Des chemins poussiéreux de Plaine-Magnien aux champs de cannes, jusqu’à l’Assemblée nationale : Roshan Jhummun, député du PTr, retrace son parcours fait de labeur, de renoncements et de la foi inébranlable dans l’éducation comme seul escalier vers la dignité.
Un petit garçon courant pieds nus dans les chemins poussiéreux de Plaine-Magnien, un ballon usé entre les pieds. C’est l’image que Roshan Jhummun garde de son enfance, celle d’un enfant qui jouait au football dans les ruelles entre deux journées dans les champs de canne. Aujourd’hui député du Parti travailliste (PTr) dans la circonscription n˚13 (Rivière-des-Anguilles/Souillac), il confie sans détour : « Je viens de loin. »
Cinquième d’une fratrie de huit enfants, il grandit dans une petite maison de deux chambres contenant six lits pour loger toute la famille. Ses parents, tous deux laboureurs, travaillaient du matin au soir pour nourrir leurs enfants. « Nous n’avions rien. La pauvreté était partout, mais la solidarité aussi », raconte-t-il.
Il se souvient du mariage de sa sœur, où il s’était rendu pieds nus, en short et T-shirt : « Je n’avais même pas une paire de chaussures. Mais je n’avais pas honte. J’étais un enfant heureux, rempli d’espoir. » Il n’y avait même pas une table à la maison. Il faisait ses devoirs sur son lit. Dès son plus jeune âge, il rejoint ses parents dans les champs : planter, couper, nettoyer les terrains. « Le travail de la terre m’a forgé. Il m’a appris la persévérance. »
Je savais que si je voulais changer ma vie, je devais être premier en classe. Pas deuxième.»
Le football reste son échappatoire. Il joue dans les terrains vagues, rêvant d’autres horizons. Grand passionné de Liverpool FC, il garde de cette époque une philosophie : « Avec Liverpool, j’ai appris qu’une équipe peut tomber, mais se relever plus forte. C’est un peu ma philosophie de vie. »
Très tôt, il comprend que l’éducation sera sa seule porte de sortie. « Je savais que si je voulais changer ma vie, je devais être premier en classe. Pas deuxième. Je savais que l’éducation serait mon escalier vers la dignité. » Au collège Imperial, il accumule les bons résultats : le School Certificate d’abord, puis d’excellents résultats au Higher School Certificate. Son recteur, M. Boodhoo, joue un rôle formateur dans son parcours.
« Si je suis là où je suis aujourd’hui, c’est aussi grâce à M. Boodhoo. Il m’a vu, il a cru en moi. » Ses performances impressionnent au point que le collège lui offre un poste d’enseignant à seulement 18 ans. Il enseigne l’économie, les mathématiques et l’Additional maths. « Je n’avais que 18 ans, mais j’aimais déjà transmettre. » Après trois ans d’enseignement, il part en Inde par ses propres moyens et décroche un diplôme en économie. Par la suite, il obtient une bourse pour un MBA à Bangalore University.
Mais le destin en décide autrement. À peine quelques mois après, son père décède. Roshan Jhummun doit choisir entre poursuivre son rêve ou rester auprès des siens. Il choisit sa famille. « Je ne pouvais pas laisser ma mère seule. C’est elle mon pilier. Ma force. » Il renonce à la bourse. « Les études peuvent attendre. Une mère, non. »
Personne ne m’a rien donné. J’ai travaillé pour tout.»
De retour à Maurice, il intègre le collège Imperial puis des collèges d’État comme enseignant d’économie. Ce renoncement ne l’empêche pas de poursuivre ses études en parallèle. Il obtient deux MBA : l’un en Marketing à l’Université de Maurice, l’autre en Education Leadership. « J’aime apprendre. Et j’aime encore plus transmettre. »
Dans ses classes, plusieurs élèves obtiennent de bons résultats. Un cas le marque particulièrement : « Un élève avait obtenu 9 en économie la première année. Je l’ai travaillé, transformé. L’année suivante, il a décroché un Grade 1. J’ai compris qu’il n’y a pas d’enfants incapables, seulement des enfants qui attendent qu’on croie en eux. »
C’est en 2002, à Curepipe, qu’il rencontre Nishi. Ils se marient deux ans plus tard et fondent une famille avec deux enfants, une fille et un garçon. « Nishi est ma lumière. Elle m’a accompagné dans toutes mes batailles. » Avec son salaire d’enseignant, il bâtit progressivement sa vie : sa maison, ses voitures. « Personne ne m’a rien donné. J’ai travaillé pour tout. Et je n’oublierai jamais d’où je viens. » Sa mère reste au centre de sa reconnaissance : « Ma mère est mon héroïne. C’est pour elle que je me dépasse. »
L’engagement politique vient plus tard, mais trouve ses racines dans une rencontre précoce. À 16 ans, Roshan Jhummun croise Navin Ramgoolam à Plaine-Magnien, avant même que ce dernier n’entre en politique. Il garde précieusement la photo de ce moment. « Il n’était pas encore en politique, mais je ressentais déjà sa force. » Lorsque Navin Ramgoolam se lance, Roshan Jhummun le suit naturellement.
Aux dernières élections, il obtient une investiture dans la circonscription n˚13 et remporte le siège de député. « Servir la circonscription qui m’a vu naître, c’est un honneur que je mesure chaque jour. » Il se veut proche du terrain, auprès des familles, des jeunes, des personnes vulnérables. « La politique doit soulager, sinon elle ne sert à rien. »
Malgré ses nouvelles responsabilités, il n’abandonne pas l’enseignement. Il continue à donner des leçons d’économie. « Quand j’enseigne, je reste connecté à la jeunesse. Et c’est elle qui fera Maurice demain. »
De l’enfant pieds nus au député, son parcours témoigne d’une mobilité sociale rendue possible par l’éducation, le travail et les renoncements. « Je suis un produit de la foi qu’on a eue en moi. » Il le répète : « Je viens de très loin, mais chaque pas en valait la peine. »
Ses passions
En dehors de l’enseignement, Roshan Jhummun cultive d’autres passions. Il dévore Paulo Coelho et Robin Sharma. « Ces livres m’ont appris la patience, la résilience, la foi en soi. » Il cuisine volontiers, notamment son plat préféré, le « briyani agneau ». « La cuisine est une autre forme de créativité. Ça me détend. » Dans son jardin qu’il a conçu lui-même, il s’occupe de son bassin de poissons koi. « Voir quelque chose pousser grâce à vos soins… c’est magique. »
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