Rétrocession des Chagos : entre critiques politiques britanniques et rappel onusien en faveur de la décolonisation

Par Patrick Hilbert
Publié le: 18 février 2026 à 11:24
Image
nigel
Nigel Farage, de Reform UK, veut empêcher la rétrocession des Chagos.

À quelques jours de l’examen, le 23 février, du projet de loi relatif à la mise en œuvre de l’accord sur la rétrocession de l’archipel des Chagos à Maurice (Diego Garcia Military Base and British Indian Ocean Territory Bill) à la House of Lords, la pression politique et juridique s’intensifie autour du Premier ministre britannique, Keir Starmer. Entre critiques internes, interventions de juristes, campagne médiatique et rappel du cadre onusien sur la décolonisation, le dossier entre dans une phase  sensible.

Dans une tribune publiée en début de semaine dans The Telegraph, Nigel Farage, député de Clacton et leader de Reform UK, et Adam Holloway, ancien membre du Parlement britannique et également membre de Reform UK qui se trouve actuellement à Peros Banhos, ont vivement critiqué le projet de rétrocession des Chagos. Ils y affirment que « l’obsession » du Premier ministre britannique Sir Keir Starmer pour la cession de la souveraineté britannique sur l’archipel constituerait une décision stratégique majeure, mais qui pourrait être remise en cause si Keir Starmer démissionne.

Les auteurs soutiennent que l’accord portant sur les Chagos s’inscrirait dans une orientation juridique et diplomatique assumée par Keir Starmer, qu’ils décrivent comme « déterminé à appliquer ce traité malgré ses revirements sur d’autres politiques publiques ». La tribune insiste également sur la dimension géopolitique et financière de l’accord, qualifié de « décision lourde contre les intérêts stratégiques britanniques ».

Ils évoquent par ailleurs le rôle de juristes impliqués dans le contentieux international relatif aux Chagos, notamment l’avocat spécialisé en droit international Philippe Sands, présenté comme conseil du gouvernement mauricien dans les procédures internationales.

Campagnes britanniques

En parallèle, des acteurs juridiques et militants au Royaume-Uni contestent la solidité du fondement juridique de l’accord. Lors d’une intervention sur GB News, l’avocat James Tunbridge et Robert Midgley, responsable de la communication de Friends of the British Overseas Territories, ont affirmé que certains éléments du droit international pourraient fragiliser l’argumentaire du gouvernement britannique.

Selon Robert Midgley, des échanges avec des députés et des confirmations du Foreign, Commonwealth & Development Office auraient mis en lumière l’existence de l’Article 298 du cadre du Tribunal international du droit de la mer, disposition qui, d’après lui, « exempterait » les Chagos d’un transfert obligatoire dans le cadre d’un contentieux maritime. Il affirme que cette disposition « sape l’ensemble de la justification juridique » avancée par l’exécutif britannique, notamment en lien avec l’argument d’un risque de décision judiciaire internationale imminente.

Ces critiques s’inscrivent dans un contexte procédural particulier : une demande de « judicial review » visant l’accord a été gelée pendant près de quatre mois, les représentants chagossiens ayant sollicité la désignation d’un nouveau juge afin d’accélérer l’examen du dossier. Les requérants soutiennent notamment que la consultation des Chagossiens constitue un élément central qui n’aurait pas été suffisamment pris en compte dans le processus décisionnel.

La tribune publiée dans The Telegraph insiste également sur la dimension historique du déplacement forcé des Chagossiens entre la fin des années 1960 et le début des années 1970, qualifié de crime contre l’humanité par plusieurs instances internationales. Les auteurs y affirment que les Chagossiens, aujourd’hui majoritairement établis au Royaume-Uni, devraient être consultés sur l’avenir de l’archipel, invoquant le principe d’autodétermination consacré par la Charte des Nations unies.

Pression de L’ONU 

Parallèlement aux débats internes britanniques, la pression normative internationale demeure constante. Le 16 février, lors de la réunion organisationnelle de la session 2026 du Comité spécial sur la décolonisation, le Secrétaire général des Nations unies, António Guterres, dont les propos ont été prononcés par son Chef de cabinet, a rappelé que « la décolonisation a été un objectif des Nations unies depuis ses débuts ».

Sans citer explicitement le cas mauricien ni l’archipel des Chagos, il a souligné que l’Organisation avait été créée « comme un lieu où les nations peuvent se rencontrer en égales, et non comme des dominants et des dominés ». Il a également insisté sur le fait que « 17 territoires non autonomes » subsistent aujourd’hui et que leur avenir doit être guidé par « un dialogue inclusif » entre les territoires concernés, les puissances administrantes et l’ensemble des parties prenantes, conformément à la Charte des Nations unies et aux résolutions pertinentes de l’Assemblée générale.

Alors que le projet de loi doit entrer dans ses dernières étapes à la House of Lords le 23 février, l’exécutif britannique se trouve confronté à une convergence de pressions politiques, juridiques et diplomatiques. D’un côté, des voix au sein du paysage politique britannique contestent la légitimité et l’opportunité stratégique de l’accord. De l’autre, le cadre international, porté par les Nations unies et les juridictions internationales, continue de privilégier une lecture fondée sur l’achèvement du processus de décolonisation.

Quelle est votre réaction ?
0
0
Publicité
À LA UNE
defi quotidien