Elle ne prescrit pas de régimes. Ne dresse pas de listes d’aliments interdits. La nutritionniste Yovanee Veerapen part d’un constat simple : la plupart des Mauriciens veulent bien manger, mais ne savent pas comment. Son pari ? L’éducation nutritionnelle, dès le plus jeune âge.
Manger sainement. Faire attention. Bien se nourrir. Ces formules circulent partout, que ce soit sur les réseaux sociaux, dans les campagnes de santé publique, dans les conversations de famille. Mais derrière ces injonctions, que faut-il concrètement mettre dans son assiette ?
« On entend beaucoup de messages autour du bien manger, mais ces recommandations restent souvent vagues et peu concrètes », observe Yovanee Veerapen, nutritionniste et fondatrice de NutriSmart à Curepipe. « Les gens ont envie de comprendre et ils ont surtout besoin qu’on leur explique clairement. » C’est précisément ce vide que NutriSmart tente de combler, atelier après atelier, assiette après assiette.
L’image est simple, et c’est fait exprès. Une assiette divisée en trois : la moitié réservée aux fruits et légumes, un quart aux protéines, un quart aux féculents. Ce modèle visuel, Yovanee Veerapen l’utilise comme point de départ avec tous ses participants, enfants comme adultes, parce qu’il rend l’équilibre alimentaire immédiatement compréhensible, sans calculs, sans grammage.
Les protéines peuvent venir du poulet, du poisson, des œufs, des légumineuses ou des produits laitiers. Les féculents doivent être choisis avec discernement : riz brun, pain complet, flocons d’avoine, plutôt que leurs versions raffinées. Les bons lipides – oméga 3, 6 et 9 – se trouvent dans l’huile d’olive, l’avocat, les noix ou les sardines.
Bien choisir
Et les fruits et légumes apportent les vitamines et minéraux que le reste de l’assiette ne peut pas fournir seul. « Un repas équilibré, c’est une assiette qui combine différents groupes d’aliments pour apporter à l’organisme tout ce dont il a besoin », résume la nutritionniste. Ce n’est pas si compliqué, mais encore faut-il le savoir.
L’un des mythes les plus tenaces que Yovanee Veerapen affronte dans ses ateliers est celui du coût. Manger sain, ce serait un luxe. Une idée reçue qu’elle déconstruit sans détour. « Je ne dirais pas que manger sainement coûte forcément plus cher que de manger n’importe comment. C’est avant tout une question de priorités et de choix. »
Pas besoin de saumon pour faire le plein d’oméga-3 : le thon et les sardines font parfaitement l’affaire, pour une fraction du prix. Les œufs, les lentilles, les restes de la veille, les placards et le congélateur bien gérés suffisent à composer des repas nutritifs et économiques. « L’essentiel est d’anticiper », insiste-t-elle. « Quand on ne planifie pas, on cède plus facilement aux achats impulsifs, souvent moins équilibrés et plus coûteux. »
Le batch cooking, qui consiste à préparer en une fois les bases de plusieurs repas de la semaine, est une stratégie qu’elle recommande systématiquement. Moins de gaspillage, moins de tentation de commander à l’extérieur, plus d’équilibre dans l’assiette. Côté cuisson, elle rappelle un point souvent ignoré : la friture détruit une partie des vitamines, notamment la vitamine C et les vitamines du groupe B. La vapeur, le sauté léger ou la fricassée préservent bien mieux les nutriments, sans ajouter de coût.
Lire les étiquettes
Si Yovanee Veerapen insiste sur un point, c’est celui-là : l’éducation nutritionnelle commence dans la famille, dès les premières années de vie. « Plus tôt c’est mis en place, mieux c’est. La manière dont l’enfant est exposé à l’alimentation va façonner ses habitudes pour toute sa vie. »
Les enfants n’ont pas de pouvoir d’achat. Ils mangent ce que leurs parents achètent, cuisinent et servent. Ce sont donc les adultes qui, en faisant leurs courses et en gérant la cuisine, décident en grande partie de la santé nutritionnelle de toute la famille. Un levier considérable et souvent sous-estimé, selon elle.
Il y a une information que la quasi-totalité des consommateurs ignore ou ne sait pas utiliser. Elle se trouve pourtant sur chaque produit vendu en supermarché : l’étiquette nutritionnelle. Ingrédients, valeurs énergétiques, teneurs en sucres, en sel, en graisses saturées, tout est là. Encore faut-il savoir le lire.
« Beaucoup de consommateurs ont accès à ces informations, mais ne savent pas comment les comprendre », constate Yovanee Veerapen. « Sans cette compétence, malgré de bonnes intentions, il est facile d’acheter des produits qui ne sont pas réellement intéressants sur le plan nutritionnel. » C’est précisément sur ce sujet que NutriSmart a conçu ses ateliers pour adultes, avec pour objectif de former des consommateurs éclairés, capables de faire des choix informés.
Les ateliers Nutrismart : éduquer, pas interdire
Deux fois par mois à Curepipe, NutriSmart ouvre ses portes. Un samedi pour les enfants, et un autre pour les adultes. Deux thématiques, un même objectif : comprendre ce que l’on mange.
Avec les enfants, maximum huit par session, l’atelier tourne autour du sucre. Pas pour créer des peurs ou dresser des listes d’aliments défendus, mais pour construire une relation saine avec l’alimentation. « L’idée, c’est que demain, quand ces enfants consommeront des produits sucrés, ils pourront mieux doser la quantité. »
Avec les adultes, l’accent est mis sur la lecture des étiquettes alimentaires notamment sur la façon de décrypter les informations présentes sur les emballages pour faire des choix plus éclairés au quotidien. Les prochains ateliers sont prévus en mai et se tiennent au centre de NutriSmart, à Curepipe.





