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School Certificate : le revers de la réforme des trois Credits

Par Annick Daniella Rivet
Publié le: 11 février 2026 à 06:46
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Les résultats de 2025 révèlent une baisse sensible des performances dans les matières fondamentales.

L’abaissement du seuil d’accès au HSC devait favoriser l’inclusion. Or, les résultats de 2025 révèlent une chute alarmante du niveau dans les matières fondamentales, soulevant d’inquiétantes questions sur l’exigence académique.

En abaissant de cinq à trois le nombre de Credits requis pour accéder au Higher School Certificate (HSC), le ministère de l’Éducation mauricien espérait favoriser l’inclusion. Or les premiers résultats du School Certificate (SC) de 2025 racontent une autre histoire : celle d’un recul généralisé des performances dans les disciplines fondamentales.

« La réforme de 2025 fragilise la qualité de l’enseignement », tranche Brenda Thanacoody, ex-directrice du Mauritius Examinations Syndicate (MES). Pour elle, la volonté d’élargir l’accès au HSC a créé une brèche qui révèle les limites d’une politique pensée pour l’inclusion, mais aux effets potentiellement contre-productifs.

Les chiffres dessinent une tendance préoccupante. Comparés à ceux de 2017, année précédant la réforme des cinq Credits, les résultats de 2025 marquent un net affaiblissement du socle académique. En mathématiques, discipline centrale du cursus secondaire, le taux de réussite au Paper D chute de 76,5 % à 70,7 %, tandis que le Paper A s’effondre de 33,3 % à 25,8 %, perdant 7,5 points en huit ans. 

Mais c’est en anglais que la dégringolade atteint des proportions alarmantes. Le taux de réussite en anglais langue seconde passe de 59,3 % à 33,7 %, soit une chute vertigineuse de 25,6 points. « Un élève qui maîtrise mal l’anglais aura des difficultés à réussir dans toutes les matières, y compris les sciences et les humanités », souligne Brenda Thanacoody. 

Le constat prend une dimension particulière à Maurice, où l’anglais est la langue d’enseignement au HSC et dans la plupart des filières universitaires. Cette fragilisation de la communication écrite et orale constitue, selon l’ex-directrice du MES, « un signal d’alarme pour l’ensemble du système éducatif ». La littérature française n’est pas épargnée, reculant de 78,3 % à 72,5 %. 

Dans les sciences, les fléchissements sont plus modérés mais néanmoins significatifs : la biologie perd 2,2 points, la chimie 2,7 points. Seule la physique tire son épingle du jeu avec une légère progression de 2,7 points, témoignant d’une stabilité remarquable dans un paysage globalement morose.

L’énigme des matières économiques

Face à ce tableau sombre, les résultats des disciplines économiques détonnent. L’économie progresse de 10,1 points, les business studies de 4,4 points, le commerce de 1,8 point. Cette amélioration apparente pourrait laisser croire à un rééquilibrage. Brenda Thanacoody se montre pourtant sceptique : « Ces résultats reflètent davantage une adaptation aux nouveaux critères qu’une réelle hausse du niveau intellectuel ou analytique. »

Son analyse rejoint celle de plusieurs recteurs et enseignants qui pointent un effet pervers de la réforme : l’abaissement du niveau d’exigence. En facilitant l’accès au HSC, la mesure aurait favorisé la quantité au détriment de la qualité, créant une illusion de progression là où se cache une dilution des standards académiques. 

Seules les filières artistiques et techniques semblent immunisées contre cette tendance. L’art, le design, la mode affichent des taux de réussite supérieurs à 90 %, tandis que les matières appliquées comme Food & Nutrition, Textile ou l’informatique demeurent stables. « Les matières pratiques sont moins dépendantes des examens standardisés, explique l’ancienne responsable. Elles valorisent la créativité, le savoir-faire et l’évaluation continue, ce qui les rend plus résistantes aux réformes du système. » Cette résilience suggère qu’une diversification des parcours pourrait offrir une alternative au modèle unique centré sur le HSC.

Le paradoxe de la fonction publique

Au-delà des résultats scolaires, Brenda Thanacoody pointe une contradiction qui touche à la cohérence même de la politique gouvernementale. Comment justifier qu’un élève soit jugé apte à poursuivre ses études au HSC avec trois Credits, mais inapte à intégrer la fonction publique sans en avoir cinq ? « Si l’État estime qu’un élève avec seulement trois Credits est apte à poursuivre au HSC, alors cette logique doit s’étendre à la fonction publique. Les critères d’embauche doivent suivre la politique éducative », martèle-t-elle. 

Cette incohérence crée, selon elle, une injustice structurelle. « On ne peut pas juger un élève ‘apte’ à poursuivre ses études, mais ‘inapte’ à travailler. » L’ex-directrice du MES plaide pour une harmonisation des normes : si trois Credits suffisent pour l’éducation, ils devraient logiquement suffire pour l’emploi d’État. 

Son analyse dessine deux trajectoires opposées. La réforme de 2019, en imposant cinq Credits, avait renforcé la rigueur académique et restauré la valeur du SC. Celle de 2025, en abaissant le seuil à trois Credits, a affaibli la performance moyenne et dilué la perception du mérite. Entre ces deux moments, c’est toute la question de l’équilibre entre inclusion et exigence qui se joue. « L’inclusion ne doit pas se faire au détriment de la qualité. Si nous ouvrons les portes, nous devons aussi renforcer les fondations », conclut Brenda Thanacoody. 

Elle appelle à une vision intégrée où les réformes du SC, du HSC et de la fonction publique évolueraient ensemble, permettant à chaque jeune Mauricien de trouver sa place, qu’il ait trois Credits, cinq Credits, ou des talents différents.

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sc

Matières artistiques & techniques : les plus résistantes

  • Art & Design
  • Design & Technology
  • Fashion & Textiles

Taux de réussite > 90 %

Matières appliquées stables

  • Food & Nutrition
  • Textile Studies
  • ICT

Évaluation continue, créativité, moins dépendantes des examens standardisés

Alerte majeure : l’anglais

–25,6 points en anglais (2e langue)

Problème central car :

o Langue d’enseignement au HSC
o Clé de réussite universitaire

Impact transversal sur toutes les disciplines

Ce que montre l’analyse

Réforme 2019 (5 Credits)

• Plus grande rigueur académique
• Meilleure perception du mérite

Réforme 2025 (3 Credits)

• Baisse des performances moyennes
• Dilution des exigences

 

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