S.E. Dharambeer Gokhool, G.C.S.K : «L’opportunité ne se résume pas à l’égalité, qui traite tout le monde de la même manière»
Par
Ajagen Koomalen Rungen
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Ajagen Koomalen Rungen
Le Président de la République, S.E. Dharambeer Gokhool, se livre à un exercice rare avec son abécédaire républicain. Chaque lettre incarne un principe, chaque mot une boussole, dessinant une présidence fondée sur l’équilibre, la dignité et l’humain, et invitant à l’unité nationale « As One People, As One Nation ».
En tant que Président de la République, je me situe au-dessus des lignes partisanes. Ma responsabilité est de rencontrer et d’écouter toutes les parties prenantes : membres du Gouvernement, parlementaires de la majorité et de l’opposition et acteurs de la société civile. Je suis convaincu que le véritable progrès naît du respect des différences et de la capacité à collaborer dans l’intérêt supérieur du pays.
La démocratie repose sur l’équilibre : entre les pouvoirs, entre les droits et les devoirs, entre la liberté et la responsabilité. Et il m’incombe de préserver cet équilibre, cette balance. Ce n’est pas un exercice simple. Il exige de concilier les responsabilités de la fonction, les prérogatives constitutionnelles, le sens du service public et les équilibres humains - la famille, la santé, le travail.
Trouver cette juste mesure est un défi à la fois humain et civique, et c’est dans cette honnêteté face à soi-même que la confiance des citoyens peut se construire.
La Constitution est la boussole de notre République. Elle garantit nos libertés, définit les responsabilités de chacun et protège l’équilibre entre les pouvoirs.
Je me dois de la respecter et de la faire respecter, non comme un simple texte, mais comme l’expression vivante de notre pacte collectif. Servir la Constitution, c’est servir la République avec constance et impartialité, en gardant toujours à l’esprit que l’État ne vit que grâce à l’engagement et à la confiance des citoyens.
Invisible, mais certes la plus précieuse des richesses, elle ne dépend ni de la fonction, ni de l’origine, ni de la condition sociale. C’est un droit absolu de chaque individu, dans chaque pays, quel que soit son âge, sa couleur, son genre, sa religion ou son statut, d’être traité avec respect et dignité. Servir avec dignité, c’est agir avec équité, respect et humanité dans chacune de nos décisions.
L’éducation va bien au-delà des savoirs académiques. Elle forme l’esprit, mais aussi le cœur et le sens du devoir envers les autres. Elle transmet des valeurs humaines, le respect des autres, le sens civique et l’envie de contribuer au bien commun.
Pour moi, l’éducation n’a jamais été seulement un chemin personnel : elle reste un voyage de vie, un engagement citoyen, une boussole qui guide mes décisions et mes actions au service de la République.
La force dont nous avons besoin n’est pas toujours visible. C’est une force intérieure, celle qui nous permet de rester constants face aux défis, de concilier responsabilités, humanité et engagement.
Elle n’appartient pas qu’au Président : chacun, à tous les niveaux de la société, a besoin de cette force pour agir avec discernement, servir les autres et construire un monde plus juste.
Un mot lourd, mais juste. Il désigne ma responsabilité ultime : veiller à ce que la Constitution soit respectée, que les institutions fonctionnent, et que l’État tienne ses promesses envers ses citoyens.
Être garant, c’est porter cette charge avec vigilance et courage, accepter le poids des décisions difficiles, et rester fidèle à la confiance que la nation place en moi.
Être Président n’efface pas l’humain que je suis. L’humilité, c’est reconnaître ses limites, écouter avant de décider, et rester conscient que chaque choix affecte des vies.
Elle m’oblige à me rappeler que la vraie grandeur vient de la capacité à servir avec sincérité et respect.
Aujourd’hui, nous parlons d’IA, de super intelligence et de QI, comme si la capacité à résoudre des problèmes et à accumuler des connaissances suffisait.
Mais l’intelligence véritable va bien au-delà : elle se manifeste dans l’intelligence socio-émotionnelle, la compréhension des autres et le discernement spirituel.
Redéfinir l’intelligence, c’est reconnaître que la connaissance seule ne suffit pas : nous devons d’abord cultiver nos capacités humaines avant de prétendre maîtriser le monde.
Être « Jack of all trades » ne signifie pas exceller dans tout, mais savoir écouter, apprendre et s’adapter à de nombreux domaines -certes, « master of none ». J’ai commencé ma carrière comme enseignant et j’ai terminé mon parcours académique en apprenant de mes étudiants.
Aujourd’hui, comme Chef de l’État, j’apprends encore chaque jour. Être au pouvoir ne signifie pas tout savoir : il faut reconnaître ses limites et rassembler tous ceux qui peuvent contribuer pour avancer ensemble.
Accepter de ne pas tout maîtriser est une force : cela permet d’être à l’écoute, de collaborer, de réfléchir avec prudence et de prendre des décisions plus justes.
Le Kairós représente l’instant décisif, le moment où un choix ou un geste peut transformer une vie. Pour moi, ce fut lorsque Abdool Raman Kasenally, mon maître d’école alors que j’étudiais à l’école primaire de Roches-Noires, remarqua mon potentiel et encouragea ma mère à me soutenir dans mes études supérieures.
Ce geste de confiance a ouvert un chemin que je n’aurais jamais pu imaginer seul.
Ces moments façonnent notre parcours, enseignent l’humilité et rappellent que chaque encouragement peut avoir un impact durable. Reconnaître le Kairós, c’est savoir saisir ces occasions avec discernement et gratitude, pour agir avec justice et contribuer au bien commun.
La liberté n’est pas un absolu : elle s’arrête là où commencent les droits des autres. Être libre, c’est agir avec responsabilité, respecter les limites et garantir cette liberté à tous, même à ceux que nous n’apprécions pas.
Aujourd’hui, face aux défis - accidents, violences, guerres ou conflits - protéger la liberté de chacun devient plus complexe et plus essentiel que jamais.
La mémoire nous relie à ceux qui nous ont précédés, à leurs luttes, leurs sacrifices et leurs choix.
Elle nous rappelle que le présent n’existe que grâce à eux, et que chaque décision que nous prenons s’inscrit dans un fil continu de responsabilités.
Je pense à Mahatma Gandhi, Manilal Doctor, Adolphe de Plevitz, Sir Seewoosagur Ramgoolam, Maurice Curé, Abdool Razack Mohamed, Anjalay Coopen, Anna van Bengale, ou encore à plusieurs d’autres comme Dunputh Lallah et Rajcoomar Gujadhur.
Ces parcours exemplaires nous enseignent que nos libertés et nos institutions ne sont pas des acquis, mais des héritages à préserver et à enrichir.
Nous devons tous honorer cette mémoire, apprendre des erreurs et des succès du passé, et transmettre aux générations futures la conscience de leur héritage.
Notre nation est un vrai arc-en-ciel. Nous célébrons toutes nos cultures, religions et langues, librement, en public comme en privé, tout en partageant une seule identité : Mauricien·ne·s.
Notre force, c’est cette diversité : nous sommes différents, et pourtant unis. L’unité ne signifie pas uniformité, mais respect et solidarité. Il n’y a pas de place pour l’exclusion ; dans ce sens, nous sommes un modèle pour d’autres nations.
Nous devons aller plus loin et vivre un vrai interculturalisme : apprendre des autres, partager leurs langues et traditions, nous enrichir ensemble.
Vivre l’esprit de notre hymne national, « As One People, As One Nation », c’est transformer nos différences en force et en cohésion.
L’opportunité ne se résume pas à l’égalité, qui traite tout le monde de la même manière. Elle prend en compte les différences, les circonstances et les défis propres à chacun -c’est l’équité.
Dans notre République, chaque citoyen doit pouvoir réaliser pleinement son potentiel, sans que ses origines, son genre, sa couleur ou sa condition ne constituent un plafond de verre à ses ambitions. Chacun peut contribuer pleinement à la vie collective. L’opportunité véritable, c’est créer un environnement où les talents, l’effort et la volonté trouvent un chemin pour s’épanouir, et où aucun individu n’est limité par des obstacles injustes ni exclu.
Pour moi, c’est se souvenir d’où l’on vient et de tous ceux qui nous ont aidés à avancer. C’est la famille, les enseignants, les amis, les élèves que l’on a guidés et qui aujourd’hui occupent des postes de responsabilité. C’est aussi mon épouse Brinda, mes enfants, tous ceux qui font partie de mon quotidien et me rappellent l’importance des racines et des liens humains.
Être proche, c’est aussi se rappeler que le progrès et le succès ne sont pas des fins en soi. Ils doivent servir à aider les autres, à soulever ceux qui ont besoin de soutien, et à faire de notre société un endroit plus juste et plus solidaire.
J’ai affirmé que je serai toujours un « people’s president » et chaque visiteur qui franchit les portes du State House me rappelle cette réalité : la fonction que j’exerce n’est pas seulement symbolique, elle est un pont entre le citoyen et l’État, une occasion de rester à l’écoute et à portée de tous.
La quête, c’est ce fil invisible qui guide nos pas. Elle ne se mesure pas en titres ou en réussites, mais dans la capacité à avancer avec cohérence, à rester fidèle à ses valeurs et à chercher le bien commun.
Pour moi, chaque journée est une occasion de poursuivre cette quête : comprendre les autres, apprendre de leurs expériences, et transformer cette compréhension en actions concrètes pour le pays.
Être Président, c’est accepter que la quête ne se termine jamais. Elle nous pousse à nous dépasser, à tendre la main, et à faire en sorte que chacun puisse, à son tour, marcher un peu plus loin.
La responsabilité commence par moi-même. En tant que Président, je dois être exemplaire, conscient que chaque décision, chaque parole et chaque geste a un impact sur les citoyens, sur le pays, et sur nos relations avec le monde.
Cette responsabilité ne se limite pas à l’intérieur de nos frontières : elle s’étend aux relations régionales et bilatérales, aux échanges avec les diplomates, aux partenariats internationaux. Chaque rencontre, chaque accord, chaque dialogue compte pour renforcer la confiance, la coopération et la stabilité de notre nation.
Maurice a été appelée l’étoile et la clé de l’océan Indien pour une raison : notre position unique, notre diversité, notre capacité à rassembler et à inspirer. Mais ce n’est pas un titre automatique, ce n’est pas un acquis : il nous appartient de la faire vivre à nouveau, de montrer que nous sommes à la hauteur de cette réputation.
Souvent, on parle de tolérance comme d’une vertu à pratiquer. Mais tolérer, c’est parfois subir ou accepter à contrecœur. À Maurice, nous devons penser autrement : il ne s’agit pas d’accepter, mais le faire pleinement avec respect. Nous ne faisons pas que coexister : nous existons simplement, côte à côte, en reconnaissant la valeur de chacun.
« Togetherness », c’est cette capacité à vivre ensemble sans hiérarchie de différences, à célébrer la diversité et à transformer nos distinctions en richesse collective. C’est écouter, comprendre et s’enrichir des expériences et des cultures des autres, tout en restant fidèle à soi-même.
En tant que Président, je veux que ce « togetherness » guide chaque décision, chaque geste et chaque rencontre, car une nation qui s’accepte et se respecte pleinement est une nation forte, juste, inspirante et unie.
Aider les autres à se relever, à avancer et à réaliser leur potentiel, c’est une manière de vivre et de décider. On ne progresse pas seul. « We rise by lifting others ».
Quand on atteint le succès, il ne faut pas le garder pour soi : il faut tendre la main, partager ses expériences et faciliter le chemin pour ceux qui suivent.
Ne pas simplement exister ou passer le temps, mais ressentir, apprendre, partager et avancer chaque jour. C’est accueillir pleinement les expériences, les défis et les joies, et donner un sens à nos actions. C’est aussi mettre sa vie au service des autres.
Que valent la richesse et le pouvoir si l’on n’a pas la santé ? Le « wellness » ne se limite pas à la santé physique. Il inclut aussi la santé mentale, émotionnelle et psychologique. C’est la condition essentielle pour vivre pleinement, réfléchir clairement et servir les autres avec efficacité. Il est à la fois un droit et un devoir, et nous devons le cultiver.
Ces derniers temps, en voyageant et en rencontrant des personnes et des dirigeants de différents pays et cultures, j’ai découvert combien il est enrichissant d’apprendre des autres.
La beauté se trouve souvent dans les choses simples: un repas partagé, une langue, un héritage ou une tradition.
Et j’ai réalisé que tant de choses nous lient plutôt que nous séparent. Comprendre et apprécier ces différences renforce notre humanité et nous rappelle que ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous divise.
Être xénophile, c’est accueillir chaque rencontre avec curiosité, respect et ouverture, et s’en servir pour enrichir notre vision du monde et celle de notre République.
Le « oui » est plus puissant que le « non ». Nous connaissons déjà les problèmes de notre société : au lieu de passer 80 % de notre temps à les analyser, concentrons 80 % de notre énergie sur les solutions, sur ce qui fonctionne réellement, en travaillant ensemble et non pas en silos.
Ensemble, nous avançons plus loin et plus vite, en faisant de nos différences une force commune. « Yes, together we can ».
Le sommet, l’accomplissement et le point où tous les efforts, la persévérance et les valeurs que nous avons cultivées se rejoignent.
Ce n’est pas un état que l’on atteint seul, mais le résultat d’un chemin parcouru ensemble, avec courage, solidarité et respect.
En tant que Président, je vois le zénith comme l’aspiration de notre nation: viser le meilleur pour chacun, élever notre société, et inspirer les générations futures à progresser sans jamais perdre de vue nos principes et notre humanité.