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Roshi Bhadain : «Le gouvernement doit commencer à gouverner»

Par Kinsley David
Publié le: 16 May 2026 à 10:08
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Roshi Bhadain

Roshi Bhadain était l’invité d’Ashna Nuckcheddy-Rabot dans l’émission « Au Cœur de l’Info », vendredi, sur Radio Plus. Le leader du Reform Party a livré une analyse contre la gouvernance actuelle, dénonçant un manque de leadership, l’absence de réformes structurelles et un modèle économique qui ne produit plus de résultats tangibles pour la population.

Roshi Bhadain estime que le pays ne souffre pas uniquement d’un problème budgétaire, mais d’un dysfonctionnement plus profond du système économique.

Roshi Bhadain s’est d’abord attardé sur le débat entourant la dette publique et la masse monétaire, estimant que certaines lectures économiques simplifient à l’excès une réalité bien plus complexe. « Il est erroné de faire croire qu’il s’agit simplement d’argent imprimé pour financer la dette du gouvernement. Une économie fonctionne à travers des mécanismes plus larges, avec la circulation monétaire, les banques, les obligations d’État et plusieurs autres paramètres », a-t-il expliqué.

Selon lui, le véritable problème ne réside pas uniquement dans le volume de la dette, mais dans l’absence de retour économique concret. Il a ainsi retracé l’évolution de l’endettement public sur deux décennies : Rs 105 milliards en 2005, Rs 225 milliards en 2014, puis environ Rs 625 milliards en 2024. « Une dette peut se justifier si elle finance du développement, crée de l’activité économique, génère de futures recettes et améliore durablement le pays. Mais si vous vous endettez sans transformer l’économie, alors vous créez un problème structurel », a-t-il soutenu.

Pour Roshi Bhadain, Maurice fait aujourd’hui face à une contradiction majeure : une dette en forte progression, sans croissance économique proportionnelle. « Depuis 20 ans, on emprunte, on dépense, on construit. Mais est-ce que cela a réellement transformé l’économie ? Est-ce que cela a créé suffisamment d’emplois ? Est-ce que le niveau de vie s’est amélioré à la hauteur des sommes engagées ? » a-t-il demandé.

L’ancien ministre s’est également attaqué à la question de l’emploi et au recours croissant à la main-d’œuvre étrangère, qu’il considère comme le symptôme d’une incapacité à structurer efficacement le marché du travail local. « On veut faire croire qu’il n’y a pas de Mauriciens pour faire certains métiers. Ce n’est pas vrai. Dire que les Mauriciens ne veulent pas travailler est une excuse », a-t-il lancé.

Selon lui, le véritable enjeu est moins la disponibilité de la main-d’œuvre que les conditions proposées et l’absence d’une stratégie cohérente pour intégrer les Mauriciens dans certains secteurs. Il cite notamment l’agriculture, le manufacturing ou encore les services, estimant que des réformes ciblées pourraient encourager davantage de jeunes à s’y engager.

Dans cette optique, Roshi Bhadain plaide pour un accompagnement renforcé de l’entrepreneuriat. « Si on donne aux jeunes les moyens d’entreprendre, de bâtir leur propre activité, la réponse sera différente », a-t-il affirmé.

Parmi les pistes avancées : la création d’une Youth Entrepreneurs Support Team, d’un fonds d’investissement dédié aux jeunes entrepreneurs, ainsi que la mise en place de mécanismes de crowdfunding et d’angel investors. Il propose également de mobiliser de jeunes professionnels dans les domaines de la finance, de la comptabilité, de l’administration ou du juridique afin d’accompagner les nouvelles entreprises.

Avec la flambée des prix dans les supermarchés et la pression croissante sur le pouvoir d’achat, Roshi Bhadain estime que le gouvernement ne peut continuer à se retrancher derrière l’héritage économique laissé par l’ancien régime ou les contraintes imposées par les institutions internationales. « À un certain moment, il faut arrêter de blâmer ceux qui étaient là avant. Le gouvernement doit commencer à gouverner. Quand on demande un mandat pour gouverner, on accepte la responsabilité qui vient avec », a-t-il déclaré.

Sur la question de Moody’s et de la crédibilité financière du pays, Roshi Bhadain reconnaît l’importance de préserver la confiance des investisseurs et la stabilité économique. Mais il rejette l’idée d’une gouvernance paralysée par cette seule contrainte. « Oui, la crédibilité économique compte. Mais on ne peut pas utiliser cet argument comme excuse permanente sans mettre en place les réformes qu’il faut », a-t-il soutenu.

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