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Sandra Mayotte : la scène à contretemps

Par Ajagen Koomalen Rungen 
Publié le: 22 mars 2026 à 18:30
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Avec le concert prévu en mai, Sandra Mayotte opère un retour aux sources.

Entre l’arène politique et les projecteurs, elle a cherché sa juste mesure. À 55 ans, la chanteuse revient briser le silence pour retrouver le seul tempo qui compte : le sien.

Le 9 mai 2026, au Mahatma Gandhi Institute à Moka, Sandra Mayotte remontera sur scène pour la première fois depuis cinq ans. Le concert s’appelle « Sandra Tout Simplement ». Pas de fioriture dans le titre. Juste elle, sa voix, et un public qui l’attend.

Le retour a commencé le 9 février avec un single, « To Finn Briz Mo Rev ». Avant ça, en 2025, « The Very Best Of Sandra Mayotte », une compilation qui ressemble moins à un bilan qu’à une mise en ordre avant de repartir. Cinq ans d’absence dans les studios et sur les scènes. Cinq ans pendant lesquels elle était ailleurs, au Parlement, à défendre d’autres combats. « La musique ne m’a jamais quittée. Même dans les moments les plus intenses de ma vie, elle était là, en moi. »

Pour comprendre ce retour, il faut remonter à 1998. Sandra Mayotte a 28 ans quand elle rejoint Cassiya comme choriste. Le groupe est alors l’une des formations de séga les plus connues de l’île. C’est son entrée dans le monde artistique. Pas par la grande porte, mais par le travail, au fond de la scène, à apprendre. 

Après avoir passé presque toute sa petite enfance au Mozambique, où son père travaillait pour une compagnie sucrière, elle revient à Maurice. Élève de l’école primaire Philippe Rivalland puis du collège Lorette de Quatre-Bornes, elle est décrite comme très travailleuse. Cette rigueur, elle l’apporte dans la musique.

Elle ne reste pas longtemps dans l’ombre. Au tournant des années 2000, elle s’impose comme soliste. « Sega Banané », « Samedi Sawale »… des titres qui circulent bien au-delà de Maurice, qui voyagent dans l’océan Indien. En 2001, le Kora Award lui est remis comme meilleure artiste de l’Afrique de l’Est. Une reconnaissance continentale, à une époque où le séga mauricien cherche encore à s’exporter. Elle a 31 ans. « Quand je chante, je raconte une histoire. Je donne une partie de moi. »

En parallèle, il y a la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC). Vingt-huit ans à la MBC, à la radio et à la télévision. Présentatrice, animatrice, visage familier du paysage médiatique mauricien. Elle anime notamment « Ki Veut Gagner des Millions ? », l’adaptation locale de l’émission internationale. Dans les foyers mauriciens, sa voix et son visage font partie du quotidien.

Il faut être honnête avec soi-même. Et moi, ce qui me rend vivante, c’est la musique»

C’est là, peut-être, que se forge ce rapport particulier qu’elle entretient avec le public. Elle ne le découvre pas en concert ; elle l’a construit pendant des années, émission après émission, en écoutant les gens, en leur parlant, en faisant du lien son métier. « J’ai toujours aimé les gens. Le contact humain, c’est ce qui me nourrit. »

Et puis, dans ce parcours jalonné de rencontres, il y a Nelson Mandela. Elle ne cherche pas à en faire une anecdote. « C’était une rencontre inoubliable. Il dégageait une force incroyable, une humilité aussi. Cela m’a profondément marquée. » Elle a aussi croisé Garou, d’autres figures artistiques. Des moments qui restent, qui nourrissent.

En 2019, Sandra Mayotte prend tout le monde par surprise… ou peut-être pas, si on la connaît vraiment. Elle rejoint le Mouvement socialiste militant (MSM), l’Alliance Morisien, et se présente aux législatives de novembre dans la circonscription n˚14, Savanne/Rivière-Noire. Elle est élue députée, deuxième membre élue de sa circonscription. Le 8 novembre 2019, elle prête serment. Elle devient Parliamentary Private Secretary et est nommée présidente du National Women Entrepreneur Council.

Elle défend ce choix sans s’en excuser. Les artistes et animateurs ont leur place au Parlement, dit-elle. Ils écoutent les gens au quotidien, ils connaissent leurs réalités, leurs difficultés. Elle-même évoque souvent son vécu personnel pour comprendre la pauvreté, la rage de s’en sortir. Ce n’est pas une carrière politique opportuniste. C’est une conviction, insiste-t-elle. 

Mais quelque chose ne se met pas en place. « J’ai essayé. J’ai voulu comprendre, apporter ma contribution. Mais au fond de moi, quelque chose manquait. »

Son mandat court jusqu’aux élections de 2024. Elle n’est pas réélue. Et ce qui aurait pu ressembler à une fin ressemble plutôt, avec le recul, à une libération. « Il faut être honnête avec soi-même. Et moi, ce qui me rend vivante, c’est la musique. »

Cinq ans, c’est long dans une carrière artistique. Les publics changent, les modes passent, les noms s’effacent. Sandra Mayotte le sait. Ce retour, elle ne le fait pas à la légère. « The Very Best Of » d’abord, pour rappeler ce qui existe déjà. « Santt Pour Mwa Doudou » en 2025. « To Finn Briz Mo Rev » en février 2026. Et le 9 mai, « Sandra Tout Simplement », un concert qui ressemble à une déclaration autant qu’à un spectacle.

Elle revient avec vingt-huit ans de radio-télévision, vingt-cinq ans de scène, un Kora Award, un mandat parlementaire et tout ce que ça laisse comme traces dans une vie. Pas pour retrouver ce qu’elle était. Pour montrer ce qu’elle est devenue. « Je veux continuer à toucher les gens. À travers ma voix, mes mots, mes émotions. »

Le public, lui, est au rendez-vous. Il l’a toujours été. « Mon public, c’est ma force. Sans eux, rien n’a de sens. » Le 9 mai, à Moka, la scène l’attend.

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