Révélations après le 12 mars de Paul Bérenger - Sheila Bunwaree : «Pas une perte pour le pays mais pour le MMM»

Par Jean-Marie St Cyr
Publié le: 9 mars 2026 à 11:00
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Paul Bérenger.

Après sa conférence de presse du 7 mars, le DPM Paul Bérenger agite une nouvelle fois la classe politique. Révélations promises, solidarité gouvernementale invoquée, suspense entretenu : observateurs et sociologue jugent sévèrement ce qu’ils qualifient de « cinéma ».

La marmite politique est à nouveau en ébullition. À l’issue de la réunion du comité central du Mouvement militant mauricien (MMM) le samedi 7 mars, le Premier ministre adjoint et leader du parti, Paul Bérenger, a semé le trouble en laissant entendre qu’en tant que membre du gouvernement, il y a des choses qu’il ne peut pas dire.

Invoquant la solidarité gouvernementale et la visite imminente du président des Seychelles dans le cadre des célébrations de l’indépendance et de la République de Maurice, il a promis de faire des révélations après le départ de ce dernier. Des propos qui laissent peu de place au doute : soit un mini-remaniement ministériel avec la révocation de Richard Duval comme ministre du Tourisme, soit le départ pur et simple du MMM du gouvernement.

C’est d’ailleurs ce que relève, avec une ironie assumée, le journaliste et observateur Yvan Martial. Habitué aux gesticulations du leader des Mauves, il explique avoir beaucoup de respect pour un gouverneur anglais dont les initiales étaient A. B. Phayre, ajoutant que c’était là le gouvernement « a pe fer », alors que le pays n’a eu que des gouvernements « nou pou fer ». Ce qui, selon lui, laisse de la place à beaucoup de considérations.

Yvan Martial connaît Paul Bérenger comme étant habilité à annoncer qu’il va jeter une bombe, mais celle-ci ne vient jamais — ou alors, ce n’est qu’une « bombe fusette » qui peut parfois avoir un effet boomerang. « J’attends que la bombe éclate après les célébrations du 12 mars », dit-il, précisant que selon les indications, ce sera à l’issue de la conférence de presse du 16 mars. Ce qui risque d’apporter une nouvelle configuration au sein de l’hémicycle lors de la reprise des travaux parlementaires le 17 mars à 11 h 30.

Selon Yvan Martial, la « bombe » pourrait être lâchée au Parlement — mais là encore, il considère que ce sera un non-événement, car Paul Bérenger a déjà annoncé des révélations décisives sans que rien ne se passe. Quant au départ du MMM du gouvernement, il ironise : « Les plus gros ballons sont ceux qui pètent le plus vite. Un ballon à demi-gonflé a peu de chances d’éclater. » Pour lui, ce qui a été dit jusqu’à présent ne sont que des « promesses » : « Nous savons tous ce que valent une promesse ministérielle et les parlementaires », fait-il remarquer.

Kan pwalon so, li prefer sove

Du côté de l’universitaire et sociologue Sheila Bunwaree, le ton est tout aussi sévère. Elle rappelle d’emblée que ce n’est pas la première fois que le DPM organise une conférence de presse quelques jours avant la visite d’un chef d’État.

« Beaucoup de Mauriciens en ont marre du cinéma de PRB », dit-elle. Elle déplore également le manège des révélations annoncées : « Si Paul Bérenger a des choses à dire, pourquoi créer le suspense ? Ce n’est certainement pas de cette façon que les choses pourront avancer dans la bonne direction. »

Pour la sociologue, le comportement de Bérenger suit un schéma bien connu. « À chaque fois qu’il est dans un gouvernement, il fait tout pour en sortir. Il n’est jamais satisfait de la façon dont les dossiers sont gérés, de la façon dont on nomme des personnes à la tête des institutions, à moins que ce soit un des siens », fait-elle remarquer — soulignant au passage que le MMM avait, lui aussi, promis la méritocratie. Selon elle, Paul Bérenger n’a jamais su agir en homme de gouvernement : « Il semble ne pas comprendre les nuances entre le poste de DPM, d’homme d’État et de leader de parti. Comme ce n’est pas facile d’attaquer ses collègues au Parlement ou de critiquer le gouvernement, il le fait en dehors. »

Sa lecture de la situation est claire : Bérenger cherche à partir pour ne pas subir les critiques de sa base électorale. « Kan pwalon so, li prefer sove », résume-t-elle. Et si telle est son intention, elle lui conseille d’agir sans détour : « S’il veut quitter le gouvernement pour aller s’asseoir encore une fois dans l’opposition, qu’il le fasse. Il fait tout pour avoir la bénédiction de son comité central et de l’assemblée des délégués. » Elle ajoute que de nombreux Mauriciens attendent ce départ avec impatience. « Ce ne sera pas une perte pour le pays, mais beaucoup plus pour le MMM », souligne-t-elle.

Sheila Bunwaree doute d’ailleurs que Bérenger puisse entraîner tous ses députés dans l’opposition, tant ces derniers sont attachés aux privilèges parlementaires. « Je me demande s’il ne va pas se retrouver avec un ou deux de ses députés seulement dans l’opposition », dit-elle. Selon elle, Bérenger a par ailleurs perdu toute crédibilité à force de « on » et de « off » : « Avec son ego surdimensionné, il digère tout cela très mal. Il y a souvent une façade, un paravent qui veut nous faire croire le contraire, mais le peuple n’est pas dupe. »

Sur le fond, la sociologue refuse d’exonérer le Parti travailliste, estimant que tous les acteurs traditionnels portent une responsabilité dans « cette nouvelle pourriture qui s’installe ». Elle souligne que la population sait que ce gouvernement n’arrive pas à « délivrer » et que gouverner n’est certes pas facile, mais que ceux qui ont lutté pour débarrasser le pays de la pourriture doivent savoir gérer pour ne pas la reproduire. Si Paul Bérenger pense qu’il est facile de résoudre les problèmes économiques, la drogue, la situation à Air Mauritius, les difficultés dans le secteur du tourisme ou dans les corps paraétatiques, « qu’il le fasse », lance-t-elle. « La lenteur de certains au gouvernement mérite d’être condamnée, mais ce n’est pas seulement là où le bât blesse », fait-elle ressortir.

Sa conclusion est plus large et plus sombre : « Les Mauriciens ont été pris au piège par Bérenger et l’Alliance du changement. L’Alliance du changement n’a ni les compétences, ni l’éthique nécessaires pour changer de direction et de paradigme dont nous avons tellement besoin. » Pour elle, la confiance du peuple est déjà érodée. Les partis traditionnels, devenus trop élitistes, ne comprennent plus la souffrance de la population et ne pensent que trop souvent à leurs intérêts politiques immédiats. « Il faut encourager l’émergence d’une nouvelle classe politique où la moralité dans la vie publique devienne la boussole qui guide les dirigeants, afin d’obtenir une société plus juste et inclusive », conclut-elle.

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