Publicité

Selon la presse britannique - Chagos : Londres explore des alternatives à l’accord avec Maurice

Par Patrick Hilbert
Publié le: 13 avril 2026 à 11:30
Image
misley
À Peros Banhos depuis février, Misley Mandarin a reçu, la semaine dernière, la visite d’un officier de l’immigration du BIOT, d’un officier de police et d’un agent de l’environnement du territoire.

Coup d’arrêt dans le dossier des Chagos : la ratification de l’accord entre Londres et Maurice est suspendue, sous pression américaine. Entre contestations juridiques, options alternatives et enjeux stratégiques autour de Diego Garcia, l’avenir de l’archipel reste incertain.

Suivant le nouveau coup d’arrêt sur l’avenir de l’archipel des Chagos, des responsables britanniques explorent désormais des alternatives à l’accord porté par le Premier ministre Keir Starmer, qui prévoyait la rétrocession des îles à Maurice. C’est du moins ce qu’avancent certains titres de presse britannique, dont The Independent.

Le Foreign Office britannique a confirmé, samedi, que la ratification du traité avait été suspendue en raison de l’opposition des États-Unis. Dans ce contexte, une option visant à permettre la réinstallation des Chagossiens est examinée en coulisses, selon The Independent qui soutient qu’une telle évolution constituerait un revers politique majeur pour le chef du gouvernement britannique, qui défendait un accord incluant le transfert de souveraineté à Maurice et le versement de jusqu’à 51 milliards de livres sterling sur 99 ans pour garantir l’utilisation continue de la base stratégique de Diego Garcia.

Parallèlement, la contestation juridique s’intensifie. Les représentants légaux du groupe, mené par Misley Mandarin, autoproclamé « First Minister du gouvernement chagossien » et qui est farouchement anti-mauricien, ont saisi les Nations unies, invoquant des « crimes contre l’humanité ». Leur avocat, James Tumbridge, a personnellement mis en cause Keir Starmer dans une requête adressée au rapporteur spécial de l’ONU. Cette démarche intervient après une décision judiciaire du tribunal du Territoire britannique de l’océan Indien reconnaissant le mois dernier aux Chagossiens un droit de résidence sur les îles. 

Cette même décision remet également en cause les arguments liés au coût d’une réinstallation, le juge ayant relevé que le Royaume-Uni s’était engagé à verser 51 milliards de livres à Maurice dans le cadre de l’accord. Bien que ce jugement fasse l’objet d’un appel de la part du gouvernement britannique, le processus reste bloqué, d’autant que le soutien américain fait défaut, notamment sous l’influence de Donald Trump.

Une source citée par The Independent indique que « des discussions sont en cours pour modifier le cadre juridique afin de permettre aux habitants de revenir », suggérant que des alternatives à l’accord avec Maurice sont sérieusement envisagées. Selon James Tumbridge, une réinstallation effective des Chagossiens, sous statut de territoire britannique d’outre-mer comparable aux Falkland, rendrait « presque impossible » tout transfert ultérieur de souveraineté. La requête déposée auprès des Nations unies souligne également que toute expulsion des Chagossiens actuellement présents « achèverait le processus de dépeuplement entamé il y a des décennies », « éliminerait le lien vivant entre le peuple chagossien et sa terre » et « constituerait ce qui s’apparente à un crime contre l’humanité par dépeuplement forcé d’un territoire ».

Interrogé par The Independent, un porte-parole du Foreign Office a réaffirmé la position britannique : « Diego Garcia est un atout militaire stratégique clé pour le Royaume-Uni et les États-Unis. Assurer sa sécurité opérationnelle à long terme est et restera notre priorité – c’est la raison même de l’accord. » Il a ajouté : « Nous continuons de croire que l’accord est le meilleur moyen de protéger l’avenir de la base, mais nous avons toujours dit que nous ne procéderions que s’il bénéficie du soutien des États-Unis. Nous poursuivons nos échanges avec les États-Unis et Maurice. »

Du côté mauricien, le ministre des Affaires étrangères, Ritish Ramful, devait affirmer samedi « qu’on regarde aussi des avenues légales et diplomatiques pour que ce processus de décolonisation des Chagos prenne fin et que les Chagossiens puissent se rendre aux Chagos ». L’Attorney General, Gavin Glover, a pour sa part annoncé la visite d’une délégation britannique à Maurice le 22 avril, signe que le dialogue reste ouvert malgré les incertitudes.

Quelle est votre réaction ?
0
0
Publicité
À LA UNE