Sécurité routière – Alain Jeannot : «La répression est utile»

Par Jameela Jaddoo
Publié le: 9 février 2026 à 14:00
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Une semaine après l’entrée en vigueur du permis à points, les premières sanctions tombent déjà sur les routes mauriciennes. Mesure vraiment dissuasive ou peur éphémère des conducteurs ? Alain Jeannot, président du National Road Safety Council et de l’ONG PRAT, analyse les enjeux et appelle à une approche globale de la sécurité routière.

Près d’une semaine après le lancement du permis à points, comment analysez-vous les premières contraventions ?
Il est trop tôt pour dresser un bilan précis. Personnellement, je constate que de nombreux chauffeurs semblent plus prudents, surtout lorsqu’ils craignent d’être pris en infraction. 

La presse rapporte que, durant le week-end, 15 chauffeurs ont été testés positifs à l’alcool et quatre sous l’effet de stupéfiants. Ces chiffres pourraient indiquer une légère baisse, mais il faudrait connaître l’échantillon et le nombre de véhicules sur la route. Globalement, il y a manifestement une certaine crainte.

Certains automobilistes estiment avoir été « pris de court » par le dispositif. Le permis à points a-t-il été suffisamment expliqué ?
Pas vraiment « pris de court », car le projet est sur la table depuis plus d’un an. Il remonte aux dernières élections. La communication a été bonne, mais elle aurait pu être meilleure. Je remercie néanmoins les médias pour leur rôle dans la vulgarisation et l’appropriation de ce système par le public.

La multiplication rapide des contraventions est-elle nécessaire pour asseoir l’autorité du système, ou risque-t-elle de provoquer un rejet ?
La répression est utile, mais elle doit s’accompagner d’éducation, de sensibilisation et d’exemplarité. Sans cela, elle devient une source de frustration et crée des conducteurs stressés et mécontents. « We need to educate; we need to walk the talk ! ».

Quels types d’infractions sont les plus fréquents depuis l’entrée en vigueur du permis à points ?
Je n’ai pas encore les données précises, mais la vitesse excessive reste un problème majeur. En 2024, plus de 72 000 chauffeurs avaient été sanctionnés pour ce comportement, soit une contravention toutes les sept minutes. C’est inacceptable. Cela prouve que la vitesse excessive est valorisée, voire banalisée ! Le permis à points devrait contribuer à corriger cela.

Le permis à points peut-il vraiment réduire durablement les accidents ?
Oui, mais seulement dans un environnement adapté. Sans investissement dans les infrastructures et le mobilier routier, le permis perd sa crédibilité. J’ai vu des panneaux à Résidence Plaisance et Mount Pleasant, mais il reste beaucoup à faire. Les infrastructures doivent inspirer le respect et soutenir le système.

La sensibilisation est également essentielle, elle éclaire, protège et prévient la frustration. Il faut aussi lutter contre l’accessibilité aux stupéfiants, et les nouveaux demandeurs de permis devraient être soumis à un dépistage.

Quelle place pour l’éducation routière et la prévention ?
Une place centrale. L’exemplarité est clé : on ne peut pas enseigner certaines notions à l’école si elles sont absentes sur la route. Allez voir l’état de certains panneaux sur la rue Antelme à Rose Hill, à cent mètres de l’école Notre-Dame de Lourdes.

Le ministre Osman Mahomed a récemment évoqué la possibilité d’évaluer l’aptitude à conduire des personnes âgées, notamment via un éventuel certificat médical. Selon vous, comment une telle mesure s’articule-t-elle avec le permis à points, et quelles pourraient être ses implications pour les conducteurs seniors ?
Il faut d’abord analyser les données des dix dernières années sur les accidents impliquant des chauffeurs âgés. Aujourd’hui, une personne de 65 à 70 ans est souvent en bonne santé. Un carnet de santé digitalisé pourrait signaler les conditions compromettant la conduite et cibler les cas problématiques plutôt que d’imposer une règle uniforme.

Quel message souhaitez-vous adresser aujourd’hui aux automobilistes mauriciens, alors que ce nouveau système commence déjà à produire ses premiers effets sur le terrain ?
Simple : le droit de circuler s’accompagne du devoir de se protéger et de protéger les autres. Pour éviter les accidents, restons prudents !

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