Riz ration et farine - Enquête de la STC : des denrées subventionnées revendues illégalement aux Comores
Par
Patrick Hilbert
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Patrick Hilbert
La State Trading Corporation (STC) a ouvert, il y a environ un mois, une enquête interne portant sur une fraude d’ampleur impliquant le riz ration et la farine importés par l’organisme public et revendus à des prix fortement subventionnés. Selon des informations concordantes, une partie de ces denrées aurait été détournée de leur circuit normal de distribution pour être écoulée illégalement, notamment à l’étranger. Au centre des soupçons : un des principaux distributeurs de produits de la STC.
D’après une source sûre au sein de la STC, les premières constatations ont révélé que des produits subventionnés se retrouvaient en vente aux Comores. « Nous avons en effet découvert que nos produits, qui sont subventionnés, se sont retrouvés aux Comores en vente. Nous avons donc ouvert une enquête pour mieux comprendre ce qui s’est passé et depuis combien de temps ce business se déroule. Il faut noter que ce genre de pratique est un délit », indique cette source. Les investigations ont également permis d’établir que ces pratiques ne sont pas récentes. « Notre enquête a démontré que cela se faisait déjà depuis assez longtemps », ajoute-t-on. L’affaire sera en temps et lieu référée à la police.
Les soupçons se portent en particulier sur un important acheteur et distributeur opérant sur le marché local, qui se serait procuré de grandes quantités de riz et de farine subventionnés auprès de la STC avant d’en revendre une partie hors du pays, en contournant les mécanismes de contrôle. Ces produits, destinés à soutenir le pouvoir d’achat des ménages mauriciens, auraient ainsi alimenté un circuit parallèle lucratif.
Par ailleurs, l’enquête a mis en lumière d’autres irrégularités au niveau local. Certains distributeurs auraient revendu ces produits subventionnés à des restaurants et à des établissements hôteliers. Une telle pratique est également contraire à la réglementation en vigueur, les denrées concernées étant strictement destinées à la consommation des ménages et non à un usage commercial.
Face à ces dérives, une première série de mesures a déjà été engagée. Des actions ont été prises à l’encontre de certains distributeurs identifiés, dans le but de mettre un terme à ces pratiques et de rétablir le fonctionnement normal du marché. Selon la STC, ces agissements ont eu des répercussions directes sur la chaîne d’approvisionnement. « Cette pratique provoquait des perturbations sur le marché », souligne la même source.
Ces perturbations sont perceptibles depuis plusieurs jours par les consommateurs. Dans certains supermarchés, le riz ration et la farine subventionnée sont temporairement indisponibles, tandis que d’autres points de vente continuent d’en proposer. Cette disparité s’expliquerait en partie par les détournements constatés et les mesures prises, qui ont réduit les volumes effectivement livrés aux commerces, malgré des achats initiaux importants auprès de la STC.
Afin de reprendre le contrôle de la situation, la STC a décidé de modifier temporairement son mode opératoire. « Depuis la semaine dernière, nous assurons nous-mêmes la distribution de nos produits », indique-t-on. Cette mesure vise à garantir que les denrées atteignent effectivement les détaillants et, in fine, les consommateurs.
L’organisme public se veut toutefois rassurant quant à la disponibilité globale des stocks. Il insiste sur le fait qu’il n’existe aucune pénurie de riz ration ni de farine à l’échelle nationale. « Nos entrepôts sont remplis », confirme-t-on à la STC. Le problème identifié concerne exclusivement la distribution, actuellement en cours de réorganisation. La STC affirme que la situation devrait être rétablie dans un délai rapproché.
Dans cette optique, environ 70 camionneurs sont actuellement enregistrés auprès de la STC pour assurer les livraisons à travers l’île. L’institution invite les commerçants confrontés à des difficultés d’approvisionnement à entrer directement en contact avec ses services. Ils pourront ainsi être mis en relation avec ces transporteurs afin d’organiser la livraison des produits.
L’enquête se poursuit afin de déterminer l’étendue exacte du réseau impliqué et d’identifier l’ensemble des acteurs concernés. Les autorités n’excluent pas d’éventuelles poursuites, compte tenu du caractère pénal des infractions présumées. Cette affaire met en lumière les vulnérabilités du système de distribution des produits subventionnés et relance la question des mécanismes de contrôle nécessaires pour garantir que ces aides bénéficient effectivement aux consommateurs visés.