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Salaire minimum : les salariés doivent encore patienter 

Le dialogue et le consensus réclamés avant toute décision.

Techniquement, il serait très difficile d’octroyer le salaire minimum en janvier 2020 sauf si c’est une mesure rétroactive. C’est l’avis partagé de Rashid Imrith et Désiré Guildharry, deux syndicalistes qui siègent au sein du National Wage Consultative Council. 

Le leader de l’Alliance Morisien, Pravind Jugnauth, a promis que le salaire minimum sera revu à partir de janvier 2020. Ne remettant pas en doute cette promesse du Premier ministre sortant, Désiré Guildharry, président de la Free Democratic Unions Federation et Rashid Imrith, président de la Fédération des syndicats du secteur public, qui siègent au sein du National Wage Consultative Council, expliquent que contrairement à ce que peuvent penser les travailleurs, le salaire minimal ne pourra être effectif dés janvier prochain.

Rashid Imrith attire l’attention que selon la National Wage Consultative Act, le comité devra recommander le nouveau chiffre du salaire minimum au plus tard en juillet 2020, que le PRB prendra comme base pour préparer ses recommandations salariales dans la Fonction publique.  

Il avance qu’il est difficile pour que le National Wage Consultative Council se réunisse immédiatement pour décider du salaire minimum.

Parallèlement, il avance que le Rapport du PRB pourrait être publié en octobre 2020 pour prendre effet rétroactivement à partir de janvier 2010. « Je pense bien que la même formule pourrait être appliquée pour le salaire minimum, soit que les recommandations seront publiées en juillet 2020 avec effet rétroactif à janvier 2020. »

De son côté, Désiré Guildharry avance que les travaux du comité en vue du prochain rapport, sont toujours à un stade préliminaire. Il explique : « C’est difficile de travailler un chiffre pour janvier 2020. Il y a plusieurs éléments à prendre en considération avant que le comité ne fasse ses recommandations. Il y a l’impact du salaire minimum notamment sur la capacité à payer des entreprises privées en particulier les petites et moyennes entreprises (PME). Les autres facteurs sont la productivité et la profitabilité des entreprises et particulièrement ceux se trouvant dans le secteur de l’exportation. Il nous faut aussi veiller que les entreprises puissent supporter le poids d’un nouveau salaire minimal afin qu’il n’y ait pas de pertes d’emploi. »

Le salaire minimal ne pourra être effectif dés janvier prochain.

Le syndicaliste Faizal Ally Beegun recommande aussi la prudence. « Il ne faut pas brusquer les choses et cette décision ne doit pas être perçue comme un ‘bribe’ électoral de dernière heure car les syndicats luttent depuis des années pour que les travailleurs, en particulier ceux du secteur privé et de la zone franche, aient un salaire décent. ». D’où son appel pour que tous les partenaires sociaux se réunissent afin de prendre une décision dans le consensus. 

Il ajoute craindre pour les employés de la zone franche. Il rappelle qu’un grand groupe industriel avait menacé de fermer ses portes à Maurice. Il souhaite que le gouvernement se concentre davantage sur la création des emplois productifs tant au niveau du secteur publicque privé. « Je milite dans le secteur manufacturier et je connais la peur des employés de perdre leurs emplois du jour au lendemain. Certains d’entre eux me disent même qu’ils préfèrent préserver leur travail que de se retrouver sur le pavé après avoir bénéficié d’une augmentation conséquente de leurs salaires. » Cela dit, il précise ne pas être contre une révision du salaire minimum mais que tout doit se faire dans le consensus pour que toutes les parties concernées en sortent gagnantes. 

Réajustement salarial

Désiré Guildharry se plaint que suivant l’introduction du salaire minimum, des salariés, tant du secteur public que privé, attendent toujours un réajustement de leurs salaires. « C’est une situation qui donne lieu à une frustration au niveau des personnes concernées et logiquement, je pense que les autorités auraient pu régler ce problème avant de proposer le salaire minimum en janvier 2020. » Concernant le montant du nouveau salaire minimum, il n’a pas voulu se prononcer. « Je laisse la décision aux membres du comité. » 

De son côté, Rashid Imrith estime que le nouveau salaire minimum doit être de Rs 18,000 « Maurice aspire à devenir un pays à haut revenus et il serait souhaitable que les salaires aussi suivent. » Toutefois, il explique que cette augmentation doit se faire graduellement afin de ne pas perturber l’économie nationale. Il souhaite qu’une telle décision soit prise dans le dialogue et le consensus. 

Concernant les entreprises qui ne sont pas en mesure de faire face à une augmentation salariale, il explique que l’État doit trouver une formule pour « top up les salaires » à travers la Mauritius Revenue Authority afin que tous les salariés jouissent du salaire minimum

Au niveau des entreprises, les employeurs sont plus ou moins réticents à faire des commentaires. Toutefois, certains ont accepté de parler sous le couvert de l’anonymat. Ils sont tous unanimes à souhaiter que les politiciens ne prennent pas des décisions irréfléchies afin de ne pas plomber la machinerie économique.

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