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Sécurité routière : onze morts de plus sur nos routes par rapport à l’année dernière

Par Jean-Marie St Cyr
Publié le: 16 July 2026 à 14:00
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camion accident
  • Le débat sur la formation des conducteurs relancé

Avec 77 morts sur les routes au 14 juillet, contre 66 l’an dernier, soit 11 de plus pour la même période (+16,68 %), les acteurs de la sécurité routière Alain Jeannot et Barlen Munusami plaident pour une formation renforcée et un permis probatoire, jugeant la seule répression insuffisante face à la hausse des accidents.

Le pays a enregistré 77 morts sur les routes au 14 juillet cette année, contre 66 à la même période l’an dernier, soit une hausse de 16,68 %. Malgré le durcissement des lois – permis à points, nouveaux règlements –, les chiffres continuent de grimper, poussant les acteurs de la sécurité routière à plaider pour une approche plus globale que la seule répression. C’est ce que font valoir Alain Jeannot, président de l’ONG Prévention routière avant tout (PRAT), et Barlen Munusami, expert en sécurité routière, tous deux interrogés sur les causes de cette recrudescence.

Un accident reste un accident, mais le comportement dangereux, voire irresponsable, de certains automobilistes peut y contribuer. Slaloms des motocyclistes entre les véhicules, excès de vitesse, conduite sous l’influence de l’alcool ou de substances illicites : ces comportements semblent prendre de l’ampleur, à en juger par le nombre de contraventions dressées pour ces diverses infractions. S’y ajoutent le manque de courtoisie, l’impatience et le « road rage », un phénomène qui semble, lui aussi, gagner du terrain.

Un réseau routier saturé

« Il y a de nombreux facteurs qui peuvent expliquer le comportement dangereux de certains automobilistes », explique Barlen Munusami, expert en sécurité routière. Selon lui, le « road rage » s’explique notamment par la saturation du réseau routier, dont l’extension n’a pas suivi la hausse du nombre de véhicules. Il en résulte des embouteillages, sources de frustration et d’impatience chez les usagers, qui se traduisent à leur tour par de l’agressivité et un manque de courtoisie.

« La situation est telle que le réseau routier est saturé », ajoute Barlen Munusami, qui ne prévoit pas d’amélioration mais plutôt une aggravation de la situation – un facteur qui, selon lui, a contribué à ce changement de comportement chez les automobilistes. Si certains font encore preuve de courtoisie, cela reste tributaire de l’impatience des usagers qui les suivent et qui rechignent à céder le passage ou la priorité pour arriver plus vite à destination.

La formation, grande absente

« La sécurité routière n’a pas évolué, l’accent est mis surtout sur la répression », estime Barlen Munusami. Face au nombre de motocyclistes impliqués dans les accidents, il s’interroge sur le devenir du projet de moto-école, instauré un temps puis abandonné. Le renforcement des lois et l’augmentation des amendes n’ont pas eu l’effet dissuasif escompté, fait-il remarquer. Il faudrait, selon lui, faire davantage de place à la formation. « On fait de la répression sans prendre suffisamment en considération la formation, l’éducation, la sensibilisation et l’amélioration des infrastructures », dit-il.

Alain Jeannot plaide aussi pour un permis probatoire, estimant qu’un nouveau conducteur ne peut être logé à la même enseigne qu’un automobiliste comptant  plusieurs  années d’expérience.»

Pour Barlen Munusami, la formation des conducteurs de deux-roues est aussi essentielle que celle des conducteurs de poids lourds avec remorques ou articulés. Il estime également que la formation dispensée par les auto-écoles doit être révisée. « Quand une personne obtient sa licence, cela ne veut pas dire qu’elle est une conductrice aguerrie. Elle a encore des choses à apprendre sur la mentalité des autres usagers de la route et sur la manière de « naviguer » dans ces eaux. » Il plaide ainsi pour l’introduction d’un permis probatoire, une méthode douce de formation continue destinée à permettre au nouveau conducteur de trouver ses marques sur la route.

L’accessibilité à la route pointée du doigt

Alain Jeannot, président de PRAT, estime pour sa part que l’accessibilité à la route est l’une des causes de la hausse du nombre d’accidents et de morts. Comme Barlen Munusami, il considère que la répression n’est pas une finalité. « Le permis à points ne suffit pas, il y a aussi la formation à prendre en considération », dit-il. Reconnaissant que ces mesures ne résoudront pas les problèmes du jour au lendemain, il estime néanmoins essentiel d’y réfléchir dès maintenant.

« Il faut jeter les premiers jalons dès maintenant en prévision de ce que sera la route de demain. Les routes et la société dans laquelle nous vivons ne sont plus les mêmes qu’il y a vingt ans. Aujourd’hui, il y a de nouveaux dangers, de nouveaux outils, de nouvelles mentalités qui doivent être pris en considération dans la formation des usagers de la route », explique-t-il. Un volet psychologie et savoir-vivre devrait, selon lui, être intégré à cette formation, et non se limiter au seul code de la route. « L’accessibilité à la route doit être accompagnée de mesures », insiste Alain Jeannot.

Lui aussi plaide pour un permis probatoire, estimant qu’un nouveau conducteur ne peut être logé à la même enseigne qu’un automobiliste comptant plusieurs années d’expérience. « Il faut que les nouveaux conducteurs soient soumis à un régime plus restrictif afin qu’ils s’habituent à certains comportements », fait-il comprendre. Cela pourrait, selon lui, contribuer à former des conducteurs plus matures. L’absence de permis probatoire expliquerait ainsi la surreprésentation des jeunes dans les accidents de la route.

Deux-roues et trottinettes électriques dans le viseur

Selon Alain Jeannot, tant que l’utilisation des deux-roues motorisés continuera d’augmenter, le pays affichera un taux de fatalité élevé. « À Maurice, nous n’avons pas de ségrégation dans les transports. Toutes les catégories d’usagers de la route se partagent le même espace », explique le président de PRAT. Les deux-roues étant majoritairement utilisés par les jeunes, il estime qu’il faut cibler cette catégorie d’usagers en priorité.

Pour Alain Jeannot, gouverner, c’est prévoir, et il plaide pour une véritable vision en matière de sécurité routière. Il cite l’exemple de pays étrangers qui, avant de commercialiser des trottinettes et des bicyclettes électriques, avaient pris des mesures préalables. « Les trottinettes ne sont pas un moyen de transport. Il faut un espace dédié à leur utilisation », dit-il. Il aurait fallu, selon lui, prévoir des séparations sur la route pour les deux-roues ainsi qu’une limitation de vitesse ; valider l’utilisation de la trottinette comme moyen de transport sans ces précautions relève, selon lui, de l’inconscience. La multiplication de trottinettes puissantes, électriques et silencieuses risque d’entraîner une hausse des accidents, malgré le port du gilet rétroréfléchissant et du casque de protection.

La hausse des accidents s’explique aussi, selon Alain Jeannot, par le manque de sensibilisation et par l’augmentation du parc automobile, de l’ordre de 4 à 5 % chaque année. S’y ajoute la consommation de substances prohibées au volant. « Aussi longtemps qu’on ne réglera pas ce problème de consommation de drogue et d’alcool, nous aurons des accidents », fait comprendre le président de PRAT.

Il ajoute que la culture de la sécurité routière n’est pas suffisamment ancrée dans les mœurs mauriciennes. Le mauvais marquage des routes est également, selon lui, l’un des facteurs contribuant aux accidents, tout comme le manque de panneaux d’avertissement ou leur mauvais état.

Le parc automobile franchit le cap des 746 000 véhicules

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La progression constante du parc automobile, qui dépasse désormais les 746 000 véhicules, alimente les préoccupations liées à la congestion routière 
et à la sécurité sur les routes.

À fin décembre 2025, 746 961 véhicules étaient enregistrés auprès de la National Land Transport Authority (NLTA), soit 36 356 véhicules de plus qu’à la fin de 2024, ce qui représente une hausse de 5,1 %.

Au cours de l’année 2025, 42 630 véhicules ont été immatriculés. Parmi eux, 26 526 (62,2 %) étaient des véhicules neufs, 11 536 (27,1 %) des véhicules d’occasion importés et 4 568 (10,7 %) des véhicules remis en circulation après avoir été retirés de la route. Dans le même temps, 6 274 véhicules ont été retirés de la circulation, portant l’augmentation nette du parc à 36 356 véhicules.

Les voitures, les pick-up à double cabine et les véhicules à double usage demeurent majoritaires avec 423 869 unités, soit 56,8 % du parc. Les motocycles et cyclomoteurs représentent 257 269 véhicules (34,4 %), en hausse de 7 818 unités (+3,1 %) par rapport à 2024. Le reste du parc est composé de camionnettes (32 067), de camions (20 825), d’autobus (3 418) et d’autres véhicules (9 513).

Source : Statistics Mauritius

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Le bilan 2025 fait état d’une hausse des accidents, mais d’une baisse des décès. Les conducteurs et passagers de deux-roues motorisés restent la catégorie la plus touchée.

Accidents de la route : un bilan contrasté en 2025

En 2025, 40 220 accidents de la route ont été enregistrés, contre 39 485 en 2024, soit une augmentation de 1,9 %. La grande majorité (37 850, soit 94,1 %) n’a fait aucun blessé. En revanche, 116 accidents ont été mortels et 2 254 ont provoqué des blessures graves ou légères.

Par rapport à 2024, les accidents ayant fait des victimes ont progressé de 2,8 %, avec une hausse de 3,4 % des blessés légers et de 3,1 % des blessés graves. En revanche, les accidents mortels ont diminué de 7,2 %.

Le nombre de personnes décédées à la suite d’accidents de la route est passé de 134 en 2024 à 124 en 2025. Le taux de mortalité routière est ainsi descendu à 10,3 décès pour 100 000 habitants, contre 11,2 un an plus tôt. Parmi les 124 victimes, les conducteurs et passagers de motocycles et de cyclomoteurs constituent la catégorie la plus touchée (52 décès), suivis des piétons (30 décès).

Source : Statistics Mauritius

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