Réunion du comité stratégique ce jeudi - Air Mauritius : l’heure du choix pour la nouvelle flotte
Par
Patrick Hilbert
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Patrick Hilbert
Le comité stratégique d’Air Mauritius examine ce jeudi les recommandations de Seabury concernant le renouvellement de sa flotte. L’enjeu : trancher entre la livraison coûteuse des A350 et l’acquisition de moyen-courriers.
La question du renouvellement de la flotte d’Air Mauritius entre dans une phase décisive. Un Strategic Committee de la compagnie se réunit ce jeudi afin d’écouter les propositions de Seabury Aviation Partners, cabinet spécialisé dans le conseil en aviation, concernant le renouvellement de la flotte de la compagnie.
Le comité, composé de plusieurs membres du board, formulera ensuite ses recommandations. Celles-ci seront transmises au conseil d’administration, qui devra trancher sur la stratégie de flotte d’Air Mauritius pour les années à venir.
Selon une source proche du dossier, « Seabury a déjà effectué une présentation devant le board il y a environ un mois et demi ». Depuis, « un travail technique approfondi a été mené avec des spécialistes d’Air Mauritius afin d’évaluer les besoins réels de la compagnie ».
Au centre des discussions figurent les trois Airbus A350 commandés il y a plusieurs années. Le premier appareil est attendu en décembre, tandis que les deux autres doivent être livrés respectivement en 2027 et 2028. Le premier avion avait été commandé en 2014, alors que les deux suivants remontent à 2017.
Toutefois, le contexte opérationnel et financier d’Air Mauritius a évolué depuis ces commandes. En effet, la compagnie, sortie de l’administration volontaire en septembre 2021, dispose aujourd’hui d’une flotte réduite et ne possède plus d’avions moyen-courriers. Elle exploite principalement quatre A350, deux A330 et quelques ATR72 utilisés notamment pour Rodrigues et certaines dessertes régionales.
Cette absence d’appareils moyen-courriers oblige actuellement la compagnie à utiliser des avions long-courriers sur des trajets régionaux comme La Réunion, Madagascar ou encore l’Afrique du Sud. « Utiliser un A350 sur des liaisons régionales coûte beaucoup plus cher qu’un appareil moyen-courrier et peut entraîner des pertes importantes sur certains vols », avance une source proche du dossier.
La problématique est également financière. Un Airbus A350 coûte 160 à 190 millions de dollars américains, soit environ Rs 7,5 milliards à Rs 8,9 milliards. Selon les informations disponibles, une annulation ou un report de livraison entraînerait des pénalités importantes prévues dans les contrats signés avec le constructeur. « Les clauses contractuelles font que le coût augmente fortement en cas de renvoi ou de modification des commandes. C’est une pratique courante dans l’industrie aéronautique », souligne une source proche des discussions.
Dans ce contexte, plusieurs scénarios sont à l’étude. Air Mauritius pourrait être contrainte de prendre livraison des appareils afin d’éviter de lourdes pénalités. Elle pourrait ensuite les louer ou les revendre sur le marché international, où la demande pour les gros-porteurs reste soutenue.
Parallèlement, les besoins immédiats de la compagnie semblent davantage orientés vers des avions moyen-courriers de type Airbus A320 ou A321. Ceux-ci sont jugés plus adaptés aux dessertes régionales à moindre coût opérationnel.
Les Boeing 737 figurent également parmi les possibles options. Le marché connaît actuellement une importante disponibilité de ces appareils, notamment à la suite des difficultés rencontrées récemment par certaines compagnies américaines, dont JetBlue et Spirit Airlines. Selon une source proche du dossier, « rien que pour Spirit Airlines, plus d’une centaine d’appareils pourraient potentiellement être remis sur le marché ».
Dans ce contexte, des délégations de Boeing se sont récemment rendues à Maurice, alors que la compagnie nationale tente de redéfinir sa stratégie de flotte et son modèle opérationnel pour les prochaines années.