Sécurité sur le terrain : face aux armes blanches, l’arsenal policier à l’épreuve
Par
Sharone Samy
Par
Sharone Samy
L’agression d’un policier à Vacoas par un homme armé d’un sabre a relancé le débat sur les moyens d’intervenir de la Mauritius Police Force. Entre bodycams, tasers, évolution du cadre légal et lutte contre les armes blanches, plusieurs voix estiment qu’une adaptation devient indispensable.
L’image est restée dans les esprits. Lundi 13 juillet, à Bonne-Terre, Vacoas, un homme de 33 ans, recherché pour des violences conjugales et l’enlèvement présumé de ses deux enfants, fonce avec son camion sur un véhicule de police avant de brandir un sabre face aux forces de l’ordre. Les policiers parviennent finalement à le neutraliser à l’aide de gaz lacrymogène. L’un d’eux est blessé au bras et doit recevoir plusieurs points de suture.
Au-delà du fait divers, cette intervention relance une question récurrente : la Mauritius Police Force dispose-t-elle aujourd’hui des moyens nécessaires pour faire face à une violence de plus en plus imprévisible ? Le débat intervient alors que le gouvernement prépare l’introduction progressive des caméras corporelles (bodycams), des caméras embarquées et des tasers. En mars dernier, répondant à une question parlementaire, le Premier ministre Navin Ramgoolam avait indiqué que 250 policiers avaient déjà été formés dans le cadre d’un projet pilote. Les essais seraient concluants et les procédures opérationnelles presque finalisées. Ces équipements doivent permettre à la fois de mieux protéger les policiers, de documenter leurs interventions et de limiter les contestations.
Pour autant, les équipements suffiront-ils ? Pour Me Dev Ramano, la réponse est non. « Cela fait des années que l’on parle de moderniser les moyens de la police. À un moment, il faudra passer des annonces aux actes », estime l’avocat.
Selon lui, le véritable défi dépasse largement l’acquisition de nouveaux matériels. Caméras et tasers ne feront sentir leurs effets que s’ils s’inscrivent dans une réforme plus globale de l’institution. « Il ne faut pas simplement changer les équipements sans changer certaines pratiques. Les policiers qui font correctement leur travail ne doivent pas subir les conséquences des erreurs commises par d’autres. » À ses yeux, davantage de transparence, un meilleur encadrement et des procédures plus claires sont tout aussi essentiels que les nouveaux outils technologiques.
L’ancien Assistant-Surintendant de Police Roshan Kokil ramène le débat sur le terrain, même s’il estime que les équipements constituent une avancée. « Ce qui s’est passé à Vacoas n’est pas un cas isolé. Aujourd’hui, on voit des individus qui n’hésitent plus à utiliser des sabres ou d’autres armes en pleine rue. » Selon lui, les policiers accomplissent souvent leur mission avec des moyens limités. « À Vacoas, ils ont réussi à maîtriser un homme armé avec le strict minimum, alors que l’un des leurs a été blessé. Cela démontre leur professionnalisme, mais aussi les limites du système. »
Pour l’ancien officier, la réflexion doit également porter sur le cadre légal. « L’Offensive Weapons Act mérite probablement d’être revu. Les policiers doivent pouvoir intervenir plus efficacement face à des individus armés. »
Au Parlement aussi, le sujet revient sur la table ce mardi 21 juillet. Le député de la majorité, Farhad Aumeer, compte interroger le Premier ministre sur l’évolution des agressions commises avec des couteaux, sabres et autres armes blanches au cours des cinq dernières années. Il souhaite également connaître le nombre de victimes recensées ainsi que les intentions de l’exécutif concernant une éventuelle réglementation plus stricte de leur vente et de leur détention.
Pour lui, les nouveaux équipements annoncés constituent une évolution nécessaire, mais ils ne répondent qu’à une partie du problème. « Les bodycams et les tasers ne sont pas seulement des outils d’intervention. Ils peuvent aussi avoir un effet dissuasif. » Le député estime toutefois que la multiplication des agressions à l’arme blanche appelle une réponse plus large. « Aujourd’hui, il n’est plus acceptable que certaines personnes puissent circuler avec des sabres ou des couteaux pour régler leurs comptes. Cette réalité mérite d’être réexaminée. »
Sur un point, les trois intervenants convergent. Les caméras corporelles, les tasers ou les caméras embarquées constituent des outils utiles, mais ils ne suffiront pas, à eux seuls, à répondre à une criminalité qui évolue. Moderniser les équipements, adapter les lois et renforcer les moyens d’intervention apparaissent désormais comme trois volets d’une même réflexion : comment permettre aux policiers d’intervenir efficacement tout en garantissant leur sécurité... et celle de la population.