Selon des experts, aucune partie ne peut remporter une victoire nette contre l’Iran

Par Defimedia.info
Publié le: 17 mars 2026 à 05:23
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Iran Israel
Les forces de sécurité israéliennes et les équipes de secours se rassemblent sur le site d’une frappe dans la ville de Nahariya, dans le nord du pays, le 16 mars 2026. (AFP)

La guerre américano-israélienne contre l’Iran ne produira pas de « victoire décisive », avertissent des experts

La poursuite de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran ne déboucherait sur aucune « victoire décisive » pour l’une ou l’autre des parties, selon des analystes de l’International Crisis Group, qui mettent en garde contre un enlisement aux lourdes conséquences économiques et politiques à l’échelle mondiale.

Depuis le 28 février, date à laquelle Washington et Tel-Aviv ont lancé des frappes conjointes contre l’Iran, le conflit n’a cessé de s’intensifier. Téhéran a riposté en visant Israël, des bases américaines et des alliés régionaux des États-Unis dans le Golfe à l’aide de missiles et de drones, tout en perturbant le trafic énergétique dans le détroit d’Ormuz, ce qui a secoué les marchés mondiaux de l’énergie.

Entrée dans sa troisième semaine lundi, la guerre voit les deux camps maintenir des positions maximalistes. Donald Trump a écarté l’idée d’un cessez-le-feu immédiat, affirmant que l’Iran souhaiterait une trêve, mais que Washington juge les conditions insuffisantes. De son côté, Téhéran rejette toute demande de cessez-le-feu ou de négociations tant que l’offensive américano-israélienne se poursuit.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a qualifié de « délirantes » les affirmations selon lesquelles son pays chercherait une issue négociée au conflit. Il a assuré que les forces iraniennes continueraient leurs frappes jusqu’à ce que le président américain comprenne que cette guerre est, selon lui, illégale et ne doit plus jamais se répéter.

-    Tout le monde peut sortir perdant

Pour Ali Vaez, directeur du projet Iran à l’International Crisis Group, « cette guerre devient de plus en plus un conflit que personne ne peut gagner de manière décisive, mais dont presque tout le monde peut sortir perdant ».

Selon lui, un cessez-le-feu immédiat serait certes fragile, incomplet et politiquement insatisfaisant, notamment parce qu’il laisserait sans réponse les questions les plus sensibles, comme l’avenir du programme nucléaire iranien ou l’architecture sécuritaire de la région. Mais il estime malgré tout qu’il s’agit de l’option la plus sage.

Dans son dernier rapport, l’International Crisis Group souligne que les États-Unis, Israël et l’Iran peuvent chacun construire un récit de victoire, à condition d’agir rapidement avant une aggravation supplémentaire de la situation.

Washington, et dans une certaine mesure Israël, pourrait mettre en avant les dégâts infligés aux capacités nucléaires, balistiques et de drones de l’Iran. De son côté, la République islamique pourrait affirmer avoir résisté à une offensive majeure, démontré sa résilience et prouvé sa capacité à déstabiliser l’économie mondiale.

Mais les experts préviennent que chaque jour supplémentaire de guerre accentue les destructions, alourdit le bilan humain et complique davantage toute issue politique.

Ali Vaez insiste sur le fait que chercher une issue plus nette par la poursuite de la guerre est une illusion. Selon lui, cette option « n’existe tout simplement pas ».

-    Bilan humain extrêmement lourd

Le bilan humain est déjà extrêmement lourd. L’Iran affirme que plus de 1 300 personnes ont été tuées, dont environ 200 femmes et 200 enfants de moins de 12 ans. Plus de 10 000 civils auraient été blessés et des dizaines de milliers d’autres déplacés.

Les frappes iraniennes de missiles et de drones auraient, selon des médias, fait 12 morts en Israël.

Au Liban, les frappes israéliennes et l’offensive terrestre auraient causé la mort de 886 personnes, dont 67 femmes et 111 enfants, tout en blessant plus de 2 100 autres et en provoquant le déplacement de plus d’un million de personnes.

Dans les pays du Golfe et dans les zones où sont présentes des forces américaines, les autorités locales et le CENTCOM ont fait état de 26 morts, dont 13 militaires ou membres des forces de sécurité, parmi lesquels sept soldats américains.

Face à l’absence de désescalade et à l’affaiblissement des espoirs diplomatiques, le conflit risque désormais de s’enliser dans une impasse.

« Les États-Unis et Israël peuvent infliger d’énormes dégâts à l’Iran, mais ils ne peuvent pas bombarder les conséquences stratégiques, économiques et politiques de cette guerre », souligne Ali Vaez.

« L’Iran, de son côté, ne peut pas vaincre militairement ses adversaires, mais il peut élargir le champ de bataille, augmenter les coûts et leur refuser une victoire nette », ajoute-t-il.

Richard Gowan, directeur du programme Global Issues and Institutions à l’International Crisis Group, estime pour sa part que de nombreux gouvernements dans le monde tentent d’ajuster leur position diplomatique avec prudence, dans un conflit déclenché par les États-Unis et Israël, alors même que les missiles et drones iraniens menacent leurs populations et leurs infrastructures.

Selon lui, il s’agit d’une guerre aux conséquences économiques et politiques mondiales, mais de nombreux États préfèrent éviter de se heurter à l’administration américaine sur la question de la légalité du conflit.

Il souligne aussi que plusieurs alliés des États-Unis, très critiques sur d’autres dossiers internationaux, se montrent beaucoup plus discrets sur le Moyen-Orient.

Enfin, même des pays comme la Chine et la Russie semblent privilégier le maintien de marges diplomatiques avec Washington plutôt qu’un soutien concret à l’Iran, bien qu’ils puissent tirer profit d’un enlisement prolongé des États-Unis dans la région.

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