Saison de chasse : la viande de cerf coûte jusqu’à Rs 475 le kilo cette année
Par
Leena Gooraya-Poligadoo
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Leena Gooraya-Poligadoo
La saison de chasse au cerf a débuté le 1ᵉr juin et se poursuivra jusqu’au 1ᵉr septembre. Les opérateurs s’attendent à une production globalement stable cette année. Toutefois, avec la hausse continue des coûts d’exploitation, une augmentation du prix de la viande de cerf est attendue. Les consommateurs doivent prévoir entre Rs 350 et Rs 475 le kilo cette année.
À la Chasse de Yémen, le plus grand territoire de chasse de l’île, les perspectives pour cette année sont jugées encourageantes. Selon Julien Desvaux, le directeur général, les prévisions de production sont légèrement supérieures à celles de l’an dernier. « Nous avons prévu de prélever entre 3 300 et 3 400 cerfs cette année, ce qui devrait nous permettre d’obtenir entre 90 et 100 tonnes de viande », indique-t-il. Avec ses 4 000 hectares de terrain et un cheptel estimé à près de 15 000 têtes, Yémen demeure le plus important territoire de chasse de Maurice. « L’an dernier, environ 3 250 cerfs y avaient été prélevés », précise-t-il. Malgré des conditions climatiques relativement sèches sur la côte ouest durant les mois d’avril et de mai, Julien Desvaux se veut rassurant quant à l’état du gibier. « Nous avons eu une période assez sèche, mais les pluies précédentes ont permis aux animaux de rester en bonne condition. Contrairement à l’année dernière, nous prévoyons un meilleur poids de carcasse cette saison », explique-t-il. Selon lui, cette amélioration devrait se traduire par une production légèrement supérieure en volume de viande.
Pour Jean-François de Rosnay, actionnaire dans plusieurs sociétés de chasse à Maurice, les conditions climatiques ont été moins favorables que d’habitude. « Nous avons eu, en général, un manque de pluie. Cela a peut-être légèrement impacté la qualité des animaux », explique-t-il. Toutefois, selon lui, face à cette situation, plusieurs territoires de chasse ont dû renforcer leurs investissements pour maintenir l’état du cheptel.
À l’échelle nationale, la filière de la chasse au cerf continue de produire environ 600 tonnes de viande rouge par an. « C’est à peu près le même volume chaque année », précise Julien Desvaux. Toutefois, il estime que le secteur pourrait accroître sa production avec davantage de soutien et d’investissements. « Si nous avions certaines aides pour développer les infrastructures et améliorer les pâturages, nous pourrions aller plus loin », souligne-t-il. Un avis partagé par Jean-François de Rosnay, qui indique qu’environ 600 tonnes de viande de cerf sont mises sur le marché chaque année. « Pour la saison 2026, les volumes devraient demeurer relativement stables, proches de la moyenne observée ces dernières années », dit-il.
Un sujet de préoccupation : la diminution du nombre de permis de chasse délivrés. Selon Julien Desvaux, cette situation risque d’avoir des conséquences sur le renouvellement de la communauté des chasseurs. « La viande de chasse est aujourd’hui en partie subventionnée par les chasseurs eux-mêmes. Ce sont les revenus générés par l’activité cynégétique qui nous permettent de proposer la viande à environ Rs 300 le kilo. Sans cela, elle pourrait coûter près du double », explique-t-il.
Jean-François de Rosnay abonde dans le même sens. « Il y a eu, il y a quelques années, une forte augmentation du coût du permis de chasse et du Firearm Licence. Les tarifs ont pratiquement doublé », affirme-t-il. Mais pour lui, c’est surtout la complexité administrative qui préoccupe les acteurs du secteur. « Le renouvellement des permis pour les nouveaux chasseurs ou pour ceux qui souhaitent remplacer leur fusil est devenu excessivement compliqué. Les démarches peuvent prendre des années », déplore-t-il.
Selon lui, la situation est d’autant plus difficile à comprendre lorsque le demandeur possède déjà un permis valide. Jean-François de Rosnay craint que ces contraintes administratives ne découragent progressivement les passionnés de chasse et la nouvelle génération. À ses yeux, cette problématique dépasse le simple cadre administratif, puisqu’elle touche directement l’avenir de la filière.
À deux semaines de la présentation du Budget national, les opérateurs espèrent des mesures susceptibles d’aider la filière, notamment en facilitant le recrutement de travailleurs étrangers. « Si nous pouvions faire venir davantage de main-d’œuvre de Madagascar, cela nous aiderait énormément », affirme Julien Desvaux. Il souhaite également un soutien concernant les intrants agricoles, dont les prix ont augmenté ces dernières années, selon lui.
Si les prévisions de production sont favorables, les opérateurs doivent néanmoins composer avec une augmentation continue des coûts. « Le diesel coûte plus cher, la main-d’œuvre aussi, les herbicides et les fertilisants également. Tout cela pèse fortement sur nos opérations », affirme Julien Desvaux. Malgré ces pressions, il indique que les prix de vente n’ont connu qu’une hausse limitée. « Nous avons augmenté nos tarifs de seulement 2 à 5 %. Nous sommes conscients que le pouvoir d’achat des consommateurs n’a pas beaucoup progressé », explique-t-il. Aujourd’hui, le prix de la carcasse de cerf varie entre Rs 295 et Rs 350 le kilo, selon les territoires de chasse et les volumes disponibles. Selon Jean-François de Rosnay, les gestionnaires de territoires de chasse subissent de plein fouet les effets de l’inflation mondiale. « Le fret, la nourriture pour les animaux, les fertilisants, les salaires… tout a augmenté. Aujourd’hui, la gestion d’un terrain de chasse est beaucoup plus coûteuse qu’auparavant », souligne-t-il. Cette hausse généralisée des dépenses risque d’avoir un impact direct sur les consommateurs. « La production devrait rester plus ou moins identique à celle des années précédentes, mais probablement à des prix plus élevés », estime-t-il.
| Morceau de venaison | Prix (en moyenne) |
| Cerf en entier (carcasse) | Rs 325 le kilo |
| Cuisseau (avec peau et os) | Rs 475 le kilo |
| Filet | Rs 450 le kilo |
| Épaule | Rs 350 le kilo |
| Côtes | Rs 325 le kilo |
| Cou | Rs 325 le kilo |
Note : Ce sont des prix indicatifs susceptibles de varier selon les territoires de chasse et les points de vente.