du gouvernement a conclu : « Cet accord respecte pleinement le droit international. Le gouvernement reste fermement engagé à sécuriser la base conjointe de Diego Garcia, essentielle à notre sécurité nationale. Les tentatives de blocage observées sont irresponsables et dangereuses. »
Source : The Telegraph