Rs 10,6 milliards en jeu : le dossier Chagos suspendu à l’évolution politique au Royaume-Uni
Par
Christina Vilbrin
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Christina Vilbrin
La démission du Premier ministre britannique sir Keir Starmer, le lundi 22 juin, ravive les incertitudes autour du dossier Chagos. Une situation d’autant plus sensible que le gouvernement mauricien a inscrit dans son Budget 2026-2027 une enveloppe estimée à Rs 10,6 milliards liée à ce dossier.
Confronté à une impopularité croissante, Keir Starmer a quitté ses fonctions de Premier ministre et de chef du Parti travailliste lundi. Le Travailliste Andy Burnham apparaît désormais parmi les principaux candidats pour lui succéder à Downing Street. Ce changement à la tête du gouvernement britannique pourrait-il influencer l’accord relatif aux Chagos ?
Pas nécessairement, selon l’Attorney General Gavin Glover. « Il s’agit d’une évolution que Maurice suit de près mais qui ne modifie ni nos droits ni notre position. (...) La souveraineté de Maurice sur l’archipel des Chagos ne dépend pas de la bienveillance d’un quelconque dirigeant britannique. » L’Attorney General reconnaît néanmoins qu’« une période de changement politique peut ralentir davantage » la ratification de l’accord.
« Nous dialoguerons avec la nouvelle administration dans le même esprit diplomatique et attendons que les engagements pris par le Royaume-Uni soient pleinement honorés », souligne-t-il.
Toutefois, les observateurs appellent à la prudence pour savoir ce qu’il en résultera vraiment. « Keir Starmer voulait faire un petit ‘move’ en faveur de Maurice, mais tout ne dépend pas uniquement de Londres. Les États-Unis, notamment Donald Trump, ont également leur mot à dire. Il faudra attendre de voir qui succédera à Keir Starmer et quelle sera sa position. Il faudra aussi surveiller l’évolution des discussions internationales et de l’accord entre l’Iran et les États-Unis, car Diego Garcia est une base militaire stratégique », souligne le diplomate Assad Bhuglah.
Au-delà des enjeux de souveraineté, le dossier des Chagos pourrait également avoir des répercussions sur les finances publiques de Maurice. Cette année déjà, le pays a enregistré un manque à gagner de Rs 10 milliards dans le Budget. Pour l’économiste Dr Chandan Jankee, le risque d’une situation similaire n’est pas écarté, puisque le gouvernement a inscrit Rs 10,6 milliards au titre de ce dossier pour l’exercice 2026-2027.
Selon lui, cette inscription budgétaire vise notamment à réduire le déficit public. « Il s’agit d’un montage budgétaire destiné à ramener le déficit à 3,7 % du PIB. Cela traduit également une stratégie du gouvernement qui souhaite considérer ces fonds comme définitivement acquis », explique-t-il.
Pour l’économiste, le changement de leadership à Londres pourrait, cependant, affaiblir les négociations. « Nous n’avons aucune certitude quant au versement de ces fonds, tout comme nous n’avons pas la certitude inverse. Nous ne pouvons qu’espérer que le gouvernement britannique respectera ses engagements », conclut-il.
2025-2026
Navin Ramgoolam, Premier ministre : « La signature d’un accord entre Maurice et le Royaume-Uni concernant l’archipel des Chagos a constitué une étape diplomatique majeure en 2025. En vertu de cet accord, le Royaume-Uni reconnaît la souveraineté de Maurice sur l’ensemble de l’archipel des Chagos, y compris Diego Garcia. Dans l’attente de l’achèvement des procédures nécessaires au Royaume-Uni pour la ratification de l’accord, le gouvernement mauricien réaffirme que l’archipel des Chagos fait partie intégrante du territoire mauricien et l’a toujours été… En raison du retard pris par le gouvernement britannique dans la ratification de l’accord, il nous manque environ Rs 10 milliards dans ce Budget. Je suis toutefois convaincu qu’une solution finale sera bientôt trouvée. »
*Extraits du discours du Budget