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Sécurité énergétique : hausse de 15 % du tarif le 1er mai

Par Sharone Samy
Publié le: 11 avril 2026 à 10:30
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Shamshir Mukoon, Suttyhudeo Tengur, Khalil Elahee et Sunil Dowarkasing.
Shamshir Mukoon, Suttyhudeo Tengur, Khalil Elahee et Sunil Dowarkasing.

Le gouvernement a tranché. Les tarifs de l’électricité augmenteront de 15 % à partir du 1er mai 2026, dans un contexte marqué par les tensions internationales et leurs répercussions sur l’approvisionnement énergétique.

Toutefois, plusieurs catégories de consommateurs ne seront pas concernées par cette augmentation. Il s’agit notamment des ménages inscrits au registre social de Maurice, ainsi que des abonnés relevant des catégories tarifaires 110A, 215 et 315. Les petites et moyennes entreprises (PME) sont également exclues. Au total, 128 800 consommateurs sur 541 127 ne seront pas touchés par cette hausse.

En parallèle, les autorités entendent agir sur la demande en électricité, durant les heures de pointe. Une campagne de sensibilisation sera intensifiée afin d’encourager une utilisation plus rationnelle de l’énergie, en particulier en ce qui concerne la climatisation, l’éclairage et les équipements énergivores.

Des restrictions sont en préparation pour limiter les usages jugés non essentiels, comme l’éclairage décoratif des bâtiments, les panneaux publicitaires lumineux ou encore l’utilisation inefficiente des systèmes de climatisation dans les espaces commerciaux.

Le gouvernement mise en outre sur une accélération des projets d’énergies renouvelables et sur des incitations à réduire la consommation en période de forte demande. L’objectif est de préserver l’équilibre du réseau électrique tout en limitant l’impact de la crise sur les ménages et les entreprises.


Shamshir Mukoon : « Cette augmentation de 15 % permettra de récupérer environ Rs 3 milliards »

Du côté du Central Electricity Board (CEB), on insiste sur un exercice d’équilibre face à une situation jugée inévitable. Son directeur, Shamshir Mukoon, explique que la hausse de 15 % ne reflète pas entièrement l’augmentation des coûts sur le marché international.

Selon lui, une hausse d’environ 25 % aurait été nécessaire pour compenser pleinement la flambée des prix du fioul lourd, dont dépend encore près de 40 % de la production électrique à Maurice. « Nous avons fait un calcul. Cette augmentation de 15 % permettra de récupérer environ Rs 3 milliards, alors que le coût additionnel total est estimé à Rs 4,8 milliards. »
Le CEB devra ainsi absorber près de Rs 1,8 milliard afin de limiter l’impact sur les consommateurs. « C’est un exercice d’équilibre, car nous devons aussi tenir compte des catégories les plus vulnérables », ajoute le directeur.

Dans cette optique, plusieurs groupes ont été exclus de la hausse tarifaire. Il s’agit notamment des ménages inscrits dans le registre social, des petits consommateurs relevant du tarif 110A, ainsi que des petites activités commerciales (tarif 215) et de certaines petites industries (tarif 315). Au total, environ 128 000 abonnés sur plus de 540 000 ne seront pas concernés.

Au-delà de l’ajustement tarifaire, le CEB met en avant des défis structurels de longue date. « Cette dépendance au fioul lourd nous expose directement aux fluctuations du marché international. C’est une réalité avec laquelle nous devons composer. »

Le directeur du CEB évoque également le vieillissement du parc de production, un enjeu majeur pour le pays. « Nous faisons face depuis longtemps à ce défi. Il est impératif de lancer de grands projets pour renouveler nos équipements. »

Cette situation s’est particulièrement fait sentir durant la dernière période estivale, marquée par des tensions sur la capacité de production. « Nous étions dans une situation délicate, mais nous sommes parvenus à passer le cap sans incident majeur », précise-t-il.

Dans la conjoncture, la transition énergétique apparaît comme une priorité. Des appels d’offres pour environ 405 MW de projets solaires avec stockage par batterie ont déjà été lancés. Toutefois, leur intégration nécessitera des investissements conséquents dans les infrastructures. « Il faudra renforcer le réseau, moderniser les sous-stations et investir massivement pour pouvoir intégrer ces nouvelles capacités », fait ressortir le directeur du CEB.


Suttyhudeo Tengur : « L’augmentation n’est pas justifiée, il y a trop de gaspillage »

Du côté de Suttyhudeo Tengur, directeur de l’Association pour la protection de l’environnement et des consommateurs (APEC) la hausse de 15 % des tarifs de l’électricité ne passe pas. 

« Pour nous, cette augmentation n’est pas justifiée. Il y a beaucoup de gaspillage », avance-t-il. Selon lui, les pertes d’électricité à Maurice ne relèvent pas uniquement de contraintes techniques, mais traduisent aussi une défaillance du réseau. « Près d’une unité sur cinq produite est perdue. Ce qui représente une fuite financière silencieuse pouvant atteindre Rs 3 milliards par an. »

Dans ce contexte, il estime que ce sont les consommateurs qui paient indirectement ces pertes à travers des tarifs plus élevés. « Ce n’est pas un problème de production, mais bien un problème d’inefficacité du système », insiste-t-il.

Pour Suttyhudeo Tengur, une réforme en profondeur du réseau électrique s’impose. Réduire ces pertes, même partiellement, permettrait selon lui d’économiser des centaines de millions de roupies, sans recourir à une augmentation des prix.

« Réformer le réseau n’est pas un choix. C’est la réforme énergétique la plus rentable que Maurice puisse mettre en œuvre aujourd’hui », conclut-il.


Khalil Elahee : « Les nouveaux tarifs rendent le solaire plus rentable »

Pour Khalil Elahee, CEO de la MARENA, la hausse de 15 % des tarifs de l’électricité reste mesurée compte tenu du contexte énergétique actuel. Il souligne que 128 000 consommateurs résidentiels et commerciaux ne seront pas concernés par cette augmentation, tandis que pour les autres, l’impact sera atténué dans l’immédiat par la baisse de consommation liée à l’hiver.

Selon lui, cette révision tarifaire doit être vue comme un signal en faveur de la transition énergétique. « Les nouveaux tarifs rendent l’investissement dans le solaire photovoltaïque avec batteries plus rentable », affirme-t-il, appelant en particulier les gros consommateurs — industriels, commerciaux et domestiques — à réduire leur dépendance au réseau.

Khalil Elahee insiste également sur la nécessité d’améliorer l’efficacité énergétique et de limiter les gaspillages, deux leviers qui permettront d’amortir l’impact de cette hausse. Il rappelle que la précédente augmentation, en 2023, était plus importante, atteignant 20 %, avec un impact notable sur les industries.

Dans un contexte marqué par une forte dépendance au fioul lourd — représentant plus de 68 % des coûts du CEB, soit environ Rs 4,8 milliards supplémentaires en 2026 — il estime que les autorités ont cherché à éviter un choc social en limitant la hausse.

L’expert regrette toutefois l’absence de mesures plus ambitieuses dans le secteur du transport. « Il faudra envisager sérieusement l’introduction de biocarburants pour réduire notre dépendance aux importations. »


Sunil Dowarkasing : « 405 MW de renouvelable… mais plus de charbon où est la logique ? »

Pour Sunil Dowarkasing, les mesures annoncées par le Conseil des ministres manquent de cohérence stratégique. L’expert en énergie critique une approche qu’il juge contradictoire, mêlant décisions à court terme et absence de vision claire pour l’avenir énergétique du pays.

« À partir du 1er mai, nous aurons une augmentation de 15 % sur les factures d’électricité. Or, les mesures annoncées ne font pas toutes sens », déplore-t-il. S’il reconnaît certaines avancées, notamment en matière de stockage stratégique ou d’encouragement à l’autoproduction d’énergie, il estime que l’ensemble manque de direction. Selon lui, les autorités envoient des signaux contradictoires. « D’un côté, on annonce 405 MW d’énergies renouvelables. De l’autre, on parle d’intensifier l’usage du charbon et du fioul. On remplace un combustible fossile par un autre. Ce n’est pas cohérent. »

Sunil Dowarkasing pointe également une approche qu’il qualifie de « firefighting », avec des mesures prises dans l’urgence sans s’inscrire dans une stratégie globale. « C’est un méli-mélo de décisions. Il n’y a pas de vision claire ni de direction structurée. »

Pour l’expert, cette situation est le résultat d’une planification insuffisante dans le secteur énergétique. Il estime que les consommateurs en paieront directement le prix. « Une fois de plus, ce sont les consommateurs qui vont subir les conséquences d’une mauvaise planification et d’une mauvaise gestion de la sécurité énergétique. »


 

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