SELON LA BANQUE MONDIALE : Maurice reste exposé à une nouvelle dégradation de sa note souveraine
Par
Christina Vilbrin
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Christina Vilbrin
Entre des recettes en progression mais inférieures aux attentes et des dépenses qui demeurent élevées, les marges de manoeuvre de l’État restent étroites, sur fond de dette publique persistante. D’après la Banque mondiale, le pays n’est pas à l’abri d’une nouvelle dégradation de sa note souveraine.
Les mesures fiscales introduites en octobre 2025 - notamment la baisse du seuil de TVA et l’instauration d’une taxe touristique de 3 euros par nuit - ont permis de porter les recettes de l’État à 25,8 % du PIB en 2025. Cependant, le retard dans la ratification de l’accord sur les Chagos a pesé sur les recettes attendues. En 2026, avec l’introduction de la TVA sur les services numériques en janvier, les recettes devraient s’élever à 26,5 % du PIB, fait ressortir la Banque mondiale.
Les dépenses de l’État sont restées élevées à 33,4 % du PIB en 2025, malgré des réformes amorcées, comme le relèvement progressif de l’âge de la pension de retraite à 65 ans et la rationalisation des transferts sociaux. « Les réformes des pensions et des prestations sociales devraient contenir les dépenses, mais la hausse des salaires publics et des investissements maintiendra les dépenses totales à 33,6 % du PIB en 2026 », indique la Banque mondiale.
De l’ordre de 7,6 % du PIB en 2025, le déficit budgétaire resterait élevé à 7,1 % du PIB cette année.
Les risques sont clairement orientés à la baisse. Un prolongement du conflit au Moyen-Orient pourrait affaiblir la demande mondiale, peser sur les investissements et accentuer les tensions inflationnistes via la hausse des prix du pétrole. Cela pourrait éroder la compétitivité des exportations et ralentir la réduction de la pauvreté. À cela s’ajoutent des risques internes : recettes fiscales inférieures aux attentes, retards dans les réformes des pensions ou dans l’accord sur les Chagos. « Dans ce contexte, aggravé par une dette publique élevée, une nouvelle dégradation de la note souveraine de Maurice par Moody’s (voir plus loin) reste possible, avec des conséquences directes sur la confiance des investisseurs », prévient la Banque mondiale. Parallèlement, la vulnérabilité du pays aux cyclones constitue une menace supplémentaire pour les infrastructures et les recettes touristiques.
Croissance : un taux de 2,5 % en 2026
La croissance économique devrait ralentir à 2,5 % en 2026. Les raisons : une demande extérieure plus faible et des incertitudes liées au conflit au Moyen-Orient. « Avec 15 % des vols vers Maurice assurés par des compagnies du Moyen-Orient, la baisse de l’activité pourrait freiner les arrivées touristiques, aggravée par la hausse des prix du pétrole et des billets d’avion. Le tourisme devrait néanmoins rester globalement résilient grâce aux liaisons directes avec l’Europe », prévoit la Banque mondiale.
La dette publique devrait continuer d’augmenter, avec un risque de dégradation de la notation souveraine susceptible d’éroder la confiance des investisseurs.
Le taux de pauvreté reculerait de 12 % à 9,5 % d’ici 2028. « Selon le seuil de pauvreté des pays à revenu intermédiaire supérieur (8,3 dollars par jour), 19 % de la population vivait dans la pauvreté en 2017. Les inégalités restent marquées, avec un indice de Gini de 37 %, révélant une répartition inégale des revenus », indique la Banque mondiale.
Source : Macro Poverty Outlook (rapport de la Banque mondiale publié ce mois-ci)