Magazine

Sega Tipik : les jeunes mettent ‘choula’ !

Sega Tipik

Le 27 novembre marque le quatrième anniversaire de l’inscription du séga tipik au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. Depuis cette reconnaissance, le séga tipik gagne en popularité auprès des jeunes. Certains trouvent que la transmission de ce riche héritage culturel prend du temps. Les artistes apportent chacun leur contribution pour continuer à alimenter le feu du séga tipik dans le cœur de la jeunesse.

Le séga tipik sera aussi célébré lors de la soirée du vendredi 23 novembre dans le cadre de la 13e édition du Festival International Kreol au Village Le Morne. Sware Tipik va rendre hommage à Fanfan. Le tribun nous a quittés le samedi 18 août 2018. Mais sa passion et sa musique restent toujours vivantes. Son groupe Mazavarou a été remanié tout en gardant la saveur tipik du séga. Une des filles de Fanfan, Annabella Henry a relancé Mazavarou trois ans de cela.

La trentenaire explique que le séga tipik coule dans ses veines. Elle a assisté à l’évolution de son père et a été témoin de sa contribution dans le partage des connaissances. Aujourd’hui encore, elle « sof so ravanne lapo » pour mettre l’ambiance. Elle chante également. « Nous sommes à huit dans le groupe notamment ma sœur, Magdala, et mon époux. Le séga tipik n’est pas complet sans la ravanne, la maravanne et le triang. Nou ine touzour gard princip Fanfan ki dir pa prostitie sega tipik. Nou gard li otentik. Il nous a légués un riche héritage. à nous maintenant de le propager parmi les jeunes », dit-elle. Pour assurer la transmission, Group Mazavarou fait partie de l’Association Pratikan Sega Tipik (APST).

Sylvain Donice, président de l’APST, explique que l’association a pris naissance en 2016. « C’était à l’issue d’un forum durant lequel un représentant de l’Unesco nous a conseillés de mettre en place une association pour rassembler les artistes, le but étant de perpétuer le séga tipik. » Le président a mis en place trois événements. Le dernier de l’année est prévu le 25 novembre avec la chanteuse Josiane Casambo à Petite-Rivière. Sylvain Donice est aussi à la tête de Zans Anba. Le groupe compte plusieurs jeunes dans la vingtaine. « Nombreux sont nés avec le séga tipik dans le sang. Mais zot pa p tend li dan form ki bisin. Le séga tipik se perd. Il nous faut le raviver. »

De ce fait, il tient d’abord à enrichir ses connaissances de cette musique ancestrale pour la partager comme il se doit avec les jeunes. Il doit aussi s’assurer que toutes les conditions sont réunies pour organiser une rencontre autour du séga tipik. « Auparavant, nous étions libres de jouer sur la plage sous un filao. Désormais, nous devons respecter l’environnement. Nous devons également prendre en compte le voisinage avant de nous adonner aux battements de la ravanne, maravanne et triang. Nou bisin pas deranz zot. En sus de cela, les jeunes préfèrent se consacrer à leurs priorités notamment la famille et leur profession. Le séga tipik est relégué au second plan », observe Sylvain Donice.

Frico Labelle, 50 ans, partage également sa passion. Il offre des cours aux jeunes âgés de huit à 14 ans. « Outre sa musique, le séga tipik fer pass enn mesaz. Souven ban parol la en parabol ou rakont nou kotidien. Le séga tipik permet de nous exprimer mais peu de jeunes s’y intéressent. Ils préfèrent la musique conçue à l’aide des logiciels. J’essaie d’apporter une touche en incluant les notes de guitare dans le séga tipik. »

Marousia Bouvery, membre et coordinatrice de projet auprès d’Abaim, est d’un avis contraire. Elle trouve que les jeunes sont nombreux à se tourner vers le séga tipik. Elle explique cela par la reconnaissance mondiale attribuée au séga tipik et la valorisation de la langue Kreol. « Ils sont fiers de s’imprégner de leur culture. à Beau-Bassin et Grand-Baie, une centaine de jeunes sont initiés à ce patrimoine culturel. Au Morne, ils sont au moins 300 à avoir appris à ‘bat ravanne’ de 2012 à ce jour.  Les enfants sont joyeux quand ils s’adonnent au séga tipik. Cela va au-delà de la musique et de la danse. Le séga tipik est tout un univers exploitant la créativité des jeunes », indique-t-elle. Elle fait ressortir que chaque année, Abaim lance un CD contenant au moins un morceau de séga tipik avant de sortir une œuvre entièrement consacrée à ce style de musique en 2014.

Mégane Curpanen, 17 ans, est une des élèves d’Abaim. Cela fait trois ans depuis qu’elle apprend le séga tipik. « Je suis fière de l’héritage de mes ancêtres et contente de l’effet qu’il me procure. J’ai appris à jouer, à chanter et à danser sur le rythme entraînant du séga tipik. Je maîtrise aujourd’hui divers instruments notamment la ravanne, la maravanne, la guitare et la flûte », confie l’adolescente dont le père est musicien. Elle contribue également à initier d’autres jeunes et adultes au séga tipik.