Sa maison totalement autonome depuis 9 ans - Vinesh Kunnee : «Je n’ai plus payé un sou d’électricité depuis 2017»
Par
Ajagen Koomalen Rungen
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Ajagen Koomalen Rungen
Avec la hausse des tarifs de l’électricité, de nombreux Mauriciens réfléchissent aujourd’hui à des alternatives pour mieux gérer leur consommation énergétique. Certains ont fait le choix du solaire depuis plusieurs années et constatent aujourd’hui les bénéfices de cet investissement. À Mahébourg, Vinesh Kunnee fait partie de ces particuliers qui ont transformé leur maison en espace totalement autonome grâce à l’énergie solaire. Entre économies, confort et mode de vie plus durable, il partage une expérience qui inspire de plus en plus de foyers mauriciens.
À 44 ans, Vinesh Kunnee vit à Mahébourg une réalité énergétique que beaucoup imaginent encore comme un futur lointain. Chez lui, la facture d’électricité appartient au passé. « Je n’ai plus payé un sou pour ma consommation d’électricité depuis 2017 », affirme-t-il avec une simplicité déconcertante. Son quotidien repose désormais sur une installation solaire qui alimente entièrement son foyer, sans rupture, sans restriction et surtout sans dépendance au réseau classique. Cette autonomie n’est pas le fruit du hasard. C’est le résultat d’une vision construite sur plusieurs années, mêlant réflexion personnelle, anticipation économique et choix techniques assumés.
L’histoire commence bien avant les panneaux solaires. Dès 2010, Vinesh Kunnee observe les transformations du monde et les fragilités du système énergétique global. « Quand il y a eu le flash crash des marchés mondiaux, j’ai commencé à réfléchir à la manière dont on consomme les ressources », raconte-t-il. À cette époque, il s’intéresse déjà aux énergies renouvelables, au recyclage et à l’autonomie alimentaire, sans pouvoir encore concrétiser ses idées.
Le déclic arrive en 2016, avec l’ouverture de programmes liés au solaire à Maurice. Il se tourne alors vers une entreprise spécialisée, qui l’accompagne dans toutes les démarches administratives et techniques. L’installation est finalisée en 2017, marquant le début d’une nouvelle vie énergétique. Le coût total s’élève à environ Rs 225 000, avec du matériel fabriqué en Allemagne. Une partie sera compensée par un avantage fiscal : « J’ai eu environ Rs 33 000 de remboursement de la MRA », précise-t-il.
Son installation repose sur 12 panneaux solaires couplés à un système de 3 kW. Une configuration pensée pour couvrir l’ensemble des besoins domestiques. « Je produis entre 400 et 450 kWh par mois selon le soleil. À Mahébourg, l’ensoleillement est très favorable », explique-t-il. Même lorsque les conditions météo sont moins bonnes, le système reste performant. « Avec la technologie allemande, même sous la pluie, ça continue à produire », souligne-t-il. Cette régularité permet à son foyer de fonctionner sans interruption énergétique, tout en optimisant la production selon les saisons.
À ses débuts, le dispositif de compensation avec la CEB fonctionne sous forme de crédit énergétique. « On appelait ça un bank system. On avait un opening bank et un closing bank chaque mois », explique-t-il. L’électricité produite en surplus est stockée sous forme de crédit, utilisée plus tard en cas de consommation supérieure. Cette gestion lui permet d’accumuler des réserves importantes. « En hiver, ma bank dépasse parfois les 5 000 kWh. En été, j’utilise davantage les climatiseurs pour équilibrer », dit-il. Cette logique transforme sa consommation en véritable stratégie énergétique.
Aujourd’hui, toute sa maison fonctionne grâce à cette énergie. Le confort n’a pas été sacrifié, bien au contraire. « Chez moi, tout tourne au solaire : deux télévisions, six climatiseurs, trois réfrigérateurs, deux micro-ondes, rice cooker… tout est alimenté par le soleil », explique-t-il. Même les déplacements suivent cette logique. Il a investi dans deux scooters électriques utilisés quotidiennement avec sa fille à Mahébourg. « On va à la boulangerie, au bazar, à la pharmacie, à la mer… et on recharge avec le solaire », ajoute-t-il.
L’autonomie dépasse ainsi le cadre de la maison pour s’étendre à la mobilité quotidienne.
Le résultat est spectaculaire. Depuis 2017, Vinesh Kunnee ne paie plus sa consommation électrique. « Zéro roupie depuis neuf ans », résume-t-il. Seules subsistent les charges fixes mensuelles : environ Rs 559 comprenant la location du compteur, les frais minimum et la TV licence. « C’est symbolique comparé à une facture normale », dit-il.
Cette stabilité financière est l’un des piliers de son choix énergétique.
Son modèle repose sur une utilisation flexible de la production. En hiver, il accumule du surplus, tandis qu’en été, il consomme davantage pour équilibrer son système. « Je n’économise pas l’énergie, je l’organise », explique-t-il.
Avec six climatiseurs dans la maison, le confort reste total. « On vit normalement, sans restriction. Ma femme a même installé un climatiseur dans la cuisine et le salon », raconte-t-il.
Pour lui, l’énergie solaire n’est pas une limitation mais une liberté.
Son engagement s’enracine dans une vision globale des ressources. « Dès 2010, je voyais que le monde allait vers des crises énergétiques », explique-t-il. À l’époque, les solutions restent encore peu accessibles, mais les idées sont déjà présentes. Ce n’est qu’avec les politiques de soutien et les acteurs privés que son projet devient possible. Son parcours illustre ainsi la transition progressive vers les énergies renouvelables à Maurice.
Aujourd’hui, Vinesh Kunnee encourage activement cette transition. « Le soleil est une richesse gratuite à Maurice », affirme-t-il. Selon lui, les aides existantes rendent l’investissement encore plus accessible : « Avec la MRA, on peut obtenir des remboursements fiscaux. Il y a aussi des facilités de financement pour les énergies durables ».
Son message est clair : la dépendance énergétique n’est pas une fatalité. « Maurice peut produire sa propre énergie si chacun fait un effort », insiste-t-il.
Son mode de vie s’étend aussi à l’alimentation. Dans son jardin, il cultive ses propres fruits et légumes. « Mo prodwir mo legim ek frwi 100 % bio kot mwa », explique-t-il.
Sans produits chimiques ni logique de production industrielle, il adopte une agriculture simple et naturelle. Cette démarche complète sa logique énergétique : produire localement, consommer intelligemment et réduire les dépendances.
Au fil des années, Vinesh Kunnee a construit une vision globale de l’autonomie. Énergie, alimentation, mobilité : tout converge vers une même logique. « L’objectif n’est pas le luxe, mais la maîtrise de ce que nous consommons », résume-t-il.
Dans un contexte où les coûts de l’énergie augmentent et où les débats sur la durabilité s’intensifient, son expérience apparaît comme une alternative concrète déjà en marche.
Pour lui, tout se résume à une phrase : « Le soleil m’a rendu libre ». Libre de ses factures, libre de ses choix, mais surtout libre d’un système dont il a su se détacher progressivement. À Mahébourg, son foyer fonctionne aujourd’hui comme un laboratoire silencieux de transition énergétique.
Sans discours théorique, sans posture militante excessive, Vinesh Kunnee incarne une réalité simple : celle d’un homme qui a choisi de transformer une idée en mode de vie durable.
Même si l’installation de panneaux solaires représente un coût initial important, de nombreux utilisateurs considèrent cet investissement comme rentable sur le long terme. Entre économies sur les factures, aides fiscales et production d’énergie pour le quotidien, le solaire séduit progressivement des Mauriciens souhaitant adopter un mode de vie plus autonome et durable.