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Santé publique : cri de douleur et de désespoir d’une jeune femme

Krisan Bissoonauth Krisan Bissoonauth, décédé, en compagnie de sa fille (à g.) et de sa nièce.

Son père est-il décédé suite à une négligence médicale ? Une jeune femme affirme que tel serait le cas. Elle déplore le fait que les personnes qui ne peuvent pas s’offrir des soins dans le privé sont condamnées à mourir plus vite que les autres. De leur côté,  les représentants de la Santé insistent que l’hôpital public fait de son mieux pour sauver chaque patient, mais qu’il y a des circonstances contre lesquelles on n’y peut rien.

Chandhinee Bissoonauth, âgée de 29 ans, allègue que son père a été victime de négligence médicale qui a conduit à son décès le 3 septembre, vers 3h05, à l’hôpital Dr A. G. Jeetoo. D’après le rapport médical, Krisan Bissoonauth, 52 ans, qui habitait à Coromandel, est mort d’une septicémie, mais sa fille conteste le rapport. Selon elle, les tests sanguins qui étaient effectués tous les trois jours sur son père n’ont pas démontré que ce dernier souffrait de septicémie. D’ailleurs, elle en a eu la confirmation après avoir rencontré les docteurs Rumjeet et Ismet Nawoor, dans le bureau de ce dernier, le 24 octobre dernier.

« Je ne cherche pas à comparer le service public avec celui du privé. Cependant, c’est vraiment dommage de constater aujourd’hui comment le gouvernement utilise l’argent des citoyens pour procurer un service qui laisse à désirer. Je viens d’une famille modeste et je n’ai pas les ressources pour poursuivre l’hôpital en cour. De plus, mon père ne reviendra pas à la vie, mais son décès peut sauver la vie à d’autres innocents », déclare Chandhinee Bissoonauth, visiblement bouleversée par le décès de son père.

Elle poursuit : « Je remets en question aujourd’hui la compétence des médecins de l’hôpital public. Il y a un consultant en chirurgie générale, que je qualifie de tous les noms, qui travaille encore dans le service médical, alors qu’il a déjà atteint l’âge de la retraite. Comment a-t-il pu juger que l’orteil de mon père était en voie de guérison, alors qu’un néophyte en la matière aurait constaté que l’orteil devenait noir ? Le dispensaire de Goodlands avait remis un document à mon père pour qu’il se rende à l’hôpital en urgence, car son pied ne montrait pas des signes d’amélioration. »

Elle ajoute que le consultant en chirurgie générale a été impoli enver sa famille parce que son père avait fait une angiographie en privé. Chandhinee se dit déçue de l’utilisation de l’argent des contribuables dans la santé publique. Le gouvernement ne dispose-t-il pas de suffisamment de moyens pour employer des médecins qualifiés ? Des médecins mettent en danger la vie des citoyens qui n’ont pas les ressources pour aller vers le privé pour avoir les soins nécessaires », avance-t-elle.

Elle exige une enquête approfondie

Chandhinee avance qu’après le point du jeudi 24 octobre fait dans le bureau du Dr Ismet Nawoor, au vu de tout ce qui a été dit et fait, elle est convaincue qu’il y a eu négligence médicale. « Nous mettons notre vie et celle de nos proches entre des mains incompétentes. Il faut remettre de l’ordre dans le service médical afin d’éliminer les incompétents pour que d’autres innocents ne perdent pas la vie », insiste Chandhinee. Cette dernière n’est pas au bout de ses peines. Elle fait face à un autre souci de taille.  « Ma mère de 47 ans souffre d’un cancer et elle suit actuellement son traitement. Il y aurait des risques qu’elle meure également à cause de l’incompétence des médecins de notre pays », déclare-t-elle.

« À l’hôpital Victoria, il y a trop de patients qui attendent pour faire une échographie. Le délai d’attente est de quatre mois ! Pendant ce laps de temps, le cancer se propage et, si le patient n’est pas traité rapidement, il risque de mourir. Aujourd’hui, il semble que la santé des citoyens ne soit pas importante. Le décès de mon père m’a fait réaliser que le domaine de la santé va très mal à Maurice. L’humanisme n’existe plus. Les patients sont traités comme des animaux envoyés à l’abattoir. Mon papa n’est pas la seule personne qui a fait face à ce calvaire. Il y a plusieurs patients et familles qui endurent cette même souffrance quotidiennement », dit-elle.

Un manque d’assistants ?

Chandhinee demande un meilleur encadrement pour ceux qui passent plusieurs jours à l’hôpital. «Est-ce qu’un patient qui est hospitalisé pendant plus d’une semaine reçoit la visite d’un psychologue ? Je pense que ce serait très utile, car ce n’est pas évident de rester loin de sa famille durant une longue hospitalisation », fait-elle remarquer.


Le Dr Ismet Nawoor : « Nous avons tout fait pour répondre aux questions de la famille du patient décédé »

Le Dr Ismet Nawoor déclare qu’en sa capacité de Regional Health Director (RHD), il a tout fait pour apporter des réponses aux nombreuses questions de la famille Bissoonauth. « Aussitôt après avoir pris connaissance de la nature de la plainte de la famille, je me suis assuré que chaque membre du personnel concerné par ce cas donne sa version des faits. Après avoir écouté chacun d’entre eux, un rapport a été rédigé en bonne et due forme et soumis au ministère. J’étais tenu, en tant que RHD, de répondre au ministre, vu que la famille Bissoonauth s’était adressée aussi au ministère de la Santé.

Je peux vous assurer, qu’après avoir écouté chaque membre du personnel soignant, que l’hôpital a fait tout son possible et a accordé tout le traitement nécessaire à M. Bissoonauth.  Malheureusement, il est décédé », avance-t-il.

« Si la famille Bissoonauth n’est toujours pas satisfaite avec les réponses de l’administration de l’hôpital, elle peut aller de l’avant avec ses démarches. Elle peut saisir le ministère de la Santé et le Medical Council », ajoute-t-il.

Le Dr Nawoor explique aussi les raisons pour lesquelles il n’a pu répondre à toutes les questions de la fille de Krisan Bissoonauth dans son bureau. « Nous avons fait de notre mieux, mais il n’était pas évident de répondre à chacune de ses questions sur le champ, mais nous sommes disposés à le faire. Qu’elle nous formule chacune de ses questions par écrit et nous initierons une nouvelle enquête et répondrons à chaque question », soutient-il.

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