Priscilla Muthoora Thakoor présidera, mercredi, sa première réunion du Monetary Policy Committee. Sa décision sur le taux directeur révélera les priorités qu’elle entend donner à l’institution.
Le taux directeur connaîtra-t-il une baisse ? Le statu quo sera-t-il de mise pour le troisième trimestre de suite ? Mercredi 12 novembre dans l’après-midi, la Banque de Maurice communiquera sa décision sur le taux directeur. Le chiffre importe moins que ce qu’il révélera : pour la première fois, Priscilla Muthoora Thakoor présidera la réunion du Monetary Policy Committee (MPC). Et cette décision devrait donner une indication des priorités de la nouvelle gouverneure.
Après sa première sortie publique, le lundi 3 novembre – ponctuée d’un discours sur les marchés bancaires, des capitaux et le potentiel africain –, la gouverneure de la Banque de Maurice affronte son premier test technique. Le monde des affaires compte apprendre davantage sur ses priorités et sa vision stratégique pour une Banque centrale reconnue et respectée dans la région et en Afrique.
Un sondage auprès de cinq économistes et analystes indique une unanimité : le taux devrait être maintenu à 4,5 %. Ce serait la troisième fois que le comité voterait pour un maintien, après la hausse dudit taux directeur en février dernier, au début du mandat de l’ancien gouverneur Rama Sithanen. Ce consensus masque pourtant un débat complexe, car l’équation économique mauricienne ne se résout pas d’un trait.
D’un côté, le taux d’inflation est en recul, ce qui justifierait une baisse du taux directeur. Le consommateur débourserait moins en termes d’intérêts sur ses prêts et cartes de crédit. Les entrepreneurs ou les grands groupes pourraient réinvestir ces économies d’intérêts dans l’économie. On pourrait plaider pour cette option en arguant que la croissance moindre ne correspond pas aux ambitions du pays.
Mais de l’autre, une telle décision entraînerait une dépréciation de la roupie vis-à-vis du dollar américain et aurait une répercussion immédiate sur les marchandises importées. Des investisseurs pourraient se désengager du marché mauricien pour fructifier leurs fonds dans une juridiction plus rémunératrice.
« Il s’agit de trouver le juste équilibre, si nous voulons la stabilité de la roupie et, en conséquence, une croissance moindre », affirme un analyste sous le couvert de l’anonymat. Un dilemme classique pour toute banque centrale : privilégier la stabilité monétaire ou stimuler la croissance ? Les deux objectifs s’avèrent souvent contradictoires.
Des décisions « fondées sur les chiffres »
Face à cet arbitrage délicat, la gouverneure a annoncé sa méthode : la décision du Monetary Policy Committee se basera et sera motivée par les chiffres (voir encadré). Une approche qui semble technique, mais qui porte une philosophie de gouvernance. Pour mieux comprendre cette approche fondée sur les données, Sanjay Matadeen, économiste et chargé de cours à l’université de Middlesex, souligne que les décisions fondées sur des données officielles sont un gage de transparence.
« Une décision fondée sur les chiffres implique, avant tout, l’exploitation de données officielles permettant d’identifier les déterminants de l’inflation, d’en analyser les tendances et d’utiliser des modèles économétriques pour établir des projections à court et moyen terme », explique-t-il. « Une approche fondée sur des données rigoureuses permet donc de mieux appréhender l’incidence des facteurs domestiques et mondiaux sur l’inflation, notamment le taux de change et le taux d’intérêt. »
L’économiste d’ajouter : « La Banque centrale devrait adopter une posture prudente. Il est probable que le MPC opte pour le statu quo, afin de préserver la stabilité du taux de change et de maintenir la trajectoire de désinflation. »
Au-delà de la décision immédiate, Sanjay Matadeen plaide pour une évolution structurelle de l’institution : « En tant qu’économistes, nous plaidons pour des décisions fondées sur des données et guidées par la transparence. À plusieurs reprises par le passé, j’ai souligné la nécessité pour la Banque de Maurice de moderniser son site internet afin d’y publier les modèles et jeux de données utilisés, permettant ainsi aux économistes et aux parties prenantes d’y accéder et de les analyser. »
Mercredi après-midi, la réponse tombera. Mais au-delà du chiffre, c’est une première indication sur le style de gouvernance de Priscilla Muthoora Thakoor qui sera scrutée par les marchés et les observateurs économiques.
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