Santé paramédicale : l’inquiétante offensive des thérapeutes charlatans

Par Jean-Marie St Cyr
Publié le: 11 février 2026 à 06:48

Massages inappropriés après un AVC, manipulations vertébrales hasardeuses : l’Allied Health Professionals Council alerte sur les dangers des pseudo-professionnels de santé qui exercent sans qualification. Un phénomène en pleine expansion. 

«Faire claquer la langue pour faire parler la personne » après un accident vasculaire cérébral, appliquer « des compresses chaudes de serviette pour soi-disant favoriser la mobilité » : les exemples de pratiques absurdes recensés par Rizwan Chumroo laissent pantois. Président de l’Allied Health Professionals Council (AHPC), il tire la sonnette d’alarme face à la multiplication des charlatans qui se présentent comme professionnels de santé paramédicale à Maurice. 

« Nous avons vu tellement de charlatans qui ont affirmé qu’ils sont qualifies, mais en faisant les vérifications requises il s’est avéré qu’ils n’étaient pas suffisamment qualifiés ou, pire, ne détenaient aucune qualification », dénonce-t-il. Un phénomène qui prend de l’ampleur selon lui, mettant en danger une population souvent incapable de distinguer le vrai professionnel de l’imposteur.

La loi est pourtant claire. L’article 16 de l’AHPC Act stipule que personne ne peut exercer comme professionnel de santé paramédical sans être enregistré au Council. Chaque profession a été classée dans des catégories spécifiques avec des qualifications précises mentionnées dans la législation. Mais lors de l’exercice d’enregistrement, une réalité inquiétante s’est révélée : nombreux sont ceux qui pratiquent en dehors de tout cadre légal. 

Le danger, insiste Rizwan Chumroo, est bien réel. « Toute personne qui n’a pas toutes les qualifications requises peut représenter un danger pour le public en l’induisant en erreur. » Il cite des cas particulièrement alarmants en physiothérapie, où certains proposent des traitements post-AVC alors qu’ils « peuvent faire plus de torts aux patients ». Les massages non indiqués dans des cas sévères d’AVC peuvent ainsi aggraver l’état du patient plutôt que l’améliorer.  La manipulation de la colonne vertébrale constitue un autre terrain miné. Pratiquée par des pseudo-thérapeutes ignorant la pathologie du patient, elle peut causer des dommages considérables. « Certaines personnes ont eu la colonne vertébrale endommagée à la suite de ce type de manipulation », déplore le président de l’AHPC. « Quand ils se sont par la suite présentés chez de vrais professionnels de santé, il a été difficile de ‘réparer’ les dommages causés. »

Un arsenal juridique peu dissuasif 

Face à ces dérives, l’arsenal juridique existe mais semble peu mobilisé. L’article 38 de l’AHPC Act prévoit qu’exercer sans être enregistré constitue une infraction passible d’une amende maximale de Rs 10 000 et d’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 12 mois. Des sanctions que Rizwan Chumroo juge manifestement insuffisantes pour endiguer le phénomène. 

Le président du Council exhorte la population à la vigilance. Les Mauriciens peuvent consulter le site de l’AHPC pour vérifier qu’un praticien est bien enregistré. « Il est important que les membres du public se tournent vers les vrais professionnels de santé pour avoir les meilleurs soins possibles », insiste-t-il. 

Un professionnel de santé paramédical digne de ce nom doit avoir suivi au moins quatre années d’études, précise-t-il. L’AHPC déplore également que « certains pseudo-professionnels de santé donnent des explications sur des pathologies sans pour autant détenir les qualifications requises », contribuant à répandre des informations médicales erronées auprès d’une population vulnérable.

Rizwan Chumroo reconnaît que l’enregistrement et la régularisation de toutes les professions paramédicales prennent du temps. Un projet d’ouverture du Council à d’autres professions est prévu, annonce-t-il. « Nous faisons toujours l’enregistrement des professions qui figurent dans l’AHPC Act pour l’instant et nous revoyons les qualifications également. » 

Mais face à l’ampleur du problème, le président plaide pour une approche plus ambitieuse : la mise en place d’un comité réunissant plusieurs Councils et le ministère de la Santé afin de régulariser ceux qui sont véritablement aptes à dispenser des soins. « Ils font tellement de bêtises que cela pose de gros problème et il faut traiter cela au plus vite », martèle-t-il. 

Dans ce contexte tendu, le Council lance également un appel aux jeunes diplômés mauriciens formés à l’étranger. Face à la pénurie de professionnels de santé paramédicaux qualifiés, il les invite à s’intéresser à ces métiers et à revenir au pays exercer leur profession, contribuant ainsi à combler un vide que les charlatans occupent dangereusement.

Régulariser les professions paramédicales 

L’AHPC a pour mission d’enregistrer les professions paramédicales, qu’il s’agisse de Mauriciens ou d’étrangers exerçant à Maurice. Son but est de régulariser les professions qui sont mentionnées dans la deuxième Schedule. Cette liste comprend 18 professions : Audiologiste, Chiropracteur, Scientifique clinique, Conseiller/Psychologue-conseil, Diététicien, Technicien en imagerie médicale, Technicien de laboratoire médical, Nutritionniste, Ergothérapeute, Technicien orthopédique, Ostéopathe, Physiothérapeute, Podologue, Psychologue, Psychomotricien, Psychothérapeute, Orthophoniste et Thérapeute du sport.

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Rizwan Chumroo, président de l’AHPC, tire la sonnette d’alarme face à la multiplication des faux thérapeutes.
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