Interview

Seety Naidoo, chairman de l’organisme: «Pas de chasse aux sorcières au CEB»

Seety Naidoo, président du conseil d’administration du Central Electricity Board (CEB), insiste qu’il « n’y a jamais eu de chasse aux sorcières » au sein de l’organisme. [blockquote]« Il n’y aura pas de black-out. Je laisse les oiseaux de mauvais augure à leurs élucubrations. Il n’y a pas de réseau parfait dans le monde. »[/blockquote]

Chiffres et droit

Âgé de 49 ans, Seety Naidoo a été nommé président du board du CEB en avril 2015. Ayant une formation en comptabilité et en droit, Seety Naidoo est un expert en Regional Business Strategy. Originaire de Rose-Hill, il est marié et père de deux enfants.

Que reproche le CEB à son ‘Deputy General Manager’ Hassen Fakim, récemment suspendu ? Je dois d’abord vous dire que ce cas m’attriste, car j’entretiens de très bonnes relations avec la personne concernée. Mais il y a une procédure en cours et je préfère ne pas commenter le sujet. Certains disent que la sanction serait motivée politiquement ? C’est une fausse perception qu’on veut véhiculer. Je suis certes un nominé politique, mais cela ne fait pas de moi un politicien. Donc, je ne vais pas m’aventurer dans cette direction. Peut-on s’attendre à d’autres sanctions de ce genre ? Il y a des enquêtes en cours. Je ne peux pas, à ce stade, anticiper les conclusions. Je précise qu’en tant que président du conseil d’administration, il est de mon devoir de m’assurer que la pratique de la bonne gouvernance prime. Je laisse au management le soin d’exécuter les directives du board. Si chacun fait son travail convenablement, personne ne doit s’inquiéter. Donc, pas de persécution au CEB ? Il n’y a jamais eu de chasse aux sorcières au CEB. J’ai une institution à diriger et je le fais de manière professionnelle. J’attends de chaque employé qu’il soit intègre et qu’il ait de l’éthique. Quelles sont les priorités du CEB ? Depuis ma nomination, le nouveau board a établi ses priorités en fonction de nos besoins énergétiques. Sous l’impulsion du ministre concerné, nous redessinons le paysage énergétique du pays. Nous ne diversifions pas seulement le secteur, mais nous le démocratisons aussi, en élargissant le potentiel de production aux niveaux domestique, industriel et national (green field). Nous nous focalisons sur les énergies renouvelables, principalement le solaire et les éoliennes. Après avoir fait un état des lieux de l’organisme, je peux vous assurer que c’est le nouveau board qui a vraiment mis en branle les mécanismes pour assurer les résultats tangibles dans les court et moyen termes. Le gros de vos efforts est-il concentré sur l’énergie solaire ? C’est vrai ! Le solaire a un gros potentiel qui ne demande qu’à être exploité. C’est un projet national et le gouvernement accorde beaucoup de facilités à ceux qui se lancent dans ce créneau. Il y a aussi des plans bancaires avec des conditions très souples qui facilitent la mise en œuvre des projets. Nous avons consolidé les projets en gestation concernant les éoliennes et nous venons de lancer un appel d’offres pour la transformation des déchets ménagers. Nous avons bien avancé et je peux assurer à la population que le CEB a pris beaucoup d’initiatives pour diversifier la production énergétique du pays. Nous avons non seulement la vision, mais nous nous donnons aussi les moyens de la réaliser. Ces projets, prévus sur le moyen terme, peuvent-ils être soutenus dans le long terme ? La priorité est certes de promouvoir les énergies renouvelables. Mais nous devons également consolider les acquis dont nous disposons. Nous avons renoncé au charbon et initié le projet de la centrale de St-Louis et de celle de Fort-George. La centrale de St-Louis sera en opération en 2017 et celle de Fort-George en 2018-19. Le CEB va investir pas moins de Rs 4,2 milliards pour répondre aux besoins futurs du pays. Nous avons une stratégie pour l’immédiat et une vision à long terme. Quid du gaz naturel liquéfié (GNL) ? Qu’on le veuille ou non, c’est une réalité mondiale. Nous ne sommes ni producteurs, ni fournisseurs. Mais le Mozambique, l’Angola, la Tanzanie et Madagascar seront des producteurs de GNL dans les court et moyen termes. Nous gagnerons  à saisir cette occasion. We cannot lag behind. Nous devons aller de l’avant… Cela nous permettra de répondre aux besoins énergétiques du pays dans un cadre environnemental plus sain. Dans la foulée, cela nous permettra d’avoir une entrée sur le plan régional dans cette industrie. Voulez-vous dire que ces projets futurs mettront le pays à l’abri d’un black-out potentiel ? Il n’y aura pas de black-out. Je laisse les oiseaux de mauvais augure à leurs élucubrations. Il n’y a pas de réseau parfait de par le monde. J’ai beaucoup voyagé et je peux vous garantir que les coupures d’électricité à Maurice n’ont rien à voir avec un black-out. Allez en Afrique du Sud ou encore à Madagascar pour savoir ce qu’est vraiment un black-out. Je suis navré de dire que c’est l’ingérence politique qui, dans le passé, a contribué à créer les problèmes que nous connaissons aujourd’hui. Certains veulent maintenant systématiquement créer une psychose parmi la population, tout simplement pour pouvoir en tirer un capital politique. Vous ne subissez pas d’ingérence politique ? Non. Personne ne peut venir dire qu’il y a ingérence politique au CEB. Le management suit et exécute les instructions du board. Je peux vous dire que le CEB a un personnel compétent et très dévoué. Il faut laisser le fonctionnement de l’institution aux professionnels. Ils ont les compétences nécessaires. Il ne faut chercher des poux là où il n’y en a pas. Comment faire comprendre aux employés que vous ne leur voulez que du bien ? En les encadrant et en les motivant. En leur octroyant aussi des formations dans leurs domaines respectifs. Le CEB a aussi l’ambition de construire un Club House pour ses quelque 2 500 employés afin de favoriser un sentiment d’appartenance à l’organisme. Quid des allégations du député Bashir Jahangeer, qui parle de spécifications taillées sur mesure dans des appels d’offres concernant l’achat des turbines à gaz ? Ces allégations sont infondées. Si quelqu’un a des preuves, qu’il aille voir les autorités concernées. Nous sommes dans un État de droit. Au CEB, nous n’avons rien à cacher, rien à nous reprocher et nous ne tolérerons aucune maldonne. À ce jour, combien de familles ont bénéficié de la baisse du prix de l’électricité en faveur des plus démunis ? Plus de 70 000 familles, soit environ 18 % de nos consommateurs domestiques, bénéficient d’un tarif social. Peut-on, à la longue, envisager une baisse du tarif de l’électricité ? La question n’est pas à l’agenda dans l’immédiat, car nous avons beaucoup de priorités, donc beaucoup de dépenses. Le CEB doit rembourser ses dettes et faire des investissements massifs dans le court terme afin de renouveler ses équipements de production obsolètes et consolider ses infrastructures. De plus, le réseau de distribution souffre d’un grave problème de maintenance. Tout cela va nous coûter beaucoup d’argent, d’autant que le prix du baril de pétrole brut est aujourd’hui à 52 dollars, contre 35 dollars il n’y a pas si longtemps. Mais qui sait ce que l’avenir nous réserve…
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