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Roshaan Kulpoo, président de United Pay Ltd : «Utiliser le terme de ‘budget difficile’ aide à faire accepter»

Par Le Défi Quotidien
Publié le: 23 mars 2026 à 11:04
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Roshaan Kulpoo

Quelle lecture faites-vous des propos du Premier ministre concernant le budget 2026-27 ?
Il faut un ministre des Finances permanent qui soit compétent et crédible et non un Premier ministre qui doit trouver du temps pour donner de l’attention aux Finances du pays. Il est trop facile de dire que le prochain budget sera difficile. Il faut donner des exemples et faire comprendre à quel niveau ce sera difficile. Certes, il y a les implications de la guerre en cours, mais gouverner, c’est prévoir. 

La situation économique actuelle est-elle inquiétante ?
Les vraies difficultés économiques concernent une dette publique très élevée, soit environ 90 % du PIB. C’est énorme pour un petit pays comme Maurice. Une grosse partie du budget sert à rembourser la dette et les intérêts. Par conséquent, il y a moins d’argent disponible pour la population. Le pays compte également un déficit budgétaire important, soit jusqu’à 9,8 % du PIB récemment. Ce qui veut dire que le pays dépense beaucoup plus qu’il ne gagne. Il faut donc faire un choix entre augmenter les taxes ou réduire les dépenses. 

À cela s’ajoutent la pression internationale et l’inflation. Les prix des produits importés (pétrole, nourriture) restent instables et l’incertitude mondiale autour de la guerre et du commerce persiste. Maurice dépend énormément des importations et est donc très vulnérable. 

Nous avons également un problème structurel moins visible, mais très important. Il s’agit de la population vieillissante et des dépenses sociales élevées, (soit plus de 30 % du budget). Il y a de ce fait, une pression constante sur les finances publiques. L’aspect politique entre en jeu lorsqu’il faut justifier les nouvelles taxes.

Le tableau que vous avez dressé justifie donc un budget difficile, voire d’austérité ?
Utiliser le terme de « budget difficile » aide à faire accepter des mesures impopulaires. C’est une sorte de préparation à l’austérité. Le discours officiel insiste sur la réforme, la discipline budgétaire et l’équité fiscale. En d’autres mots, cela veut tout simplement dire moins de cadeaux et plus de rigueur. 

Le budget 2025-26 devait marquer un changement passant de dépenses sociales et relance à la réduction du déficit et la mise en place de réformes. Le qualificatif de « budget difficile » sert aussi à montrer une rupture avec l’ancien modèle. 

Toutefois, il convient de souligner que le gouvernement est coincé entre trois forces que sont la population, l’économie et les investisseurs internationaux. Par ailleurs, la situation difficile est aujourd’hui uniquement un prétexte, car elle est aussi utilisée politiquement pour faire passer des décisions impopulaires. Nous sommes arrivés à une fin de cycle économique et personne n’a l’audace et le courage « to  think out of the box ». 

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