Magazine

À Saint-Ignace, Rose-Hill - Shyam Reedah : «On a bureaucratisé la misère»

Evenor Tillie et Shyam Reedah, tous deux engagés dans le « Mouvement 17 Octobre ».

Trop de procédures administratives, des cadres étrangers surpayés, des fees aux consultants ou autres rapports classés dans des tiroirs. Les mots de Shyam Reedah, président du Comité 17 Octobre et directeur de Terre de Paix, résonnent comme un réquisitoire contre la pauvreté. « Je ne suis pas pessimiste, mais je constate que la pauvreté ne recule pas. Le cas de Pratibha, cette femme qui dort sous un pont, me serre la gorge », a-t-il confié le mardi 11 septembre à la salle Saint-Ignace, à Rose-Hill. C’était dans le cadre des rencontres mensuelles Mauriciens, ensemble qui coïncident avec la Journée internationale du refus de la misère observée le 17 octobre et reconnue par les Nations unies en 1992. 

Invitée à l’événement, la section mauricienne d’ATD-Quart Monde (Atd- Agir tous pour la dignité), fondée en 1957 à Paris par le père Joseph Wresinski, inscrit sa philosophie et ses actions dans le droit fil du mouvement parisien, avec pour objectif de rendre la dignité aux pauvres. « Cette philosophie nous invite à sortir de la misère et de la pitié. La misère a été créée par les hommes et c’est à eux d’y apporter une réponse afin de l’éradiquer », fait ressortir Shyam Reedah. 

Alain Fanchon, d’ATD-Quart Monde, semble dire que l’engagement syndical dans lequel il a été engagé n’apporte pas toutes les réponses à la problématique de la misère. N’empêche que son mouvement fait aussi appel aux ressources de la Fédération du secteur privé dont il est membre, tout comme le centre Idrice Goomany, le Mouvement pour le progrès de Roches-Bois et le Service Volontaire International. Cette inclusion fait dire à Shyam Reedah que « chaque citoyen du monde peut corriger cette anomalie économique qu’est la misère ». 

Pour lui, il faut en finir avec le fatalisme ou le concept qui consiste à présenter les pauvres comme des victimes du développement. Evenor Tillie, militante à ATD-Quart Monde, a fait valoir que sa prise de conscience lui a permis de valoriser son travail comme laboureur dans les champs de canne. « Je ne cours pas après les millions. Je suis riche de la confiance de mes amis du Mouvement 17 Octobre. J’ai ressenti de la renaissance quand j’ai rejoint ce mouvement. Je me dis que je pouvais manz avek lamizer », confie-t-elle.