Interview

Rita Venkatasawmy : «Il ne faut plus embaucher n’importe qui dans les shelters»

Rita Venkatasawmy Rita Venkatasawmy, l’Ombudsperson for Children

Si elle affirme qu’après son enquête, elle n’hésitera pas à remettre les pendules à l’heure dans les shelters, l’Ombudsperson for Children, Rita Venkatasawmy est d’avis qu’il n’est plus question de recruter n’importe qui dans les abris, surtout ceux qui n’ont aucune formation.

Comment s’explique cette rébellion des enfants et de nos ados ? Est-ce le Printemps des jeunes ?
Il faut comprendre une chose : l’adolescence est un cycle de la vie où on se rebelle. Il y a aussi le cycle des enfants qui disent non aux parents. C’est tout à fait dans la normale des choses de la vie. Le contraire aurait étonné. Il incombe aux parents d’éduquer leurs enfants, de leur inculquer des valeurs. Non pas de les forcer, mais d’avoir la diplomatie d’expliquer, de parler, de dialoguer.

Il y a des enfants et des ados qui refusent de comprendre, qui ne veulent pas dialoguer, qui s’enferment dans leur coquille. Que faire, les cadenasser, les enfermer, les envoyer dans un ‘shelter’ ?
Il y a nuance, il faut bien le comprendre. Si un enfant devient rebelle et est en conflit direct avec la loi du pays, il n’est pas conduit dans un ‘shelter’, mais il risque d’être conduit au Rehabilitation Youth Centre (RYC).

Là-bas, l’enfant est censé être réhabilité, qu’il redevienne un petit mouton tout doux, ou alors risque-t-il de devenir plus rebelle qu’il ne l’était avant son insertion ?
Un centre de réhabilitation est fait pour rééduquer un enfant dit rebelle, en marge de la société et hors du contrôle parental. Il faut reconnaître qu’il y a un effet de groupe et souvent il y a un ‘peer pressure’ qui a un effet négatif sur le groupe. Car, il ne faut pas négliger le fait que chaque enfant a son profil et son caractère propre.

La perception veut que les officiers qui sont attachés à des shelters ne connaissent en rien la psychologie d’un enfant ou d’un ado. Où le bât blesse-t-il ?
Pour ce qui est des shelters, il est impératif que les officiers qui y sont attachés aient une profonde connaissance de l’enfant. Il faut une bonne équipe formée avec un bon leader et des infrastructures adéquates.

Les enfants ne sont-ils pas entassés dans ces shelters ?
Idéalement, dans chaque shelter, il faudrait avoir pas plus de 15 enfants, ce qui n’est pas le cas actuellement. Ces enfants, quand ils sont entassés deviennent imperturbables et ce n’est pas de leur faute.

Y a-t-il un contrôle rigoureux d’un ‘apec body’ autre que la CDU ?
Il y a un contrôle, mais pas assez.

Pourquoi ? Est-ce du laxisme ?
Il n’y a pas suffisamment d’officiers. Puis, pour superviser un shelter, il faut de la formation très poussée.

Est-ce que cela existe ici, y a-t-il un programme établi et les institutions qui offrent ces formations ?
À Maurice, on a les instances, comme l’Université de Maurice, le Mauritius Institute of Education, on a des formateurs compétents. Pour les shelters, il ne suffit pas d’avoir de bonnes intentions, il faut de la formation. Mon bureau travaille sur un programme de formation pour les officiers. Sinon, on risque d’avoir les mêmes problèmes qu’on a vécus jusqu’ici.

Il faut reconnaître que les ministres qui ont été à la tête du ministère de tutelle ont chacun apporté sa contribution comme elles le pouvaient, mais le problème reste presque entier…
Je connais les trois dernières ministres sont: Aurore Perraud, Fazila Daureeawoo et Roubina Jaddoo-Jaunbocus et chacune d’elles a eu une volonté réelle pour faire améliorer les choses. L’intervention de l’actuelle ministre concernant la Vedic Social Organisation où elle a fait évacuer des inmates après des informations contraignantes.

Qu’est-ce qui cloche alors ?
Il manque cruellement un cadre légal plus serré. Il faut un screening of assessment et il faut surtout limiter le nombre d’inmates dans les shelters. Il y a une surpopulation.

Soyons francs : les officiers affectés dans les shelters sont des petits copains politiques, sans formation aucune…
Je ne peux me prononcer sur l’embauche des officiers, ce n’est pas de mon ressort, je dois être apolitique de par mon poste. L’amour d’un enfant ne suffit pas. Je l’admets, il ne faut plus embaucher n’importe qui dans les shelters. D’ailleurs, je le mentionne dans mon dernier rapport pour tout ce qui touche à la formation et à l’embauche des ‘carers’. « Too often, carers are made to believe that love, combined with parenting skills and common sense, would be enough to work with and look after children. This is a myth », ai-je écrit.

Mais encore ?
Il y a le fait que les enfants n’ont pas un suivi médical et psychologique, il n’y a aucun dossier traitant ces deux aspects qui sont importants pour les carers, car cela aide à mieux comprendre le comportement de l’enfant et de mieux le traiter et cela permet d’avoir une meilleure approche qui apportera des résultats positifs. Dans le rapport, référence est faite d’un ‘carer’ qui dit qu’elle ne sait pas comment gérer le comportement d’un enfant en l’absence d’un dossier sur lui.

Quand vous dites que les shelters sont surpeuplés, il faudrait en créer d’autres, n’est-ce pas ?
Effectivement, je suis pour une population de pas plus d’une quinzaine d’enfants dans un shelter. Il faudra en créer d'autres si besoin.

Vous avez un appel personnel à faire ?
Des enfants qui n’ont pas la chance d’être dans leurs familles ont le droit d’être protégés par les autorités. Il nous manque un cadre juridique plus adapté aux besoins de ces enfants-là. Puis, ceux qui ne sont pas formés pour être des carers, qui n’ont pas l’engagement pour militer pour les enfants, n’ont pas le droit de travailler avec des enfants. Qu’ils aillent faire autre chose. De toutes les façons, le bureau de l’Ombudsperson mène une enquête approfondie et indépendante.

Et s’il faut taper sur les doigts, seriez-vous prête à appeler un chat un chat ?
Je vais appeler un chat un chat.